Du Rébétiko sauce Dirdira Dar Dar le 28 juin 2017 à Bayonne

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Bouzouki, accordéon, darbouka.

Le Rébétiko à Bayonne, c’est désormais Dirdira Dar Dar.

Le mercredi 28 juin 2017 à partir de 19h30 (avec d’autres groupes).

« Le Bistrot », quartier St Esprit, 7 place de la République à Bayonne.

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Coup de coeur : les Enluminures grecques de la Bibliothèque nationale de France Οι ελληνικές μικρογραφίες της Εθνικής Βιβλιοθήκης της Γαλλίας

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« Trésors de Byzance. » Catalogue d’exposition de manuscrits grecs publié par la BNF. 2005. (clic pour agrandir)

On connaît les enluminures médiévales d’Europe de l’Ouest.

Nombre d’ouvrages grecs du Moyen âge étaient également illustrés.

Des manuscrits religieux, certes (ceux-ci représentent la grande majorité des livres diffusés dans l’Empire romain d’Orient / Empire byzantin), mais aussi des ouvrages profanes.

La Bibliothèque nationale de France (BNF) en conserve quelques uns (on peut avoir un aperçu de ce patrimoine sur le lien http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc209838 ou sur « pinakes » http://pinakes.irht.cnrs.fr/).

Elle a édité de remarquables catalogues qui peuvent servir de guide pour s’y retrouver dans les méandres de ses manuscrits grecs (ou de ceux qui sont conservés dans d’autres bibliothèques de France), tels que :

– le « Catalogue des manuscrits grecs, Tome III-1 : Supplément grec, n° 1 à 150 », de Charles Astruc, Marie-Louise Concasty, Cécile Bellon, Christian Förstel (http://editions.bnf.fr/catalogue-des-manuscrits-grecs-iii-1-suppl%C3%A9ment-grec-n%C2%B0-1-%C3%A0-150) ;

« Les manuscrits grecs datés des XIIIe et XIVe siècles conservés dans les bibliothèques publiques de France », de Paul Géhin, Michel Cacouros, Christian Förstel et al., avec la collaboration de Dominique Grosdidier de Matons (http://editions.bnf.fr/les-manuscrits-grecs-dat%C3%A9s-des-xiiie-et-xive-si%C3%A8cles-conserv%C3%A9s-dans-les-biblioth%C3%A8ques-publiques-de).

Les plus abordables sont – ou étaient – deux fascicules publiés avec 40 ans d’écart :

« Trésors de Byzance, Manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale de France« , de Christian Förstel, opuscule publié « à l’occasion de l’exposition « Trésors de Byzance » organisée, parallèlement au XXe Congrès international des études byzantines, et présentée à la Bibliothèque nationale de France (…) du 20 août au 2 septembre 2001 » ; ce petit guide est malheureusement épuisé.

– et « Byzance et la France médiévale, manuscrits à peintures du IIe au XVIe siècle« , publié en 1958 et… heureusement disponible en ligne (permalien http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6459268m).

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« Byzance et la France médiévale ». (clic pour agrandir)

Nos coups de coeur…

Les « Theriaca » (Θηριακά), un « poème médical » du 2ème siècle avant J.C., qui reprend notamment les antidotes nécessaires aux piqures infligées par certains animaux (serpents, scorpions…). La BNF possède un manuscrit qui aurait été réalisé au 10ème siècle de notre ère, donc 1200 ans après.

Ses illustrations sont pour le moins surprenantes, pour qui penserait que le monde « byzantin » s’était définitivement converti à l’image abstraite et décharnée (références BNF Supplément grec 247 – 1001-1100 Description NICANDER. Theriaca permalien http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10532610b) :

 

 

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Le manuscrit surnommé le « Psautier de Paris », qui n’est évidemment pas d’origine parisienne (daté par les spécialistes du 10ème siècle de notre ère, référence BNF  « Grec 139« ).

Ici, la « Noyade de l’armée de Pharaon » et « David décapitant Goliath »). Surprise – pour le profane dont votre serviteur, en tout cas – les traits des soldats ou du moins, de leur tenue, semblent avoir quelque chose d’annonciateur d’un certain style de la Renaissance italienne :

 

 

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Toujours dans le même manuscrit : « David gardant son troupeau », avec cet on ne sait quoi d’orphique, et « David glorifié par les femmes d’Israël », toujours le thème biblique mêlé à l’esthétique de l’antiquité gréco-romaine :

 

 

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Les « Homélies de Grégoire de Nazianze » (11ème siècle de notre ère – référence BNF Manuscrit « Grec 533 »), dont nous retiendrons cette fois les scènes les plus bucoliques, peut-être inspirées de la vie des paysans byzantins  : « Paysan tondant un mouton » et  » Pasteurs et troupeaux » :

 

 

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Passons à quelque chose de plus sévère avec les « Traités théologiques » de l’Empereur Jean VI Cantacuzène (14ème siècle de notre ère, référence BNF Manuscrit Grec 1242).

