Rencontres entre les Grecs et la Gaule : 2.500 ans d’échanges gallo-grecs

(simple mise en ligne de notes datant du début des années 2000 pour proposer une première approche – certaines sources ne sont pas citées)

Voici sans prétention aucune, trois courts aperçus des échanges entre les Grecs et la Gaule, de l’antiquité païenne à l’antiquité chrétienne:

– « Quand les Gaulois écrivaient en grec« 

– « Histoires d’amour : Gauloises et Gaulois, Grecques et Grecs« 

– « La Gaule chrétienne : une autre encontre gallo-grecque« .

Des rencontres charnelles entre les Gauloises et leurs amants grecs, aux rencontres spirituelles entre Irénée et Sainte Blandine.

 

* QUAND LES GAULOIS ECRIVAIENT EN GREC :

Dès l’an 600 avant J.-C., des Grecs de Phocée débarquent en Provence, près de l’actuelle Marseille.

Ils sont originaires d’Ionie, région grecque d’Asie mineure (à l’époque tout l’Ouest de l’Anatolie est grec); ils fuient l’avancée des armées perses et s’installent à Marseille après le refus des habitants de Chios de leur vendre les îles d’Oinoussai.

Protis le Grec et Gyptis

Protis, le chef de l’expédition grecque, séduit Gyptis, la fille de Nannus, chef de la tribu locale des Ségobriges.

Il l’épouse. Ainsi se forme le premier couple gallo-grec (peut-être le terme exact serait-il liguro-grec, les populations de la région de Marseille étant vraisemblablement des Ligures).

Nannus offre en dot la plage où avait débarqué le premier navire grec et sur cette terre Protis bâtit la première ville gallo-grecque, à laquelle il prend soin de donner un nom gaulois, Massalia (« la demeure salienne »), manifestant ainsi le respect qu’il avait pour la terre où il s’installe. C’est la future Marseille.

La ville grossit par une nouvelle arrivée de familles grecques de Phocée. Ils apportent en Gaule la culture des vignobles, de l’olivier, le savon (selon l’historien Pline), les temples et dieux grecs (notamment Artémis et Apollon).

La vigne était déjà connue en Gaule mais jusqu’à l’arrivée des Grecs le vin n’y était pas produit ; il était seulement importé par les divers peuples commerçants de Méditerranée. La constitution de la cité de Marseille sera analysée par Aristote.

Les Grecs de Massalia fondent quantité de cités qui sont aujourd’hui des villes françaises de Côte d’Azur, notamment :

– Nikaia (Nice) ;

– Antipolis (Antibes) ;

– Cytharista (La Ciotat) ;

– Agathè (Agde) ;

– Olbia (Hyères) ;

Et en Corse, Alalia, (Aléria), qui survivra jusqu’à sa destruction par les Vandales au Vème siècle après Jésus-Christ.

Les Grecs apportent aussi leur alphabet, que les gaulois s’approprient et utilisent tel quel. On retrouve l’utilisation des caractères grecs jusqu’en Helvétie, parmi les tribus gauloises helvètes (dans sa « Guerre des Gaules », Jules César décrit les plaquettes de comptabilité en caractère grec des Helvètes).

Le gaulois fut donc écrit avec l’alphabet grec, bien avant de l’être avec l’alphabet latin. C’est « l’écriture gallo-grecque » ; de telles inscriptions sont pléthore partout en Provence et l’on en trouve dans le reste de la Gaule. Rappelons que l’on trouve également en Gaule des inscriptions ibères et étrusques. Les caractères et la civilisation étrusque étaient eux-mêmes largement inspirés de ceux utilisés par les Grecs.

La France actuelle n’était pas peuplée seulement de Gaulois mais aussi d’Ibères et de Ligures, et tout le Sud-ouest (ouest de la Garonne) formait « l’Aquitaine », que les anciens distinguaient de la Gaule. Sans parler des « Vascons. »

Pythéas, un explorateur et mathématicien grec de Marseille, quitte la Méditerranée et explore les côtes de l’Océan atlantique, le Golfe de Gascogne, la Manche, la mer Baltique, la mer du Nord, et peut-être jusqu’à l’Islande (si celle-ci correspond bien à la « Thulé » des textes anciens) ; l’explorateur Euthymènos pousse quant à lui jusqu’aux côtes africaines et au Sénégal. Pythéas, est libre de tout a priori et sera critiqué par plusieurs générations de savants qui le traiteront d’affabulateur, ne croyant pas possible que la vie puisse exister en des régions si septentrionales, en raison de la théorie des climats d’Aristote ; on sait aujourd’hui que Pythéas disait vrai et qu’il avait tout simplement découvert les effets du gulf stream (Histoire de la Gaule, Danièle et Yves Roman, Fayard 1997, p. 189).

