Astérix et Obélix : le coming out

Petite enquête sur les mœurs de « nos ancêtres les Gaulois », de « nos cousins les Germains » et de certains autres, vues par les auteurs anciens.

Les mœurs des Grecs de l’époque classique – et dans une moindre mesure celles des Romains – ont fait couler beaucoup d’encre.

Plus particulièrement la question de la sexualité. Et plus encore de la « bisexualité » ou de « l’homosexualité » dans ces sociétés plutôt patriarcales, « machistes », et guerrières.

On y projette souvent un regard totalement déformé, et des concepts modernes empreints d’anachronismes.

Qu’en était-il des mœurs des autres Européens de l’époque ? Des Celtes, et en particulier de ceux que l’on a appelé « les Gaulois » ? Quid des Germains ? Des Goths ? Des Romains ?

De tous ces peuples, seuls les Romains ont laissé leur propre témoignage écrit de leurs moeurs. Dans l’antiquité les autres n’ont pas, ou peu, écrit (et pas à ce sujet)…

On n’a d’autre choix pour les connaître que de se référer aux auteurs anciens venus d’ailleurs.

Les Celtes et les Germains

Plusieurs auteurs de langue grecque, latine ou syriaque, originaires des quatre coins du monde grec ou de Méditerranée, ont évoqué ce thème. Leurs écrits s’étalent sur environ sept siècles, de l’époque classique jusqu’à l’époque romaine incluse et aux débuts du christianisme.

Si l’on en croit ces textes, « l’homosexualité » ou plutôt la « bisexualité » semble avoir été considérée comme chose banale et courante chez les Celtes. Et dans une moindre mesure, chez les Germains.

A noter, toutefois, que lorsque ces textes évoquent les « Celtes », ils font référence à un ensemble de peuplades s’étendant sur un territoire bien plus vaste que ce que l’on a appelé « la Gaule ». La même remarque vaut pour les Germains.

Voici quelques extraits traduits du grec, ainsi qu’un extrait traduit du syriaque et un autre traduit du latin, jamais enseignés sur « nos ancêtres les Gaulois ». (1)

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Pour Aristote (le philosophe grec du 4ème siècle av. J.-C., originaire de Stagire en Chalcidique – Macédoine – membre de l’Académie de Platon et précepteur d’Alexandre le Grand) :

« Le législateur voulait que la cité [de Sparte] tout entière fût un modèle de tempérance. Il a réussi quant aux hommes. Quant aux femmes, le but est entièrement manqué ; elles vivent dans la licence; elles se livrent à tous les excès du luxe et de l’intempérance. Par une conséquence naturelle, les richesses sont en honneur dans un pareil gouvernement, surtout si les hommes y ont un grand penchant pour les femmes, penchant qui est assez ordinaire parmi les peuples guerriers, si vous exceptez les Celtes et quelques autres nations, qui préfèrent l’amour du sexe masculin. »

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Source : Aristote, la Politique. Traduction du grec en français de Champagne revue et corrigée par M. Hoefer. PARIS, 1843.

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Selon Diodore de Sicile (voyageur, érudit, historien et chroniqueur grec du 1er siècle av. J.-C., originaire de Sicile), évoquant des Celtes :

« Quoique leurs femmes soient belles, ils ont très peu de commerce avec elles, mais ils se livrent à la passion absurde pour le sexe masculin, et couchés à terre sur des peaux de bêtes sauvages, ils ont d’habitude à chaque côté un compagnon de lit. Mais ce qu’il y a de plus étrange, c’est que, au mépris de la pudeur naturelle, ils prostituent avec abandon la fleur de la jeunesse. Loin de trouver rien de honteux dans ce commerce, ils se croient déshonorés si l’on refuse les faveurs qu’ils offrent. »

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Source : Diodore de Sicile. Traduction du grec en français de Ferd. Hoefer. « Bibliothèque historique » Tome deuxième, livre V. Paris, 1846.

Autre traduction :

« Quoique leurs femmes soient parfaitement belles, ils ne vivent avec elles que rarement, mais ils sont extrêmement adonnés à l’amour criminel de l’autre sexe et couchés à terre sur des peaux de bêtes sauvages, souvent ils ne sont point honteux d’avoir deux jeunes garçons à leurs côtés. Mais ce qu’il y a de plus étrange, c’est que sans se soucier en aucune façon des lois de la pudeur, ils se prostituent avec une facilité incroyable. Bien loin de trouver rien de vicieux dans cet infâme commerce, ils se croient déshonorés si l’on refuse les faveurs qu’ils présentent. »

Source : Diodore de Sicile. Traduction de l’abbé Antoine Terrasson. « Histoire universelle » Tome premier, livre V. Paris, 1737.

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Pour Strabon, géographe et historien grec du 1er siècle av. J.-C, originaire du Pont (région appartenant désormais à la Turquie actuelle) :

« Tout le monde sait que les Gaulois aiment les disputes ; on sait également que chez eux les jeunes gens se prostituent, sans que cela soit regardé comme une action honteuse. »

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Source : Strabon. Traduction du grec en français de de la Porte du Theil. « Géographie » Tome second, livre IV chapitre IV. Paris 1809.

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Claude Ptolémée, astronome, astrologue et géographe grec des 1er et 2ème siècles après J.-C., né en Egypte, explique par l’astrologie l’indifférence pour les femmes qu’il attribue aux peuplades de Germanie et de certaines régions celtiques d’Europe, entre autres.

En voici une traduction en anglais (nous n’avons pas eu la possibilité de diffuser une traduction française libre de droits) :

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Source : Tétrabiblos (ou Tétrabible) de Claude Ptolémée. Traduction anglaise publiée par James Wilson sous le titre « The Tetrabiblos ; or Quadripartite of Ptolemy, being fourbooks relative to the starry influences. » Londres 1822. Editeur / Imprimeur : William Hugues, Inslington-Green. Pages 64-65.

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Selon Athénée :

« Les Celtes qui, de tous les Barbares, ont les plus belles femmes, préfèrent l’amour des garçons ; de sorte que plusieurs en ont souvent deux couchés avec eux sur les peaux où ils reposent. »

Ce passage d’Athénée est très proche du texte de Diodore de Sicile.

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Source : les Deipnosophistes (ou « Banquet des savants »), d’Athénée de Naucratis, livre XIII. Traduction du grec en français de Jean-Baptiste Lefebvre de Villebrune. « Banquet des savans [sic] par Athénée ». Tome cinquième, livre XIII. Paris 1791.

Athénée était un érudit, écrivain et grammairien grec des 2ème et 3ème siècles après J.-C., originaire de Naucratis (ville fondée par des Grecs en Egypte).

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Passons à Bardesane, philosophe et poète chrétien de langue syriaque des 2e et 3ème siècles après J.-C., originaire d’Edesse dans le nord de la Syrie antique (ville appartenant désormais à la Turquie et dénommée Sanlirfa – en turc – ou Riha – en kurde).