A gauche, ceci n’est pas un pope orthodoxe d’aujourd’hui, même si cela y ressemble fortement. Il s’agit de l’Empereur byzantin Jean VI Cantacuzène, en tenue d’Empereur et en tenue de moine. A droite, une représentation de la transfiguration du Christ. On s’attend davantage à cela quand on parle « images byzantines ». A noter cependant, la modernité du concept mêlant lumière abstraite et stylisée et personnages plus « réalistes » :

 

 

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Toujours avec les Homélies de Grégoire de Nazianze mais cette fois-ci un manuscrit du 9ème siècle de notre ère (référence BNF, Grec 510) : en bande dessinée, le  martyre de Saint Thomas (à gauche) et  le rêve de Constantin avant la bataille du Pont Milvius, suivi de la trouvaille de la Sainte Croix par Sainte Hélène (à droite) :

 

 

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Encore avec Grégoire de Nazianze, un style différent (manuscrit du 12ème siècle, référence BNF Grec 550) – chercher la petite bête :

 

 

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Un Tétraévangile (référencé à la BNF Coislin 195), où chaque évangéliste paraît chercher l’inspiration ou se reposer, dressé sous des traits qui touchent par leur finesse et leur naturel (10ème siècle de notre ère).

 

 

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Tout ceci n’est qu’un aperçu qui interroge.

Les manuscrits « byzantins » sont dispersés dans diverses bibliothèques de par le monde. Mais après le sac de Constantinople de 1204 par les « Latins », la longue agonie de l’Empire byzantin puis la prise de sa capitale, cette fois par les Ottomans, en 1453, combien d’autres merveilles perdues ? C’est tout le talon d’Achille de cet héritage des Grecs d’aujourd’hui, orphelins de l’Empire qui a tant forgé leur culture.

L’art de l’enluminure grecque ne mérite pas d’être à ce point ignoré du public…

PL

Sources des images : BNF. Images des catalogues reproduites avec l’autorisation de la BNF. En cas d’erreur sur les droits ou sur la numérotation des manuscrits, merci de nous contacter via les commentaires pour retrait immédiat.

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Bertsu franco-grec sur l’Adour : de la lyre crétoise au bouzouki avec le groupe Errebetiko Ρεμπέτικο στην Χώρα των Βάσκων

Au Kalostrape (Petit Bayonne). Harmonium indien et bouzouki grec avec Txomin et Niko.

Au Kalostrape (Petit Bayonne). Harmonium indien et bouzouki grec avec Txomin et Niko.

Pas de doute, c'est du grec...

Pas de doute, c’est du grec…

Ambiance. Ca chantait grec et basque, au son du bouzouki. Ils sont fous ces Basques.

Ambiance. Chants en grec et impros en basque, au son du bouzouki. Ils sont fous ces Basques.

A la darbouka, Xan. Au chant, Christine et les autres.

A la darbouka, Xan. Au chant, Christine et les autres.

Ce soir-là, Bayonne s’écrivait Μπαγιόν.

Il était tard, sur l’Adour.
Aux pieds du pont, quatre Crétois mélancoliques,
régénéraient nos oreilles.
Ne viens pas partager ta tristesse.
Puisque tu fais commerce de ton âme, donne moi
l’énergie de ta transe crétoise.
Enfin la lyre devenue folle, la danse de vie,
les pieds qui
cognent l’estrade même quand le son s’arrête,
donne moi ces notes qui viendront emporter
ce que je veux laisser partir.
Excuse-moi, Crétois, de te demander encore,
ce qu’on attend toujours de toi.
Mais toi seul sais.
Tac, tacatacatacatac, Tac.

Ce fut chose faite quand dans un recoin nous
entendîmes l’homme au chapeau, parler grec dans le public.
Milas Ellinikà ?
Venez avec nous au bar basque, nous jouons du Rébétiko.
Il était tard, sur l’Adour.
Mais comment refuser une gentille invitation.
Et qui sont-ils, ces gens qui prétendent avoir l’âme un peu grecque ?
Acceptons.
Au petit Bayonne, dans ce bar, on n’entendait parler que l’Euskara.
Niko vint là, avec son Bouzouki. Txomin avec son harmonium indien.
Christine, son carnet de chansons, en caractères grecs.
Leur amie avec son sourire, Xan sa percussion, et l’homme au chapeau noir, avec lui-même.
C’était le chef d’orchestre, l’agent, le conteur.
Ils jouaient de la musique, du chant et lui se jouait des mots.
Quand Niko fit son taximi on se regarda.
On comprit qu’on ne se moquait pas de nous.
Txomin activé à son soufflet d’une main, à son clavier d’une autre.
D’un sourire tranquille et d’un rythme assuré, la Darbouka de Xan continue
d’ameuter du monde.
Christine chante, on se croirait dans un café égéen.
Et pourtant. C’était grec mais c’était basque.
Et ce n’était pas triste.
Prête-moi ton bouzouki, Niko, que je joue quelques notes cassées moi qui ne sais pas jouer.
Voici Txomin qui se lève, se plie en deux, balaie l’air de ses bras.
On ne rêve pas.
Reprends ton instrument, l’ami.
Ton son gréco-basque est nôtre, et il est autre.
Vous ne savez pas avoir l’air vraiment sombres.
C’est votre pudeur, et votre grandeur.
Rébètes enthousiastes, simples comme ce coin de terre pyrénéenne.
Fluide et claire, votre vitalité baptise
les sons trop graves de l’Orient.
Le jeu de nos amis provoque une noctambule.
Elle vient joindre ses « Jotas » au trois-cordes de Niko.
Encouragée par notre chef d’orchestre.
Navarre, Labourd et utopie grecque.