La ville grecque de Massalia devient un grand centre commercial qui s’illustre par ses artisans et ses explorateurs.

Les Grecs ouvrent partout des « emporia », des comptoirs de commerce, en Espagne et en Etrurie (Tarquinia)… Mais à Marseille, ils forment une puissante cité équipée de remparts, de machines guerre sophistiquées, de greniers publics, de citernes, d’un grand port d’où ses navires partent faire la guerre, commercer, chercher l’aventure. Les Grecs de Provence sont nombreux et se maintiennent pendant plusieurs siècles.

Comme l’écrit Justin (XLII, IV 1-2) :

« Sous l’influence des Phocéens, les Gaulois adoucirent et quittèrent leur barbarie et apprirent à mener une vie plus douce, à cultiver la terre et à entourer les villes de remparts. Il s’habituèrent aussi à vivre sous l’empire des lois plutôt que sous celui des armes, à tailler la vigne et à planter l’olivier, et le progrès des hommes et des choses fut si brillant qu’il semblait non que la Grèce eût émigré en Gaule, mais que la Gaule eût passé dans la Grèce ».

Il n’y eut pas que les Phocéens. L’archéologie révèle aussi la présence d’aventuriers et commerçants grecs originaires de l’île de Rhodes, entre autres.

La Gaule est alors une marche vers les métaux du nord de l’Europe. Les Grecs exploitent la route commerciale fluviale du Rhône (qu’ils appellent « Rhodanos »), connue depuis longtemps puisque, selon la légende, Jason et ses Argonautes l’auraient eux-même empruntée (Apollonios de Rhodes, Argonautiques IV 623-659).

Pour se maintenir, les Grecs doivent parfois se battre, mais la plupart de temps, ce n’est pas contre des Gaulois. D’une manière générale, la Gaule s’imprègne de l’apport culturel grec qui précède la conquête de Rome.

Lors de la conquête romaine, Massalia est totalement épargnée par les légions ; Rome lui attribue même plusieurs territoires gaulois, en remerciement de la solidarité historique que la ville avait manifestée pour la cité impériale après que celle-ci ait subi les invasions gauloise (390 avant J.-C.) et carthaginoise (155 avant J.-C.).

Pour finir rappelons que la moustache d’Astérix n’est pas un mythe ; voici ce qu’en dit un texte grec : « les nobles, eux, se rasent de près les joues mais laissent pousser leurs moustaches, au point que leur bouche en est cachée ; aussi, lorsqu’ils mangent, leur moustache est embarrassée d’aliments, et lorsqu’ils boivent, la boisson circule à travers elle comme à travers un filtre.  » (Diodoros, V, 28 1-3)

* HISTOIRES D’AMOUR : GAULOISES ET GAULOIS, GRECQUES ET GRECS

Bien que le bilan général de la rencontre gallo-grecque soit globalement positif, celle-ci ne fut pas toujours de tout repos. La Gauloise, la Galate ou la Ligure paraissent charmantes et accueillantes, les Grecs semblent être leur type ; tandis que le Gaulois est parfois belliqueux voire déroutant. Une illustration avec les quatre anecdotes qui suivent :

– Héraclès père du roi des Belges?

– Le jeune Grec et la Ségobrige

– Xanthos, Erripé et leur thérapeute de couple gaulois

Héraclès père du roi des Belges?

Pour les Grecs de l’antiquité, les unions charnelles gallo-grecques ne se limitent pas à la fondation historique de Marseille et à l’union entre Protis et Gyptis : elles trouvent également un curieux écho par delà la frontière du mythe, en l’occurrence celui d’Héraclès.

Selon l’historien grec Diodore (Diodoros) de Sicile, la célèbre ville gauloise d’Alésia fut fondée par le demi-dieu grec Héraclès. Celui-ci s’unit à la fille d’un « homme célèbre dans la Celtique » ; « de cette union naquit Galatès », qui donna à ses sujets le nom de Galates et à ses conquêtes le nom de Galatie (Diodore, V 24).