Selon lui :

« Cependant, dans le nord, dans le pays des Germains et dans ceux qui se trouvent dans le voisinage, les jeunes garçons, beaux de figure, remplissent auprès des hommes le rôle de femmes. Ils célèbrent aussi des cérémonies de mariage, et cela n’est pas considéré chez eux comme un déshonneur, parce que leur loi le permet ainsi. Cependant il n’est pas possible que tous ceux qui habitent la Gaule, et qui sont ainsi flétris par ce vice honteux, soient nés pendant que Mercure était en conjonction avec Vénus dans le signe de Saturne, dans les limites de Mars, et dans les signes du Zodiaque à l’Occident. Car les hommes qui sont nés sous cette influence sont déshonorés, est-il écrit, et traités comme s’ils étaient des femmes. Les lois des Bretons. — Chez les Bretons, beaucoup d’hommes n’ont qu’une seule femme. »

Pour expliquer les mœurs, Bardesane refuse le déterminisme climatique, ou le déterminisme astrologique de Ptolémée :

« Ainsi, le Destin n’oblige pas les Sères à ne pas commettre d’homicide, quand ils n’en ont pas le désir, ni les Bralimines à manger de la chair.
Il n’empêche pas non plus les Perses d’épouser leurs filles et leurs soeurs, ni les Indiens d’être brûlés, ni les Mèdes d’être dévorés par les chiens, ni les Bretons de prendre des hommes en guise de femmes, ni les Édesséniens d’être chastes, ni les Grecs de s’adonner à la gymnastique, ni les Romains de conquérir toujours des provinces, ni les Gaulois de se marier entre eux. Il ne force pas non plus les Amazones à élever leurs enfants mâles ; et la naissance n’oblige aucun être sur la surface du monde, à cultiver l’art des Muses. Mais, comme je l’ai dit, dans chaque pays et chez chaque peuple, tous les hommes agissent selon le Libre Arbitre de leur nature, comme ils l’entendent, et sont soumis au Destin et à la Nature, à cause du corps qui les enveloppe, tantôt selon leur volonté et tantôt contre leur gré. »

En effet Bardesane évoque le libre arbitre et montre plus loin, que devenir chrétien modifierait les mœurs ; c’est tout le sens de sa démonstration. Il porte un regard différent sur les générations de chrétiens de ces mêmes contrées. Selon lui, ils ont mis fin aux pratiques en vigueur chez eux jusqu’alors :

« Que dirons-nous alors de notre nouvelle génération, nous qui sommes chrétiens, et que le Messie a établis dans chaque contrée et dans chaque pays? Car n’importe où nous habitons, nous sommes tous désignés par le seul nom du Messie, — chrétiens ; et au jour qui tombe le premier de la semaine, nous nous réunissons, et nous jeûnons durant les jours fixés [par la loi]. Et nos frères qui sont en Gaule ne prennent pas des mâles pour femmes ; ceux qui habitent la Parthie ne prennent pas deux épouses ; ceux qui sont en Judée ne se circoncisent plus, et nos soeurs qui demeurent chez les Gèles et les Caschans n’ont pas de relations adultères avec les étrangers (…).
Mais n’importe où ils résident, n’importe en quel lieu ils se trouvent, les lois du pays ne les séparent point des lois de leur Messie, et le caprice des gouverneurs ne les oblige point à faire usage des choses qui leur paraissent impures. »

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Source : « Pseudo-Bardesane » « Le livre de la Loi des Contrées ». Traduction depuis le texte syriaque publiée par Victor Langlois in « Collection des historiens anciens et modernes de l’Arménie ». Pages 86, 89 et 92-93.

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Autre auteur chrétien, Eusèbe Pamphile de Césarée, était évêque de Césarée maritime (actuel Israël), grec ou d’expression et de culture grecques. Il a vécu aux 3ème et 4ème siècles après J.-C..

Il paraît se fonder sur la même source que Bardesane et nous dit :

« Chez les Gaulois, les jeunes hommes épousent des jeunes hommes en toute liberté, ils ne regardent pas cela comme un crime, parce que c’est chez eux une coutume : supposera-t-on qu’à la naissance de chaque Gaulois qui se souille d’une pareille infamie Vesper fût couché avec Mercure dans le séjour de Saturne et dans les limites de Mars? Dans la Bretagne, plusieurs hommes n’ont qu‘une seule femme ; »

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Source : Eusèbe Pamphile de Césarée, « Préparation évangélique ». Traduction du grec en français parue dans le recueil de traductions intitulé « Démonstrations évangéliques de Tertullien, Origène, Eusèbe [et nombreux autres] », Petit-Montrouge, 1843. Page 712.

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Selon Ammien Marcellin, immense historien du 4ème siècle après J.-C., né à Antioche (Syrie antique, ville appartenant désormais à la Turquie), ancien militaire, de langue latine bien que probablement d’origine grecque :

« Un infâme libertinage a tellement gangrené cette indigne race des Taïfales, que chez eux, dit-on, l’usage contraint les adolescents à prostituer aux plaisirs des hommes faits la fleur de leur jeunesse, et que nul d’entre eux ne peut se rédimer de cette immonde servitude, avant d’avoir pris, sans aide, un sanglier à la chasse, ou terrassé, de ses propres mains, un ours de grande taille. » [les Taïfales étaient un ensemble de peuplades germaniques]

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Source : Ammien Marcellin LIVRE XXXI. Traduction depuis le texte latin publiée par M. Nisard in « Collection des auteurs latins ». Paris, 1869. Page 360.

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Selon Sextus Empiricus, philosophe sceptique et médecin grec du 2ème siècle après J.-C. (et dont on ne sait presque rien si ce n’est ses textes, écrits en grec) :

« Chez nous, par exemple, c’est une chose non seulement honteuse, mais encore criminelle, de s’abandonner à la pédérastie ; mais on dit que cela n’est point honteux chez quelques peuples d’Alemagne [sic] ou de Germanie. »

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Source : « Esquisses pyrrhoniennes » ou « Hypotyposes pyrrhoniennes » de Sextus Empiricus. Traduction publiée par Huart sous le titre « Les hipotiposes ou institutions pirroniennes » (sic) de Sextus Empiricus.. Paris, 1725. Page 392.

On le voit à travers les textes de Sextus Empiricus et de Diodore de Sicile : loin des clichés, eux-mêmes condamnent une pratique dont on aurait pu penser qu’elle provoquerait chez eux, au pire, l’indifférence.  Tacite vantait, lui, la « châsteté » des Germains, et on interprète un passage de ses « Moeurs des Germains » comme la preuve qu’ils noyaient les personnes « accusées » de relations homosexuelles dans des bourbiers (« Oeuvres complètes » de Tacite traduites en français avec une introduction et des notes par J. L. Burnouf – Paris,  librairie de L. Hachette et Cnie, 1869,   « Moeurs des Germains » XII page 629). Ainsi pour le monde grec comme peut-être pour le monde germanique, il est difficile de tirer des seuls textes des généralités, portant qui plus est sur toutes les régions et toutes les époques.

La plupart des auteurs français des 18ème ou 19ème siècle et du début du 20ème siècle, semblent ressentir quelque crispation à la lecture de ces textes. Ils rivalisent d’érudition et de dialectique pour les décrédibiliser, et rejeter l’idée que l’homosexualité ou la bisexualité aient pu exister chez les Celtes et en particulier chez les Gaulois – ou chez les Germains. Il n’est presque pas un passage qui ne soit commenté en ce sens dans les éditions françaises de ces oeuvres. Autres temps, autres approches…

L’un des premiers à compiler en France, et à diffuser à grande échelle ces références à la sexualité des Gaulois (du moins les extraits d’oeuvres des auteurs anciens), fut le celtologue Henry Arbois de Jubainville, dans son ouvrage « La famille celtique : étude de droit comparé » (Paris 1905, pages 187 à 199 dans un chapitre intitulé «  les Gaulois étaient-ils pédérastes ? »). Henry Arbois de Jubainville y use de tous les arguments pour tenter de « défendre » les Gaulois contre ce qu’il qualifie « d’accusation ».