On se regarde. Où sommes-nous au juste?
A la frontière de quelque chose.
Où tout est exactement comme cela doit être.
Il est temps de partir, nous avons de la route à faire.
En Béarn, on ne nous croira pas.

C’est ainsi que sur les bords de l’Adour, un concert de musique crétoise* enregistré, sauf erreur, par Radio France* se transforma en soirée gréco-basque.

Errebetiko nous offrait ses fulgurances nocturnes.

Il en reste encore une trace chez ceux qui étaient là.

C’était il y a déjà quelques temps.

On apprend qu’ils existent toujours.

De source sûre, cette petite bande hétéroclite devrait se manifester prochainement au grand jour, dans une composition légèrement différente. Espérons-le ! Avec cette façon à eux de faire du Rébétiko.

Un élan vital insufflé même au coeur des chansons noires.

Le mélange avec les voix basques du public, totalement improvisées, détonnait.

Loin des interprétations larmoyantes trop « premier degré » qui abondent ces dernières années. Qu’ils ne changent rien, surtout.

Le Rébétiko est plus fort quand il prend du recul sur la mélancolie à laquelle il est tant associé.

Et cela, nos compères basques savent le faire mieux que quiconque.

En attendant qu’Errebetiko ne se dévoile, sachez que deux de nos amis forment le groupe Frikun.

Patientez, donc. Et profitez !

 

Frikun par Frikun. https://www.youtube.com/watch?v=kxyVRA2Jf9g

Siga Siga emeki poliki (lien bandcamp). Par Frikun.

 

A noter dans l’album de Frikun, le clin d’oeil grec du titre « Siga siga emeki poliki »  (« siga », « doucement » en grec – « emeki » en basque) : https://frikun.bandcamp.com/track/siga-siga-emeki-poliki

Frikun par Frikun. https://www.youtube.com/watch?v=kxyVRA2Jf9g

Arrêtez mal palé (lien Youtube). Par Frikun.

PL

Petit lexique maison :

– Rébétiko : style musical des Grecs des deux rives de la mer Egée (voir Rébétiko, la mauvaise herbe sur philiki.org https://philiki.org/2013/07/22/rebetiko-la-mauvaise-herbe-2/)

– Bertsu : chant d’improvisation  basque.

– Euskara : langue basque.

– Jota : danse et chant traditionnels de certaines régions d’Espagne, que l’on retrouve dans certaines régions bascophones (Navarre).

– Taximi : en musique grecque et orientale, petit morceau instrumental, autonome ou intégré dans une chanson, souvent en introduction d’un plus grand morceau (définition maison).

– Trois-cordes : l’une des deux versions du bouzouki grec, à trois doubles cordes (l’autre est à quatre doubles cordes).

* Sur la soirée crétoise qui précéda ce mémorable concert et le quatuor de Stélios Pétrakis : https://philiki.org/2015/10/12/concert-de-musique-cretoise-a-bayonne-le-vendredi-16-octobre-2015/

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Les Crétois de Stélios Pétrakis se produisaient ce soir-là à Bayonne dans le cadre du festival HAIZEBEGI. Luth, lyre et danse.

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Les questions de Milinda – la rencontre des Grecs et du Bouddhisme Οι ερωτήσεις του Μιλίντα – Η συνάντηση των Ελλήνων με τον Βουδδισμό

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Le Milinda-panha, ou « Questions de Milinda », relate les dialogues du roi indo-grec Ménandre Ier (Μένανδρος) et du moine bouddhiste Nagasena.

Il fait partie des textes canoniques du bouddhisme, et occupe une place importante dans le bouddhisme theravada.

Sa diffusion s’est étendue jusqu’en Chine et au Japon (voir « Les versions chinoises du Milindapañha », Paul Demiéville, Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient  Année 1924  Volume 24  Numéro 1  pages 1-258 – http://www.persee.fr/doc/befeo_0336-1519_1924_num_24_1_2986).

Plusieurs traductions en ont été publiées en français, dont une, résumée et abordable, aux éditions Gallimard dans la collection « Connaissances de l’Orient », à partir du pâli. Une langue ancienne de l’Inde qui sert encore de langue liturgique dans le bouddhisme theravada (« Milinda-panha – Les questions de Milinda », traduit, présenté et annoté par Louis Finot, préface d’Edith Nolot, ISBN 2-07-072730-0, 145 pages, Gallimard, Paris 1992).

Le nom de « Milinda » est l’adaptation en pâli de « Ménandre » (à ne pas confondre avec le dramaturge du même nom). Dans le texte pâli, les Grecs sont désignés sous les termes « les Yonakas ». A rapprocher des « Ioniens », une des peuplades grecques de l’antiquité installée, notamment, en Asie mineure. Son nom est encore souvent utilisé par les peuples orientaux pour désigner les Grecs – par exemple sous la forme « Yauna » puis « Younan » en persan,  « Yavan » en hébreux, « Yavana » en sanskrit, un terme passé en arabe où la Grèce se dit « al-Yūnān » et en turc sous la forme « Yunanistan ».