Or il faut rappeler que pour les Grecs, les Gaulois étaient appelés  » Keltoi  » (celtes) et que le terme Galatoi (Galates) ne désignait que les Gaulois du Nord, ceux que les Romains appelaient Belges, dont certains descendirent tardivement plus au Sud (Histoire de la Gaule, Danièle et Yves Roman, Fayard 1997, p. 212).

Le roi des Belges antiques serait donc selon la légende d’Héraclès, le fruit d’une union gallo-grecque…

Le jeune amant grec et la Ségobrige

Parmi les dures périodes de l’histoire des Grecs de Provence, la Bataille d’Alalia, en Corse (défaite navale contre les Carthaginois en 535 avant J.-C.), ou la Bataille d’Himère (480 avant J.-C.), qui les opposa avec succès à une coalition formée de Carthaginois, de Phéniciens, de Libyens, d’Ibères, de Ligures et d’Elisyques…La plupart du temps les Gaulois respectèrent la cité grecque de Marseille.

Mais on raconte aussi qu’à la mort de Nannus, le nouveau roi des Ségobriges voulut prendre les remparts de Marseille par la force, jaloux de son succès. Cependant « une femme, parente du roi, trahit la conspiration.

Elle avait un jeune Grec pour amant.

Touchée par la beauté du jeune homme, elle lui révéla, dans une étreinte, le secret de l’embuscade, en l’engageant à se dérober au péril.

Celui-ci rapporte aussitôt la chose aux magistrats, et, le piège ainsi découvert, tous les Ligures sont arrêtés « et l’on tire au jour ceux qui étaient cachés sous les joncs. » (Justin, XLIII, IV 3 et 6-12).

 

Xanthos, Erripé et leur thérapeute de couple gaulois

Il arriva aussi que des Gaulois organisent des expéditions en Grèce. Que dire ainsi, de l’histoire de Xanthos de Milet ? Dans ses « Histoires d’amour » (VIII), le chroniqueur antique Parthénios de Nicée raconte comment Erippé, femme de Xanthos, fut enlevée lors d’un raid galate mené en Grèce.

Xanthos de Milet, réellement amoureux, ramassa toute sa fortune et s’en alla récupérer sa femme « en Celtique », en Gaule, non loin de Marseille contre rançon sonnante et trébuchante. Il fut aimablement reçu par son hôte gaulois, celui-là même qui avait enlevé son épouse. Le Grec fit état de sa fortune et le Gaulois lui en demanda le quart contre Erripé.

Mais la femme de Xanthos n’aimait point son mari : elle révéla au Gaulois que Xanthos avait plus d’or qu’il ne le laissait paraître et que la rançon devait donc être augmentée.

Le Gaulois, touché par le sentimentalisme de Xanthos, plaignit alors le Grec d’avoir une femme aussi fourbe. Il trancha la tête de la Grecque devant son époux, et laissa Xanthos rentrer en Grèce avec tout son or, lui révélant toute l’histoire et l’assurant qu’il n’avait pas à regretter sa garce de femme. Curieux et sauvage exemple de solidarité masculine gallo-grecque.

Bibliographie conseillée

– Histoire de la Gaule, Danièle et Yves Roman, Fayard 1997, p. 189.

– La Guerre des Gaules, Jules César, toutes éditions

* LA GAULE CHRETIENNE : UNE AUTRE RENCONTRE GALLO-GRECQUE

La culture gauloise ne devait pas aux grecs que l’écriture et une partie de sa gastronomie (la vigne).

Ce furent aussi deux évangélisateurs grecs qui introduirent les premiers le Christianisme en Gaule : Irénéos et Pothinos (on retrouve souvent Irénéos qui signifie « porteur de paix » francisé en « Irénée », et « Pothinos », francisé en « Pothin »).

Aux temps des persécutions anti-chrétiennes, Pothinos fut supplicié par le pouvoir romain à Lyon, avec ses disciples gaulois dont la plus connue est Blandine, une jeune esclave de Lyon qui aurait été originaire d’Asie mineure, et qui sera plus tard canonisée.

Les historiens du christianisme rappellent qu’après la fin des persécutions, la messe se faisait souvent en grec dans plusieurs églises de Provence.

C’était l’époque de l’église unie, celle qui connut plusieurs Papes grecs. Avant le schisme qui sépara catholiques et orthodoxes.

L’apparence et les premières fresques des premières églises de style roman que l’on retrouvait sur le territoire de la Gaule, sont assimilables par bien des aspects aux églises orthodoxes actuelles.

Textes : P.L.

dernière modif. 2015

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