Toutefois, il finit par mettre en perspective cet aspect de la vie des Gaulois, en tentant de prouver qu’il n’en allait pas très différemment dans le monde gréco-romain et même dans le monde sémitique. Il note que Jules César a évité d’en parler dans sa « Guerre des Gaules ». Il suppose que c’est parce qu’il était lui-même en proie à des moqueries à Rome, étant surnommé « la reine de Bithynie » ou « la rivale de la Reine » et faisant les frais des chansons paillardes scandées par ses propres légionnaires. Celles-ci nous sont rapportées par Suétone en raison de la relation supposée de Jules César avec Nicomède III, roi de Bithynie : « Voyez, César triomphe aujourd’hui parce qu’il a mis sous lui la Gaule. Nicomède ne triomphe pas, bien qu’il ait mis sous lui César » – ibid pages 189 et 190. Ce que peut sous-entendre Arbois de Jubainville, c’est qu’il aurait été délicat pour César d’aborder ce sujet alors qu’il s’adresse aux élites romaines – lesquelles, semble-t-il, n’acceptaient officiellement que les pratiques homosexuelles du partenaire s’inscrivant dans un rapport de domination (voir infra).

Dans son « Amour et sexualité chez les Celtes » Jean Markale écrit : « d’après de nombreux récits épiques irlandais ou gallois, on peut affirmer que la bisexualité n’était nullement considérée comme une perversion, mais comme quelque chose de normal aussi bien pour les femmes que pour les hommes. » Les propos de Jean Markale, qui cite ses sources, ne concernent pas uniquement l’antiquité mais aussi la période médiévale (« Amour et sexualité chez les Celtes », Jean Markale, Les Editions du Relié, 2005 ISBN 2-914-916-64-7 – page 60 ; on retrouve d’ailleurs au moins une des légendes médiévales auxquelles Markale fait référence chez H. d’Arbois de Jubainville – « La famille celtique : étude de droit comparé », Paris 1905, pages 183 et 185).

L’hypothèse d’une pratique « indo-européenne» archaïque…

Plus récemment, les textes anciens sur la sexualité des Celtes et des Germains ont été diffusés au grand public dans un ouvrage parfois controversé de Bernard Sergent, « L’homosexualité initiatique dans l’Europe ancienne » (Payot, 1986, 297 pages ISBN-10: 2228141305 – ISBN-13: 978-2228141307).

En substance, Bernard Sergent émet la théorie que ces couples guerriers sont une caractéristique des sociétés indo-européennes primitives, où le jeune homme subit l’initiation d’un guerrier d’âge plus avancé jusqu’à accéder lui-même au statut de guerrier (comme pour les Taïfales décrits par Ammien Marcellin). Plus prosaïquement, d’aucuns pourraient interpréter cela comme un droit de cuissage institutionnalisé imposé par le groupe social ; mais passons… Bernard Sergent fait un parallèle entre ces pratiques, et celles, très codifiées, des rites initiatiques de l’aristocratie alors en vogue dans plusieurs cités ou régions du monde grec.

Selon Bernard Sergent (citant Jan Bremmer et Erich Bette), certains chercheurs ont vu ces pratiques archaïques se perpétuer jusque dans l’Europe du 19ème siècle, en Albanie par exemple, et ont pris cela comme une preuve de la filiation antique des Albanais modernes – ibid page 209.

Les Vikings

Pour ce qui concerne l’époque médiévale, des recherches ont également été menées sur les Vikings, montrant que les pratiques homosexuelles étaient admises lorsqu’elles exprimaient une forme de domination, et considérées comme humiliantes dans l’autre cas (voir l’article de Gunnora Hallakarva « The Vikings and Homosexuality » –  http://sourcebooks.fordham.edu/pwh/gayvik.asp : «  The evidence of the sagas and laws shows that male homosexuality was regarded in two lights : there was nothing at all strange or shameful about a man having intercourse with another man if he was in the active or « manly » role, however the passive partner in homosexual intercourse was regarded with derision. It must be remembered, however, that the laws and sagas reflect the Christian consciousness of the Icelander or Norwegian of the thirteenth and fourteenth centuries, well after the pagan period. The myths and legends show that honored gods and heroes were believed to have taken part in homosexual acts, which may indicate that pre-Christian Viking Scandinavia was more tolerant of homosexuality, and history is altogether silent as to the practice of lesbianism in the Viking Age. »)

Ailleurs : chez les Ottomans

A en croire certaines sources, on retrouve cette acceptation d’une homosexualité inscrite dans un rapport de domination, ailleurs qu’en Europe. Par exemple chez certains sultans ottomans, comme Mehmet II, le conquérant de Constantinople (selon George Haggerty et Bonnie Zimmerman in « Encyclopedia of Lesbian and Gay Histories and Cultures », Garland Science, 2003, page 1385 : « When Mehmed II captured the city in 1453, his troops were dispatched immediately to capture the most beautiful boys of the Christian aristocracy for him. » et Wayne R. Dynes et Stephen Donaldson in « Asian Homosexuality », Taylor & Francis, 1992, pages 27 et s.).

Certains sont allés jusqu’à écrire que « l’homoérotisme » était quasi-institutionnel dans l’Empire ottoman, et une forme de pédophilie semble y avoir été répandue puisque les enfants (d’origine chrétienne et souvent d’origine slave, albanaise ou grecque) enlevés pour servir au Palais du Sultan (les içoğlan) ou dans les troupes d’élite ottomanes (les janissaires), étaient eux-mêmes soumis à ce type de pratiques (pour un résumé rapide voir « Quelle place pour les homosexuels dans la société turque? » de Matthias WALLER, mémoire de Séminaire, « Enjeux économiques et sociaux dans les pays du Sud » sous la direction de : BENNAFLA Karine – page 18 – http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/MFE2011/waller_m/pdf/waller_m.pdf, citant notamment l’historien Godard et son « Dictionnaire des chefs d’Etat homosexuels ou bisexuels », H&O éditions, Béziers, 2004).

Les Romains

Quid des Romains ? La question a son importance : ne dit-on pas que les Gaulois sont devenus des Gallo-Romains ?

Le tableau dressé par certains chercheurs, est celui d’une société romaine ouverte aux pratiques homosexuelles, consenties ou forcées (viols d’esclaves), à condition qu’elles restent fidèles aux règles dictées par une élite sociale et politique, où l’homosexualité est tout à fait acceptée, lorsqu’elle est le fait des « dominants » et qu’elle est pratiquée d’une façon conforme à l’image qu’ils se font de leur supériorité. D’autres pratiques comme la pédophilie semblent avoir été également admises par les Romains, à condition de ne pas concerner les enfants de citoyens romains. Triste tableau d’une société où les faibles apparaissent être l’objet des forts, y compris sur le plan sexuel.