C’est d’ailleurs ainsi que commence le Milinda-Panha, dans la traduction de Louis Finot : « Il y avait chez les Yonakas, une cité nommée Sâgâlâ » (Sâgâlâ, capitale du roi Ménandre Ier, est le nom d’une ville aujourd’hui dénommée  Sialkot  dans le Pakistan actuel).

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Monnaie antique de Bactriane (région recouvrant surtout l’actuel Afghanistan). A gauche, le roi grec Ménandre I, tête nue. A droite, Athéna en armes. Argent : Drachme ; 2,39 g. Appartient à l’ensemble documentaire : MonnGre Identifiant : ark:/12148/btv1b8550914t Source : Bibliothèque nationale de France, département Monnaies, médailles et antiques, R 3681.350 – un clic pour agrandir

Le texte débute par la description de la capitale du roi Ménandre, puis par celle du roi lui-même. Celui-ci demande : « Y a-t-il quelque sage, ascète ou brahmane, chef d’ordre ou de groupe, maître d’un groupe d’élèves, même adepte du bienheureux Buddha, qui puisse causer avec moi et résoudre mes doutes ? ». Aucun maître à penser ne parvient à répondre à ses incessantes interrogations sur le bien, le mal, la vie, la mort ou la renaissance. On amène au roi, après de longues et vaines recherches, le bonze Nagasena.

Il s’en suit un dialogue très imagé par lequel le moine répond aux interrogations de Ménandre, qui demande souvent  : «  Donne moi une autre comparaison. » Bref c’est un peu « le bouddhisme  pour les nuls », version ancienne.

Certains chercheurs pensent que ce dialogue n’a peut-être jamais existé. Et que la figure du roi grec, ou ses questions, ne sont qu’un moyen d’illustrer l’enseignement des grands principes bouddhistes – une sorte d’outil pédagogique.

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Monnaie antique de Bactriane. A gauche, le roi Ménandre I casqué. A droite, la déesse Athéna en armes. Drachme ; 2,46 g. Appartient à l’ensemble documentaire : MonnGre.  Identifiant : ark:/12148/btv1b8510969p Source : Bibliothèque nationale de France, département Monnaies, médailles et antiques, R 3681.375 – un clic pour agrandir.

Ce qui est certain c’est que le roi Ménandre Ier est bien réel. Il aurait régné entre 163 et 95 avant J.-C.. Il était connu des  historiens grecs Plutarque (1) et Strabon (2)(3). Il est cité dans les textes des peuples de l’Inde. Son effigie figure sur les pièces de monnaie frappées sous son règne souvent accompagnée, sur l’autre face, de la déesse Athéna (à ce propos, voir Bopearachchi Osmund. « Découvertes récentes de trésors indo-grecs : nouvelles données historiques.» In : Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 139ᵉ année, N. 2, 1995. pp. 611-630, DOI : 10.3406/crai.1995.15500 – www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1995_num_139_2_15500 – et Bopearachchi Osmund. « L’apport des surfrappes à la reconstruction de l’histoire des Indo-Grecs.» In : Revue numismatique, 6e série – Tome 164, année 2008 pp. 245-268 – DOI : 10.3406/numi.2008.2853 – www.persee.fr/doc/numi_0484-8942_2008_num_6_164_2853).

On oublie souvent que la présence grecque en Asie ne s’est pas  arrêtée avec les conquêtes d’Alexandre le Grand. D’autres successeurs d’Alexandre le Grand sont plus connus  que Ménandre (Ptolémée – Ptolemaios / Πτολεμαῖος   –  en Egypte, Séleucos – Σέλευκος prononciaton grecque moderne Sélefkos – fondateur de l’Empire séleucide en Perse et en Syrie, Lysimaque –  Lysimakhos   / Λυσίμαχος – en Thrace, Antigone le Borgne – Antigonos Monophtalmos /  Ἀντίγονος Μονόφθαλμος  – en Asie mineure, Cassandre en Macédoine – Kassandros /  Κάσσανδρος). Mais des rois grecs fondèrent des dynasties et régnèrent aussi progressivement en Bactriane (les royaumes gréco-bactriens s’étendaient dans une région située entre l’Hindū-Kūsh et l’Amou-Daria, qui englobait entre autres l’Afghanistan actuel) et en Inde du nord, à cheval sur quatre siècles. Les royaumes indo-grecs auraient parfois poussé leurs conquêtes jusqu’au Penjab et même au-delà.

Le dialogue de Milinda n’est pas la seule évocation de l’installation des Grecs dans la région.