Les textes anciens à ce sujet sont nombreux et difficiles à sélectionner. Voici plutôt les conclusions que tirent de ces sources deux chercheurs français, Catherine Salles, agrégée de lettres classiques, et Paul Veyne (4), historien iconoclaste qu’elle cite abondamment – et qui fut l’un des premiers à briser, à l’époque contemporaine, le tabou de la sexualité des Romains :

« Pour comprendre les goûts sexuels des Romains, il faut abandonner les critères en cours dans nos sociétés contemporaines. » « Il n’y a pas à Rome d’opposition entre hétérosexualité et homosexualité. D’ailleurs, ce dernier terme est moderne (fin du XIXe siècle), et il vaudrait mieux parler à Rome d' »homophilie ». Aimer à la fois les femmes et les garçons est habituel pour un Romain. Simplement, l’un est plutôt attiré par les femmes, l’autre par les hommes, mais sans exclusive. » (Catherine Salles, «L’amour au temps des Romains. » Editions First-Gründ, Paris, 2011, ISBN 978-2-7540-1837-1 (p 141 et 142) citant Paul Veyne, « La famille et l’amour sous le Haut Empire romain », in La société romaine, Paris, Le Seuil, 1991, p. 150)

« Cependant, si le sexe du partenaire est somme toute indifférent, la façon de faire l’amour oppose la passivité à l’action. (…) Cette hiérarchie du « dominant » et du « dominé », de l’actif et du passif, doit toujours demeurer présente à l’esprit pour éclairer certains passages de textes latins en apparence incompréhensibles. » (ibid p. 151)

« Nous sommes dans une société, écrit Paul Veyne, où les conduites sexuelles permises varient selon les classes sociales. La morale sexuelle romaine n’est pas une morale au sens moderne du mot : elle est affaire de statut, non de vertus, de gestes extérieurs, non de répugnances intérieures. »  (ibid pages 141 et 142)

Et de citer Cicéron, César, Hadrien, et même des parodies de mariages homosexuels pratiquées dans les rangs de la haute société.

« Reste l’aspect le plus sombre de la sexualité antique (…) : l’utilisation sexuelle des petits garçons (plus rarement des petites filles) par leurs maîtres. Aucun discrédit ne s’attache à de telles pratiques, et personne ne songerait à stigmatiser un homme qui choisit comme partenaire un de ses jeunes esclaves . » « Nul ne songe à être choqué par la présence au côté d’un homme respectable d’un puer delicatus ou capillatus, un « mignon chevelu » car, à la différence des autres esclaves, qui ont la tête rasée, le mignon arbore une belle chevelure bouclée. » « (…) A Rome, il n’y a pas de « tranches d’âge » exclues de la vie sexuelle. » (ibid pages 155 et 156)

« La présence d’un mignon dans une maison est souvent source de conflits. Madame est furieuse de voir son mari combler de cadeaux un enfant alors qu’il lui refuse les bijoux qu’elle lui demande. » (ibid p. 158)

« Ces pueri delicati valent fort cher lorsqu’on les achète dans les boutiques de luxe ». (ibid p 157)

« Il y a quatre manières pour un Romain d’exercer une activité sexuelle : l’amour légitime ou non pour une femme, des relations avec une personne du même sexe, la fréquentation des prostituées, les relations avec des esclaves, hommes ou femmes, adultes ou enfants, qu’il possède dans sa maison. » « En elle-même, aucune de ces pratiques n’est répréhensible, à condition que certaines règles soient respectées : « Aime qui tu veux, dit la sagesse populaire, mais n’attente pas à la pudeur de la femme, de la fille, du fils d’un citoyen. » » « Un Romain peut donc sans risque d’être condamné faire des avances à n’importe lequel de ses contemporains, à l’exclusion de tous les êtres qui sont protégés par leur statut social, à savoir les épouses et les enfants d’un autre citoyen. » (ibid p. 106)

Avec cette précision : « dans le monde romain, une majorité des hommes, femmes et enfants n’appartiennent pas à la catégorie privilégiée des citoyens » (ibid p. 107).

Le poète latin Properce écrivait : « Si quelqu’un est mon ennemi, je lui souhaite d’aimer les filles, si quelqu’un est mon ami, je lui souhaite d’aimer les jeunes garçons. » (ibid p. 159)

« « Va donc apprendre à faire l’amour avec une femme chez une professionnelle de Subure », lance Martial à son ami Voconius Victor qui, sur le point de se marier n’a eu d’expérience sexuelle qu’avec les petits esclaves de sa maison, et pour lequel un vagin est chose étrangère ! » (ibid pages 172 et 173)

« Il est certes permis d’aimer qui on veut (…). Ces pratiques ne font l’objet d’aucune condamnation, à condition pour l’homme libre de respecter le statut social de ses partenaires et la distinction entre amoureux « actifs » et « passifs » .» (ibid p. 311)

Cette « passivité » serait donc méprisée par le discours officiel des Romains (qui qualifiaient ses adeptes supposés de « molles », terme latin pouvant se traduire par « efféminé », ou de « cinaedi » – de « Kinaidos » / « κίναιδος », un mot insultant par lequel les Grecs désignaient notamment les personnes efféminées). Néanmoins Catherine Salles démontre à travers plusieurs exemples, qu’elle était répandue y compris auprès des élites romaines, ce qui tempère le propos.

Bref, en Europe occidentale, latine, des siècles d’éducation biaisée ont forgé une image totalement faussée et homophobe des « vertus romaines » dont elle s’est réclamée l’héritière, par opposition à des Grecs supposés trop voluptueux, débauchés et « homophiles ». L’Europe occidentale a projeté ses propres fantasmes homosexuels sur le monde grec. Elle a rejeté sous le tapis les textes qui, autres temps autres moeurs, nous livrent aujourd’hui une vision bien différente des moeurs d’Europe de l’Ouest et de l’Europe latine.

Les choses évolueront par la suite. En 390, l’empereur romain Théodose interdit l’homosexualité sous peine de bûcher.  Des lois que l’on qualifierait aujourd’hui « d’homophobes » seront établies dans le Saint-Empire romain germanique, et dans l’Empire byzantin (l’Empire romain d’Orient), allant parfois jusqu’à la peine de mort (voir la bibliographie et les extraits de textes juridiques compilés par Paul Halsall, publiés par l’Université de Fordham http://sourcebooks.fordham.edu/pwh/just-novels.asp – avril 1997). (5)

Des peines de ce type seront en vigueur dans l’Europe médiévale et l’Europe de la renaissance, y compris en Angleterre et en France jusqu’au 18ème siècle. Tout cela contribuant sans doute à modifier le regard des Européens sur les moeurs antiques.

Les femmes n’ont pas été abordées ici.

Elles le seront peut-être à une autre occasion.

Mais pour finir par elles, quelques vers de Sappho (Σαπφώ) (2) :

« Une fois encore l’amour qui dénoue les membres
me fait trembler,
doux-amer, incontrôlable, tortueux amour. » (3)

PL

Chaleureux remerciements à mes correcteurs/trices qui se reconnaîtront.

Notes

1) Il va de soi que l’auteur ne fait pas siennes les remarques homophobes qui marquent certains de ces textes antiques. Pour qui voudrait relire ces extraits dans leur contexte, toutes les traductions présentées ici proviennent d’ouvrages libres de droit et aisément trouvables sur Internet au format .pdf. Merci de signaler les erreurs éventuelles.

2) La poétesse Sappho donna son nom aux amours féminines, mais se serait jetée dans la mer par amour pour le jeune Phaon, son amant. Cette version controversée aurait été reprise ou forgée par le dramaturge Ménandre. Voir « Sappho, La première voix de femme », de Bernard Ledwige, Mercure de France, 1987 p. 99.