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Extrait du livre d’Alfred Foucher : « L’art gréco-bouddhique du Gandhâra : étude sur les origines de l’influence classique dans l’art bouddhique de l’Inde et de l’Extrême-Orient » . 1905 – un clic pour agrandir

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Extrait du livre d’Alfred Foucher : « L’art gréco-bouddhique du Gandhâra : étude sur les origines de l’influence classique dans l’art bouddhique de l’Inde et de l’Extrême-Orient ». 1905 – un clic pour agrandir

Selon plusieurs chercheurs, c’est également à l’influence grecque que l’on attribue une des premières représentations physiques du Bouddha, voir même selon certains, la toute première représentation humaine du Bouddha, aux environs du début de l’ère chrétienne.

Avant cela le Bouddha était représenté par des Symboles, comme la roue du Dharma ou Dharma-chakra, ou la trace des pas de Bouddha. Ces représentations humaines de Bouddha ne seraient pas apparues immédiatement après l’arrivée des Grecs, mais plus tard. Du point de vue artistique, il s’agit d’un art mixte parfois qualifié de gréco-bouddhique ou indo-grec, ou encore d’art du Gandhara, ou d’art de l’Orient hellénisé, fusionnant les styles de plusieurs civilisations (dont celle des Kouchan). (4)

Ces dénominations ne sont pas nécessairement équivalentes et font l’objet de controverses de spécialistes. La recherche semble en constante évolution sur ce sujet.

La représentation humaine du Bouddha serait née du besoin des Grecs convertis au Bouddhisme de représenter le Bouddha comme ils en avaient l’habitude avec les Dieux, demi-Dieux ou héros grecs.

Pris d’enthousiasme, un auteur est allé jusqu’à écrire que « les Bouddhas japonais apparaissent encore de nos jours sous les traits apolloniens et drapés dans des vêtements aux plis antiques » (Paul Chalus en introduction de l’édition de 1972 de « L’impérialisme macédonien et l’hellénisation de l’Orient » de Pierre Jouguet, Editions Albin Michel, 1972, page 10).

Le précurseur des ces recherches est un Français, Alfred Foucher, qui publia en 1905 « L’art gréco-bouddhique du Gandhâra : étude sur les origines de l’influence classique dans l’art bouddhique de l’Inde et de l’Extrême-Orient ». (4) (5)

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Alfred Foucher : « L’art gréco-bouddhique du Gandhâra : étude sur les origines de l’influence classique dans l’art bouddhique de l’Inde et de l’Extrême-Orient » . 1905 – un clic pour agrandir

Vous ne regarderez plus tout à fait les statues de Bouddha de la même façon…

Notes :

1) Selon Plutarque : « un roi de la Bactriane nommé Ménandre, qui régnait avec beaucoup de modération, étant mort dans son camp, les villes de ses États firent ses funérailles en commun ; elles se disputèrent les restes de son corps, et ce ne fut qu’après de longs débats qu’elles convinrent enfin d’en emporter chacune une portion égale, et de bâtir autant de monuments pour les y renfermer » – Plutarque, œuvres morales, Traduction de Ricard, Paris 1844 tome IV. Selon Edith Nolot dans sa préface de la traduction de Louis Finot, ceci ferait écho à « un cliché bouddhique extrêmement répandu à propos du partage des reliques du Bouddha et des disputes qui s’en suivirent. »

2) Strabon cite Apollodore d’Artémite  qui fait une description très élogieuse (et un peu exagérée) des conquêtes de Ménandre : « La Bactriane, dont la frontière septentrionale borde l’Arie sur une certaine longueur, dépasse de beaucoup cette contrée dans la direction de l’E. Elle a une étendue considérable et un sol propre à toutes les cultures, celle de l’olivier exceptée.  Grâce à ses immenses ressources, les Grecs qui l’avaient détachée [de l’empire des Séleucides] devinrent bientôt tellement puissants qu’ils purent s’emparer de l’Ariane et de l’Inde elle-même, au dire d’Apollodore d’Artémite, et que leurs rois, Ménandre surtout (s’il est vrai qu’il ait franchi l’Hypanis et se soit avancé vers l’E. jusqu’à l’Imaüs), finirent par compter plus de sujets et de tributaires que n’en avait jamais compté Alexandre, grâce aux conquêtes faites tant par Ménandre en personne que par Démétrius, fils du roi de Bactriane Euthydème. »  « Géographie de Strabon » Livre XI Chapitre XI Traduction d’Amédée Tardieu, Paris 1867 (libre de droits, disponible en ligne) Tome 1.

3) Les rencontres indo-grecques de l’antiquité continuèrent d’avoir des échos dans la littérature grecque à l’ère chrétienne, au Moyen âge – à l’époque byzantine. Certains ouvrages ont fait l’objet de traductions récentes en langue française, ou de rééditions, parues aux éditions Anacharsis ou aux éditions Les Belles Lettres (égratignant encore une fois au passage  la caricature négative que l’on se fait souvent du monde intellectuel byzantin), notamment :

– le traité « Sur les peuples de l’Inde et les Brahmanes » (« Περὶ τῶν τῆς Ἰνδίας ἐθνῶν καὶ τῶν Βραχμάνων ») de l’évêque Palladios (4ème siècle après J.-C.) : un large passage de cette œuvre a fait l’objet d’une interpolation dans le roman byzantin « Histoire merveilleuse du roi Alexandre maître du monde » ; on y lit les dialogues d’Alexandre le Grand avec des « Brahmanes », en fait ici des ermites indiens nus, notamment le maître à penser Dandamis. Chacun y interroge l’autre sur son mode de vie et sa conception du monde (« Histoire merveilleuse du roi Alexandre maître du monde », traduction du grec en français Corinne Jouanno, 2009, Anacharsis éditions, 332 pages, ISBN 978-2-914777-50-6 – pages 162 et suivantes) ; voir aussi la version parue aux Editions Les Belles Lettres « Alexandre le Grand et les Brahmanes – Palladios d’Hélénopolis : Les Moeurs des Brahmanes de l’Inde et anonyme : Entretiens d’Alexandre et de Dindime », Pierre Maraval, 2016, Les belles Lettres, 122 pages, ISBN-10 2-251-33979-5) ;

« L’Inde », oeuvre assez improbable de Ctésias, un médecin grec prisonnier du roi perse Artaxerxès II, avant les conquêtes d’Alexandre le Grand : les notes de lecture que fit de ce texte le patriarche grec orthodoxe Photios, au 9ème siècle après J.-C., dans sa « Bibliothèque » ont été publiées avec trois autres notes portant sur trois autres ouvrages, sous le titre « Les codices du merveilleux » traduction de René Henry (1910-1978) aux éditions Anacharsis, (2002, 132 pages, ISBN 2-914777-03-5).

4) Pour un documentaire vidéo : « Gandhara, l’envol du bouddhisme » dans la série « Eurasia : À la conquête de l’Orient » d’Alain Moreau et Patrick Cabouat (coproduction NHK, TV5, 2004).

5) Les Grecs influenceront des domaines aussi inattendus que l’astrologie indienne. On trouve en particulier des traces de cette influence dans un texte sanskrit, le « Yavanajataka« , ou « Horoscopie des Grecs », qui emprunte des éléments à l’astrologie grecque. Le Yavanajataka a été traduit en anglais en 1978 par David Pingree (David Pingree, « The Yavanajātaka of Sphujidhvaja », Harvard Oriental Series, Vol. 48, Cambridge : Harvard University Press, 1978).
Les origines précises du Yavanajataka font l’objet de discussions universitaires. Certaines publications à ce sujet sont disponibles sur Internet.

PL

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La littérature grecque sur Internet – livres audio, livres libres de droits, commandes en ligne Η Ελληνική λογοτεχνία στο Διαδίκτυο – ομιλούντα βιβλία, βιβλία ελεύθερα πνευματικών δικαιωμάτων, παραγγελίες στο Διαδίκτυο

makrigiannisPhotoPL_philikiorg

Les Mémoires du Général Makriyannis ont fait l’objet d’une traduction en français de Denis Kohler, parue aux Editions Albin Michel. Elles ont aussi été diffusées en livre audio (en grec)

Livres audio en français

Ecouter l’Iliade, plutôt que de la lire, c’est revenir aux sources de l’épopée.

Les gens de lettres considèrent en général qu’elle a été transmise par la parole, avant d’être fixée par écrit. On se plait à s’imaginer, accourant vers l’aède pour l’entendre chanter la colère d’Achille… Plus prosaïquement, des « livres lus » sont aujourd’hui assez facilement accessibles sur Internet.

Pour la langue française il y a par exemple l’association « Des Livres à Lire et à Entendre », qui diffuse une lecture de la traduction de l’Iliade par Leconte de Lisle (1866) :

https://www.youtube.com/watch?v=0lSYxgnFLSw

Les oeuvres lues par ces bénévoles sont mises en ligne sur Youtube et répertoriées sur le site http://www.litteratureaudio.com/.

L’association diffuse ainsi plusieurs textes majeurs de la littérature grecque classique.

Livres audio en grec

Pour l’apprenti helléniste, il n’est pas dépourvu d’intérêt d’écouter en suivant le texte écrit. Quand on parle grec, cela n’est pas sans intérêt non plus.

L’équivalent pour la langue grecque serait le site isobitis.com

Celui-ci nécessite une inscription, assez simple à obtenir. Il suffit de se rendre sur l’onglet « Ομιλούντα βιβλία (Audiobooks) Υπηρεσία με εγγραφή », d’inscrire son mail et son pseudonyme, et d’attendre quelques jours que l’administrateur du site vous envoie le mail de validation. Une fois le mail reçu, il faut de choisir un mot de passe (créé pour l’occasion de préférence). Toutes les instructions sont ici (en grec) : http://isobitis.com/book/odigies.html

Si tout cela vous paraît compliqué, rassurez-vous : nombre de livres audio présents sur isobitis.com le sont aussi sur Youtube (en cherchant par exemple les mots « ομιλούντα βιβλία » ou un titre d’ouvrage – libre de droits bien sûr – dans le moteur de recherche de Youtube).

On y retrouve l’Iliade dans une adaptation en grec moderne lue par les actrices du Théâtre national de Grèce. Cette lecture ne recueille pas tous les suffrages, disons-le (le texte y semble noyé dans le jeu vocal des actrices – les goûts et les couleurs…). Difficile de savoir  si l’adaptation est libre de droits, pas sûr.