3) Ibid p. 159

4) Pour un bref aperçu en ligne des recherches de Paul Veyne, lire : « L’homosexualité à Rome », revue « Communications » Année 1982 Volume 35 Numéro 1 pp. 26-33. Disponible en ligne : http://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1982_num_35_1_1519. Bien évidemment dans les milieux universitaires, les polémiques ne manquent pas et certains reprochent à Paul Veyne de limiter la virilité romaine à la sexualité, ou d’utiliser la notion même d’hétérosexualité, d’homosexualité, et de bisexualité pour parler de l’érotisme antique – alors qu’il s’agit de notions modernes.  Néanmoins ses sources ne sont pas remises en cause. Il s’agit d’une critique assez générale de la vision moderne de la sexualité appliquée à l’histoire, et chacun s’accorde à dire que Paul Veyne a levé le voile sur un tabou de l’historiographie occidentale.

5) Dans l’antiquité grecque également, des lois ont interdit certaines pratiques homosexuelles. Mais ce n’est pas ici l’objet d’en parler.

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Hermès Trismégiste, ou la spiritualité gréco-égyptienne

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Les Grecs sont-ils passés directement, du culte des douze dieux de l’Olympe au christianisme ?

Les « livres d’Hermès Trismégiste », et d’autres textes aujourd’hui accessibles à chacun, montrent une réalité plus complexe. Un monde grec traversé de courants divers, philosophiques, spirituels, religieux, qui cohabitent, fruits de sa propre évolution ou d’un syncrétisme avec d’autres spiritualités.

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Les « livres d’Hermès Trismégiste » étaient également connus de certains intellectuels ou penseurs grecs du Moyen âge. Ici, l’article de la Souda, le dictionnaire encyclopédique grec du Moyen âge, sur Hermès Trismégiste. Il y est présenté comme un sage égyptien qui affirmait l’existence d’une divinité trinitaire. Une façon de rapprocher son message du message chrétien. Edition milanaise de Dimitrios Chalkokondilis, publiée en 1499 – un clic pour agrandir.

Ce que l’on apprend en faisant ses humanités, c’est qu’après les conquêtes d’Alexandre le Grand, la langue et la culture grecques s’installent dans les grands centres urbains d’Égypte. Il s’y crée aux côtés de la civilisation grecque, une culture syncrétique. Des Grecs adoptent les dieux égyptiens et les honorent en plus de leurs propres dieux : rien de plus normal dans le monde polythéiste, que  la juxtaposition de divinités d’origines diverses. Plus tard, des Juifs s’hellénisent, notamment à Alexandrie. Il se forme un monde intellectuel en ébullition, sous l’égide de la langue et de la culture grecques, ouvert au meilleur de toutes les cultures, avide de confronter les savoirs, les sagesses, les spiritualités, à la recherche de la meilleure explication du monde.

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L’article de la Souda, le dictionnaire encyclopédique grec du Moyen âge, sur Hermès Trismégiste. Edition de Bekkeri, publiée à Berlin en 1854 – un clic pour agrandir.

Ce qui est moins connu, c’est la naissance de textes mystiques en langue grecque, en partie inspirés de la spiritualité égyptienne.

Parmi les textes fondateurs de cette spiritualité hybride, se trouvent donc « les livres d’Hermès Trismégiste ». En grec, « Hermès Trismégiste » (« Ερμής ο Τρισμέγιστος »  / « Ermis o TrismEgistos ») signifie « Hermès le trois fois très grand ».

Les livres d’Hermès Trismégiste n’ont jamais constitué un dogme de nature à remplacer les croyances grecques.

Ils n’ont fait qu’alimenter un courant parmi tant d’autres, dans un monde dépourvu de véritables dogmes.

La lecture de ces textes révèle une conception du divin, de l’âme, du corps, une continuité de l’être qui rejoint ou s’oppose à certains courants philosophiques grecs (« rien ne se perd, tout se transforme »), eux-mêmes très nombreux et très divers. La dualité âme/corps et un rapport assez sévère au corps, dont il conviendrait de se détacher, imprègnent les textes d’Hermès Trismégiste. Ils rappellent les notions platoniciennes, en opposition à une autre vision grecque plus proche de la matière, du corps et des sens.

Le sujet « Hermès Trismégiste » est pour le moins difficile à maîtriser. Il ne s’agit ici que d’inviter à la découverte, sans autre prétention.

Comme on le sait, Hermès était le dieu grec des messagers et des voyageurs, mais aussi l’accompagnateur des âmes vers l’Hadès, le monde des morts (Hermès est alors désigné sous les termes Hermès Psychopompe –  Ψυχοπομπός / PsykhopompOs). Celui que les Romains appelaient « Mercure ». Dans la mythologie grecque, Hermès est en principe le fils de Zeus et de la pléiade Maïa, et le petit-fils du titan Atlas. Au fil du temps, la conception que les anciens avaient d’Hermès évolue.

Qu’en est-il d’Hermès Trismégiste ? Les théories sont nombreuses. Certaines d’entre elles sont évoquées en introduction des traductions françaises des livres d’Hermès Trismégiste (voir infra). Ce serait une divinité hybride, fusion de l’Hermès des Grecs et de la conception que les Egyptiens avaient du dieu Thot. Pour d’autres on aurait simplement identifié Hermès à Thot. D’autres encore le présentent comme un homme, un sage. D’autres enfin comme étant à la fois homme et dieu. Tout cela alimente la confusion et brouille les pistes.

Même chez ceux qui considèrent qu’on a identifié Hermès à Thot, sa généalogie mythique est source de discussions. Pour Champollion, qui cite aussi des extraits grecs des livres hermétiques, il y aurait deux « Hermès » issus des textes égyptiens. Dans son « Panthéon Egyptien », au chapitre « Thot trismégiste, le premier Hermès, Hermès trismégiste », Champollion distingue le premier Hermès, ou Hermès trismégiste, le dieu égyptien Thot à tête d’épervier, de Thoyt ou Taut, à tête d’Ibis (« Panthéon Egyptien, collection des personnages mythologiques de l’ancienne Egypte, d’après les monuments, avec un texte explicatif par M. J.F. Champollion Le Jeune, et les figures d’après le dessins de M. L.J.J. Dubois », Paris 1825). L’Hermès à tête d’ibis remplirait, notamment, les mêmes fonctions que l’Hermès Psychopompe des Grecs. Il serait de rang inférieur à Hermès Trismégiste et ne serait désigné que sous les termes « deux fois grands ».

Les divergences portent également, sur l’importance de l’influence égyptienne dans les « livres d’Hermès trismégiste », sur la part d’invention, de création, et de continuité.

Hermès ailé. Casque ailé, sandales ailées, tenant le caducée - Κηρύκειο - surmonté de deux ailes et entouré de deux serpents. Illustration figurant sur un timbre grec moderne. Photo Wikimedia Commons.

Hermès ailé. Casque ailé, sandales ailées, tenant le caducée – Κηρύκειο – surmonté de deux ailes et entouré de deux serpents. Illustration figurant sur un timbre grec moderne. Photo Wikimedia Commons.

Thot. D'après le

Thot. D’après le « Panthéon Egyptien » de Champollion et Dubois. Paris, 1825

Le disque ailé de l'épervier. Symbole de Thot trismégiste, le premier Hermès selon Champollion. La ressemblance avec le symbole zoroastrien du Faravahar interroge. D'après le

Le disque ailé de l’épervier. Symbole de Thot trismégiste, le premier Hermès selon Champollion. Lui aussi orné de deux serpents, comme le caducée ailé du dieu Hermès des Grecs. La ressemblance avec le symbole zoroastrien du Faravahar a de quoi interroger le profane. De même que certains points communs que révèle la lecture des « livres d’Hermès trismégiste ». Illustration extraite du « Panthéon Egyptien » de Champollion et Dubois. Paris, 1825

Hermès sur un vase noir à figures rouges. 500-450 av. J.C.. - Source :

Hermès sur un vase grec, noir à figures rouges. 500-450 av. J.C.. Jambes toujours ailées mais avec un caducée cette fois-ci dépourvu d’ailes et de serpents. – Source : « theoi project ». theoi.com. Metropolitan Museum of Art, New York

Les livres d’Hermès Trismégiste auraient été rédigés par un auteur inconnu. Certains chercheurs qui les ont traduits les datent des débuts de l’ère chrétienne. Ils seraient donc concomitants au développement du christianisme. Mais il seraient antérieurs à la sélection définitive des évangiles opérée  par l’Église au cours des premiers siècles de notre ère. Ils sont en grec, dans une langue plus accessible à un Grec d’aujourd’hui que le grec classique, et qui rappelle un peu le grec des Evangiles.

A parcourir ou lire par les curieux.

Le texte repris sur le site remacle.org : http://remacle.org/bloodwolf/erudits/hermestrismegiste/table.htm

En 1866, Louis Ménard en publia une traduction en français sous le titre « Hermès trismégiste, traduction complète d’une étude sur l’origine des livre hermétiques » (Paris, 1866).

Version scannée par Google : https://books.google.fr/books?id=nzYlAAAAMAAJ&printsec=frontcover&dq=Herm%C3%A8s+Trism%C3%A9giste&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi3u6Tu0vHRAhUL0xoKHdiFBpIQ6AEIJDAB#v=onepage&q=Herm%C3%A8s%20Trism%C3%A9giste&f=false

Au 20ème siècle, le moine dominicain André-Jean Festugière publie plusieurs traductions en français de livres d’Hermès Trismégiste, dont certains issus d’une compilation de textes de l’antiquité tardive, « L’anthologie » de Stobée.

En plus de leurs traductions, Ménard et Fustigère ont fourni quelques-unes des théories sur Hermès Trismégiste et sur les écrits qui portent son nom.

Hermès Trismégiste éveille aussi la curiosité sous l’angle de ses rapports avec le dogme chrétien. A la lecture de ces textes, certaines notions semblent se rapprocher de la vision chrétienne du divin. D’autres en diffèrent et rappellent les spiritualités attachées au cycles des réincarnations, des renaissances, ou de la re-manifestation, l’hindouisme ou le bouddhisme.

La Souda, le dictionnaire encyclopédique grec du Moyen âge, l’évoque également. Il y est présenté comme un sage égyptien qui affirmait l’existence d’une divinité trinitaire (voir supra).

D’autres aspects de la spiritualité ancienne précèdent le christianisme. Autant de pistes de réflexion, et de lectures en perspective… Des divinités évoquent l’incarnation, la résurrection et l’immortalité, grecques ou pas – comme le dieu Dionysos, et Mithra, pour lequel se développe un culte dans le monde gréco-romain. A la problématique de la dualité âme/corps présente dans certains courants religieux ou philosophiques grecs – comme l’orphisme, ou la philosophie platonicienne – répondront l’incarnation et la promesse de résurrection des chrétiens. D’autres explications plus terre-à-terre décrivent le contexte du basculement du monde grec dans le christianisme. Comme la volonté romaine d’unifier spirituellement l’Empire. En diffusant le culte de Sol Invictus, puis en imposant le christianisme, d’abord persécuté, comme religion d’Etat.

Le monde grec a accueilli ou contribué à ces évolutions. Il est alors tentant d’avancer qu’il n’a pas existé une vision grecque unique du monde, mais plusieurs. N’est-ce pas un peu ce qui fait l’attrait, la richesse et la puissance intellectuelle du monde grec ? Cette réalité polymorphe, qui a tantôt initié, tantôt suivi les grands bouleversements intellectuels, qui a  cherché à tout comprendre, à tout explorer, à tout confronter…

PL

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Se réveiller avec la radio grecque (appli pour smartphone)

Les applications gratuites  de radios  grecques pour téléphone portable se multiplient.

L’une des plus abouties est E-Radio.

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Celle-ci a l’avantage de regrouper les radios de Grèce et de Chypre (il est pénible de devoir disposer d’une application spécifique pour les radios chypriotes, alors que Chypre est la deuxième source de radios grecques dans le monde après la Grèce), d’être rapide, agréablement conçue, de disposer d’une interface en anglais pour ceux qui ne lisent pas le grec… et d’offrir une fonction réveil, en prime (enfin, vraiment en prime… à moins que… enfin bref, on vous expliquera, mais il fallait bien trouver un titre accrocheur….).

Quoi de mieux pour se familiariser, ou se re-familiariser avec la langue ?

Recherche par région, catégories, etc. :

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– un clic pour agrandir. –

Par régions de la Grécité (ou de l’Hellénisme, on vous laisse le choix des termes) :

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– un clic pour agrandir. –

Par style (sport, variété, musique populaire, musique étrangère etc.) :

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– un clic pour agrandir. –

Radios locales :

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– un clic pour agrandir. –

Fonction réveil : choisissez votre radio grecque et réveillez-vous avec !

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– un clic pour agrandir. –

Alors, après s’être assuré que la fonction verrouillage du téléphone était désactivée pour permettre le déclenchement du réveil, après avoir trouvé la fonction réveil dans les paramètres (« Ρυθμίσεις »), réglé la chaîne et l’heure, activé ou re-activé « Ξυπνητήρι Ενεργοποιημένο » pour enclencher la fonction réveil… On est supposé pouvoir se réveiller avec sa radio grecque préférée.

Bon pour être honnête, même en suivant ces instructions, votre testeur préféré n’a pas réussi à enclencher le réveil.

Mais c’est sans doute parce qu’il a un poil dans la main, ou parce que son téléphone ne dispose pas des dernières mises à jour…

Peu importe, réveillez-vous avec votre réveil habituel et activez E-Radio pour le petit-déjeuner : cela reste une super appli !

Le site de E-Radio : http://www.e-radio.gr/

PL

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L’épitaphe grecque de Jim Morrison

La tombe de Jim Morrison au Père-Lachaise - un clic pour agrandir

La tombe de Jim Morrison au Père-Lachaise – un clic pour agrandir

La tombe de Jim Morrison, au cimetière du Père-Lachaise, porte ces lignes dont la dernière dans la langue d’Homère  :

«
JAMES DOUGLAS MORRISON
1943-1971
ΚΑΤΑ ΤΟΝ ΔΑΙΜΟΝΑ ΕΑΥΤΟΥ
»

D’horribles barrières protègent la sépulture du chanteur des Doors, couverte de fleurs. De ces barrières mobiles en métal, qu’on utilise dans les manifestations. Les pèlerins qui se pressent derrière connaissent-ils le sens de ces quatre mots ?

Un Grec d’aujourd’hui les prononcerait ainsi : « katA tôn dhAImona eaftOU » (à accentuer sur les majuscules – le « dh » se dit comme le « th » anglais dans « the »).*

L'épitaphe de Jim Morrison - un clic pour agrandir

L’épitaphe de Jim Morrison – un clic pour agrandir

A première vue, en mot à mot, cela signifie quelque chose comme « selon son propre démon ». La formule peut se comprendre d’instinct mais elle reste obscure. Dans nos esprits modernes le mot « δαίμονας » (dhAimonas), démon, a perdu de sa richesse et se réduit au registre « démoniaque » ou « diabolique ».