Vous craquerez en revanche pour la lecture des Mémoires du Général Makriyànnis – Τα απομνημονεύματα του Στρατηγού Μακρυγιάννη – disponibles en grec sur Youtube dans plusieurs versions, dont il est très difficile là aussi de savoir si elles sont libres de droit bien que le texte, qui date du 19ème siècle, le soit (nous attendons la réponse de la télévision publique grecque à ce sujet, et ferons en sorte d’en rendre une accessible depuis le blog en cas de réponse positive). Ce chef de guerre analphabète, orphelin d’un père tué par les bandes turco-albanaises, apprend à écrire à la fin de sa vie, afin de rédiger ses mémoires. Sa langue est un grec simple et populaire. Il livre un témoignage très vivant, très cru, de la guerre d’indépendance grecque (1821-1829). Il n’épargne personne, y compris dans son propre camp. On y lit la situation d’insécurité permanente dans laquelle était plongé le Péloponnèse sous domination ottomane, la misère qui conduisit sa mère à l’abandonner avant de se raviser, les efforts de certaines familles pour échapper aux rapts de femmes par les dignitaires ottomans locaux, les batailles de la révolte grecque, les actes d’héroïsme ou de bassesse provoqués par la guerre, cette époque où « être Grec » se disait « être Romain », « devenir Turc » (« τουρκεύω ») signifiait simplement « devenir musulman », où les alliances fragiles et contradictoires se succédaient, où l’idéalisme et l’héroïsme des patriotes grecs sincères étaient mis à mal par les groupes de brigands, par l’appât du gain des élites locales, ou par leur soumission aux puissances étrangères.  On découvre aussi cet éveil culturel. Voyant que  des guerriers grecs souhaitaient vendre à des étrangers deux statuettes antiques, le chef de guerre leur dit : « N’acceptez pas qu’elles quittent notre patrie. C’est pour cela que nous combattons. » Makriyannis nous prévient dès le début : nous n’avons le droit de juger ses écrits que si nous les avons lus jusqu’au bout ! Dont acte.

Soyez vigilants sur ces sites, et évitez les ouvrages récents ou les traductions récentes : en principe ils/elles ne sont pas libres de droit. Il est dur de vivre de son art, encore plus en Grèce. Achetez-les :

Librairies et bibliothèques en ligne

Il existe des librairies grecques en ligne tout à fait sérieuses et respectueuses de leurs clients, telles que :

La librairie IANOS

https://www.ianos.gr/

La librairie Politeia Βιβλιοπωλείο Πολιτεία

https://www.politeianet.gr/

Il y en a d’autres bien sûr (merci de nous les signaler en commentaire le cas échéant).

En général, les petites librairies font bien leur travail. Dans tous les cas il peut être utile de ne pas se contenter d’une commande en ligne et de privilégier le contact humain, le courriel ou le téléphone, pour s’assurer de la disponibilité des ouvrages. Il arrive que certaines librairies en ligne ne mettent pas immédiatement à jour leur site internet, qui ne reflète pas toujours l’état des stocks. Vous risquez alors de voir votre ouvrage arriver aux calendes (grecques bien sûr). Cette précaution vous évitera quelques mésaventures.

Les traductions françaises d’auteurs grecs contemporains mériteraient un sujet à part entière. Les indexer serait un travail de bénédictin. Et puis, il n’est plus aussi difficile de les trouver que par la passé, Internet aidant : qui cherche trouve. Il faut saluer l’effort de quelques éditeurs français qui, outre les auteurs grecs les plus connus (comme Pétros Markaris) publient des auteurs plus atypiques.

Voir par exemple la sélection de la librairie « Ombres blanches » à Toulouse :

http://www.ombres-blanches.fr/dossiers/litterature-poesie-theatre/litterature-traduite/litterature-grecque-contemporaine.html

Ou des franc-tireurs comme Babis Plaïtakis, dont les romans historiques font leur petit bonhomme de chemin dans le monde entier (« Le Greco et Le Grand Inquisiteur », AlterEdit, 2005, « Alcibiade l’Enfant terrible de la Grèce », L’Harmattan, 2012).

Enfin pour les livres libres de droits, notre choix se porte sur la librairie en ligne de l’Université de Crète, « Anémi », avec la recherche par mots du titre ou par auteur :

http://anemi.lib.uoc.gr/

Parmi ses joyaux, l’épopée médiévale de Digénis Akritas, traduite en français, disponible ici :

http://anemi.lib.uoc.gr/metadata/a/e/6/metadata-149-0000033.tkl

Et pour certains classiques, et sa simplicité d’utilisation, la bibliothèque en ligne du site Myriovivlos.gr :

http://www.myriobiblos.gr/

Voir aussi :

Découvrir la littérature grecque grâce à Emile Legrand

https://philiki.org/2016/08/18/decouvrir-la-litterature-grecque-grace-a-emile-legrand/

PL

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« On écrit sur les murs » grecs… Γράφουμε στους τοίχους

« Messages sur des murs ».

En grec « συνθήματα σε τοίχους » / « synthImata se tIkhous ».