Ouvrons donc le Bailly, le dictionnaire grec ancien – Français. Non pas l’abrégé, mais le « Grand Bailly », celui qu’on a recommandé pendant des décennies, quand il avait encore sa belle couverture rouge, aux collégiens et lycéens de France  (à ceux qui avaient l’idée folle de préférer le grec ancien au latin…). Rien de mieux pour rechercher l’étymologie grecque d’un mot ancien, médiéval ou moderne.

A « δαίμων » , on lit : « dieu, déesse ; un dieu, une divinité ». Ou encore « destin, sort » ; « la fortune, le hasard » ; « οι δαίμονες, sorte de dieux inférieurs » ; « âme d’un mort » ; « génie attaché à chaque homme (…) et qui personnifie en quelque sorte son destin ». Le Bailly traduit l’expression « κατά δαίμονα » par « comme il plaît aux dieux ». Sur l’épitaphe de Morrison l’expression est suivie de « εαυτού », ce qui veut dire qu’il s’agit de son propre « génie », ou « démon ».

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Extrait du Bailly – un clic pour agrandir

Sur la tombe du Dieu du rock, « selon son propre démon » signifie donc  qu’il a suivi ce que lui dictaient son âme, sa conscience et son génie propre. Qu’il a vécu et qu’il est mort en conformité avec ce qu’il était au fond de lui-même. Mais aussi sans doute, qu’il ne pouvait échapper à son destin. Comme dans les tragédies grecques dont on connaît la fin à l’avance, sans que cela n’empêche les personnages de livrer bataille avec la dernière énergie, et de jouer leur partition jusqu’au bout. C’est leur devoir.

On n’est jamais déçu quand on flâne dans son vieux Bailly, en écoutant les Doors.

The End. Τέλος. Un clic pour agrandir.

The End. Τέλος.

* note : par simplicité les mots grecs ont ici été reproduits sous leur forme « démotique » moderne, sans esprits et uniquement avec les accents aigus, et leur prononciation moderne retranscrite en français plutôt qu’en phonétique ; nos excuses aux puristes.

PL

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Le monument aux volontaires grecs morts pour la France du Cimetière du Père-Lachaise

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Photo PL – un clic pour agrandir.

On y accède directement par la porte du cimetière située à l’angle de l’avenue du Père-Lachaise et de la rue des Rondeaux, dans le 20ème arrondissement de Paris. 88ème division, avenue des Combattants Étrangers Morts pour la France.

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Photo PL – un clic pour agrandir.

La victoire de Samothrace surplombant une colonne ionique, et ces mots : « À la mémoire des engagés volontaires hellènes morts pour la France 1870 – 1914-1918 – 1939-1945 ».

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En partie supérieure, on lit cet extrait attribué à Périclès par Thucydide dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, « ΑΝΔΡΩΝ ΕΠΙΦΑΝΩΝ ΠΑΣΑ ΓΗ ΤΑΦΟΣ » que l’on trouve ainsi traduit : « les hommes éminents ont la terre entière pour tombeau » (Thucydide, livre II, XLIII). Photo PL – un clic pour agrandir.

Le monument fut érigé en 1953 au cimetière du Père-Lachaise par l’association des anciens combattants engagés volontaires Hellènes dans l’armée française. Avec, selon la plaque apposée près du monument, les dons « de la colonie hellénique », des Philhellènes de France et de l’Union française, sur un terrain offert par la Ville de Paris. Il rappelle ces oubliés de l’histoire franco-hellénique, à proximité du monument érigé à la mémoire des combattants arméniens.

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Photo PL – un clic pour agrandir.

En passant devant, on ne peut s’empêcher de penser que par delà la Grande Histoire, il y a cette multitude d’histoires particulières, les destins de chacun de ces hommes croisant celui de la France.

D’où venaient-ils, qui étaient-ils ? Quelle patrie perdue avaient-ils laissée derrière eux pour la France ? Quelles saveurs, quels paysages, quel dialecte hellénique avaient-ils en tête lorsqu’ils songeaient au passé ?

Il existe un autre monument, numérique celui-là, qui peut nous aider à trouver quelque réponse : la base de données « Mémoire des hommes », qui met en ligne les archives du Ministère de la Défense.

En effectuant une recherche nominative, les vies défilent sur les fiches d’époque.

Et les origines.

Grecs de Grèce, ou Français dont le nom grec témoigne de parcours insoupçonnés.

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La fiche de Constantin Kyriacopoulos, né à Paris – un clic pour agrandir.

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La fiche de Vassilios Zacharopoulos, né à Athènes – un clic pour agrandir.

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La fiche de Constantin Sotiropoulos, né à Samos – un clic pour agrandir.

Ne cochez surtout pas la case « Grèce » du formulaire de recherche. Vous vous mettriez des œillères, comme à chaque fois qu’on essaie d’aborder la réalité grecque à travers le seul territoire de la Grèce actuelle.

Il y a aussi, en grand nombre, ces « Grecs d’ailleurs », souvent des Grecs de l’Empire ottoman venus de ces terres où furent portés des noms si grecs pendant des siècles et où on n’en entend pratiquement plus aujourd’hui ; de ces lieux de naissance qu’on n’écrirait plus de la même manière sur un registre officiel français : « Constantinople »   (au lieu d’Istanbul), « Asie mineure »  (au lieu de « Turquie »), Smyrne (au lieu de « Izmir »).

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La fiche de Jean Sotiropoulos, « né à Aïvaly, Département : Grèce » (sic) – un clic pour agrandir.

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Autre fiche du même Jean Sotiropoulos,  « né à  Aïvaly, Département :    Asie mineure » (sic) – un clic pour agrandir.

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La fiche de Jean Pétridis « né à Constantinople, Département : Turquie » (sic) – un clic pour agrandir.

Ces « Grecs indéterminés », fruit d’une histoire qui n’a même plus de mots pour les décrire. Frontières mouvantes, enracinements millénaires auxquels ne correspond aucune donnée administrative… Le règne de « l’indéterminé » est peut-être une constante de l’histoire hellénique et nous en avons ici un bel exemple.

Prenons Nicolas Micropoulos, dont on lit qu’il est né en 1908  « à Conia [sic] Asie mineure », mort entre le 1er septembre 1939 et le 25 juin 1940 et dont le registre nous dit que sa nationalité est : « indéterminée ».

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– un clic pour agrandir.

Au titre des « indéterminés » citons encore Solon BOYADJIDAKIS, mort pour la France le 25 janvier 1945 à Dacfran (Allemagne), « né(e) le/en 30-01-1893 à Smyrne (Asie (pays indéterminé)) [re-sic] ». Ou comment une base de données administrative se perd parfois, quand il s’agit de donner un nom au pays d’origine d’un Grec d’Anatolie né à la fin du 19ème siècle (d’autres registres indiquent « Asie mineure », d’autres « Turquie », ladite Turquie n’existant pas alors, s’agissant de l’Empire ottoman).

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Extrait de la base des militaires décédés pendant la Seconde Guerre mondiale – fiche informatisée de Solon BOYADJIDAKIS – un clic pour agrandir.

Et puis, il y a ces histoires atypiques et compliquées, comme celle du légionnaire Panayiotis ANAGNATOPOULOS, d’origine grecque mais né en 1902 à Philadelphie en Pennsylvanie, aux Etats-Unis, engagé volontaire étranger mort entre le 1er septembre 1939 et le 25 juin 1940.

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– un clic pour agrandir

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Certains noms ne figurent que dans des listes, sans fiche individuelle – extrait de la base des engagés volontaires étrangers entre le 1er septembre 1939 et le 25 juin 1940 – un clic pour agrandir.

Pour exhumer quelques noms au hasard des archives de ces morts pour la France, un biais : la recherche par les suffixes « poulos », « akis », « akos », « idis » que l’on retrouve dans nombre de noms grecs – ce qui élimine malheureusement les autres noms de la recherche. Les prénoms et lieux de naissance faisant le reste.

Que leur simple lecture soit la forme d’un hommage rendu.

Qu’on ne les oublie jamais quand on songe aux relations franco-grecques.

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Le site « Mémoire des hommes » – recherche dans la base nominative – un clic pour agrandir.

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/client/mdh/recherche_transversale/bases_nominatives.php

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Découvrir la littérature grecque grâce à Emile Legrand

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Peu de philhellènes connaissent Emile Legrand (1841-1903).

On lui doit pourtant, avec d’autres comme le grec Constantin Sathas (1842-1914), d’avoir fait découvrir aux Français du 19ème siècle des pans entiers de la littérature grecque. En traduisant ou en éditant des textes allant du Moyen âge (comme l’épopée de Digénis Akritas) jusqu’à son époque.

Son principal mérite est d’avoir su sortir de la fascination monomaniaque pour la Grèce ancienne qui hantait la plupart de ses contemporains. Une fascination qui a forgé cette image parcellaire de la culture grecque, totalement déséquilibrée, limitée à l’antiquité classique, causant cette ignorance crasse, palpable encore aujourd’hui, pour tout ce que la grécité a produit au Moyen âge et aux époques plus récentes.

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Grâce à Internet, l’oeuvre d’Emile Legrand se perpétue.

Ses traductions, libres de droit, sont faciles à trouver sur la toile (au format .pdf notamment), gratuitement. Elles comportent souvent une reproduction du texte grec sur lequel elles se fondent.

Il est bien sûr important de faire travailler les traducteurs modernes, qui font vivre cet intérêt pour la culture grecque, écrivent dans un langage qui nous est plus familier et disposent de davantage de sources que leurs prédécesseurs du 19ème siècle.

Mais pour qui veut s’initier à la littérature grecque médiévale, le travail d’Émile Legrand – on trouve parfois son nom sous la forme truculente Αιμύλιος Λεγράνδιος dans les éditions en langue grecque qu’il a préfacées – offre une première approche très accessible.

Nombre de ses traductions figurent dans la collection intitulée « Collection de monuments pour servir à l’étude de la Langue Néo-Hellénique ».

On peut suggérer une recherche sur ANEMI, la remarquable bibliothèque en ligne de l’Université de Crète, avec les items « Collection de monuments pour servir à l’étude de la Langue Néo-Hellénique » ou « Emile Legrand » :

http://anemi.lib.uoc.gr/search

Si vous passez par le cimetière du Montparnasse, ayez une pensée devant la tombe d’Emile Legrand.

En attendant, à vos liseuses, tablettes ou ordinateurs pour découvrir la littérature grecque médiévale. Entre autres…

PL

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BD grecque : « 1453 »

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« 1453 », la couverture. Dans le fond, la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, encore chrétienne, avant qu’elle ne soit transformée en mosquée par le conquérant de la ville. Avec l’autorisation des éditions Anubis – un clic pour agrandir.

Constantinople, Constantiniye, Istanbul.

Le 29 mai 1453 la capitale de l’Empire romain d’Orient, ou Empire « byzantin », tombe entre les mains du Sultan ottoman Mehmet II.

Cette date exerce encore sa fascination. Chez les Grecs modernes, descendants directs des « Byzantins » – qui s’appelaient eux-mêmes « Romains » et avaient le grec, qui pour langue maternelle, qui pour langue véhiculaire.

Mais aussi en Turquie: en témoignent le film turc « Fetih 1453 » (« la conquête 1453 ») sorti en 2012, tout à la gloire du conquérant ottoman, ou encore la fanfare Mehter qui célèbre la conquête de la ville tous les 29 mai à Istanbul.

La BD ne pouvait pas être en reste.

Deux Grecs, le dessinateur Nikos Pagonis et le scénariste Orestis Manousos, ont proposé dès 2008 l’adaptation en bande dessinée de la prise de celle que les Grecs nomment encore « la Ville » (η Πόλης, i pOlis).

Le graphisme de « 1453 » rappelle sensiblement l’univers des jeux vidéos d’alors.

La BD se lit comme un sympathique scénario d’action, marqué par l’exotisme d’une époque méconnue.

Elle regorge de références historiques.

page 12

Aux couleurs de la Sérénissime, Nikiphoros Kallérgis arrive à Constantinople. Avec l’autorisation des éditions Anubis – un clic pour agrandir.

Le lecteur est invité à suivre les traces de Nikiphoros (Nicéphore) Kallérgis, un jeune archer crétois au service de la République de Venise, qui possède alors la Crète. Nikiphoros décide de rester défendre Constantinople avec ses compagnons d’armes. Le nom de « Kallérgis » est sans doute un clin d’oeil du scénariste. Ce patronyme prestigieux revient souvent à travers les siècles dans l’histoire de la Crète et de la Grèce (jusqu’au 20ème siècle, via la figure controversée de Richard Nikolaus de Coudenhove-Kalergi).

Nikiphoros découvre une ambiance de fin de règne, et une cité qui n’est plus que l’ombre d’elle même, détruite deux siècles plus tôt par les Chrétiens d’Occident, comme il le rappelle au détour d’une page.

page 81(79)

Déspina, la jeune Génoise, en moniale orthodoxe. Avec l’autorisation des éditions Anubis – un clic pour agrandir.

Il y croise des portraits qui brossent le contexte: la fille d’un commerçant génois qu’il sauve du lynchage (une  brève allusion aux sanglantes tensions qui émaillent l’histoire tardive de l’Empire byzantin, entre la population byzantine et les commerçants génois souvent privilégiés par un pouvoir byzantin corrompu), ou encore un religieux plus obsédé par les querelles entre catholiques et orthodoxes que par la défense de la ville, sans oublier Giovanni Giustiniani, encore un Génois qui, sans l’appui de la République de Gênes, se porta volontaire avec 400 Génois et 300 Grecs des îles de la mer Egée pour secourir la Ville (espérant, dit-on, se voir attribuer l’île de Lemnos en échange) et y mourut. Enfin Constantin XI Paléologue, le dernier « Basileus » (en grec « Βασιλεύς », « Roi », le titre des Empereurs byzantins).

La BD nous épargne les trois jours et nuits de pillages et d’atrocités qui suivront la fin du siège et la mise en esclavage de ses 25.000 derniers habitants, tout en y faisant une cruelle allusion.

page 107 (105)

L’assaut des troupes ottomanes. Dans « 1453 » les Ottomans sont principalement appelés « Αγαρηνοί » (Agarini), nom par lequel les Byzantins désignaient souvent les Musulmans. Avec l’autorisation des éditions Anubis – un clic pour agrandir.

 

page 113 (111)

La charge du Basileus. Avec l’autorisation des éditions Anubis – un clic pour agrandir.

Au final une bonne petite BD. Le sujet à lui seul justifie le détour.

A ce jour l’album « 1453 » n’a pas été traduit en français.

1453
ISBN13    9789603066743
Εditeur    ANUBIS
Décembre 2008
140 pages

Tous nos remerciements aux éditions Anubis et à leur maison mère Compupress qui nous a fourni les planches publiées.

PL

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Publié dans β / Bande dessinée Κόμικς

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