C’est le nom, tout simple, de ce blog, original mais tout aussi simple, qui reproduit les tags ou les graffs à messages des murs grecs :

https://synthimata-se-toixous.blogspot.fr/

Seul inconvénient, pour les apprécier, il faut parler grec…

Ils y sont classés par ville, ou par catégorie.

Αναρχικά – Αντιεξουσιαστικά : anarchistes – anti-pouvoir
Αντιφασιστικά : antifascistes
Αστεία : amusants
Ερωτικά : amoureux (plutôt « qu’érotiques », comme on serait tenté de le traduire)
Θρησκεία : religion
Facebook : Facebook
Κοινωνικά : sociaux/sociétaux
Κομματικά – Πολιτικά : partisans / politiques
MME : Médias
Μπάτσοι : Flics
Οπαδικά : de supporters
Ο,τι να ναι : n’importe quoi
Πατριωτικά : patriotiques
Ποιητικά : poétiques
Τοίχος : mur
Τράπεζες : banques
Φοιτητικά : étudiants
Χριστουγεννιάτικα : de Noël
Συνθήματα με Ονόματα : messages avec des noms

La page Facebook du blog rencontre un vrai succès : https://fr-fr.facebook.com/SynthemataSeToichous/

Allez donc y ajouter un « μου αρέσει » / « j’aime » / « like ».

Les préoccupations d’une génération.

Le témoignage d’une époque.

Avec du bon, du moins bon, et du génial.

Echantillons.

PL

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Toutes les photos sont tirées du blog https://synthimata-se-toixous.blogspot.fr/
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Sagesse ancienne : les 71 Vers d’or de Pythagore, quelques principes de vie à méditer Αρχαία σοφία : τα 71 χρυσά έπη του Πυθαγόρα

Dans l'édition de Chalkokondilis de la Souda, le dictionnaire encyclopédique grec du Moyen âge, les articles sur Pythagore et les Pythagoriciens s'étalent sur environ  trois pages.

Dans l’édition de Chalkokondilis de la Souda, le dictionnaire encyclopédique grec du Moyen âge, les articles sur Pythagore et les Pythagoriciens s’étalent sur environ  trois pages. Ils reprennent, outre divers éléments biographiques ou théoriques, les « symboles » de Pythagore, ensemble de conseils sous forme de paraboles, distincts des vers dorés.

Les textes grecs anciens regorgent d’une sagesse accessible à l’esprit critique, sans médiateur.

Même quand ils n’abordent pas directement les cultes divins ou la philosophie, il proposent souvent un mode de vie, une éthique propre à alimenter notre réflexion d’hommes et de femmes en quête de repères. Et ils sont là, à portée de main.

Il y a bien sûr l’Iliade et les oeuvres qui en dérivent, dont les valeurs de courage, de combativité, d’honneur, d’intelligence, d’affirmation de soi, de sacrifice, de devoir, ont longtemps formé la colonne vertébrale de toute éducation grecque (même après l’antiquité – lire à ce propos l’article d’Oumar Sankharé, « Homère à Byzance », in revue Ethiopiques numéro 53 http://ethiopiques.refer.sn/article.php3?id_article=204)…

Si l’Iliade est un peu la bible des anciens, d’autres textes nous sont parvenus, plus courts, et en apparence plus faciles à lire : ce sont ces listes de maximes, de sagesses, d’apophtegmes, de commandements, de sentences, qui circulent depuis plus de deux millénaires. Comme les 147 « Apophtegmes des sept sages de la Grèce » parmi lesquels on repère quelques « Maximes delphiques ». Difficile d’en diffuser ici une traduction en français déjà publiée, libre de droits et « prête à l’emploi ». Des traductions françaises elles-mêmes tirées de traductions en latin des originaux grecs, souvent mêlées de commentaires peu fidèles, ont été publiées depuis la renaissance ; elles sont peu satisfaisantes et dans certaines éditions, les commentaires sont confondus avec les maximes elles-mêmes. Des essais de traduction récents circulent sur Internet. Ainsi que de nombreuses adaptations en grec moderne, largement diffusées, notamment sur les sites néo-païens (chercher « Αποφθέγματα των επτά σοφών », « Παραγγέλματα των επτά σοφών », « Των Επτά Σοφών Υποθήκαι », ou « Δελφικά παραγγέλματα » sur un moteur de recherche).

Ci-dessus : Les Apopthegmes des Sept sages de la Grèce, tels qu’ils auraient été rapportés par Démétrios de Phalère : Solon, Chilon, Pittacos, Thalès, Bias, Cléobule, Périandre le Sage. Et les 147 maximes des Sept sages dont la compilation est attribuée à Sosiades, recueillies par l’écrivain grec Stobée dans son « Anthologie » (5ème siècle). Extraits de l’édition de  Thomas Gaisford ΙΩΑΝΝΟΥ ΣΤΟΒΑΙΟΥ ΑΝΘΟΛΟΓΙΟΝ Joannis Stobaei Florilegium Vol 1 – 1823 – pages 94 à 100.

Il y a aussi les « Vers d’or » (ou « Vers dorés ») attribués à Pythagore (en grec ancien : Πυθαγόρου Χρυσά έπη, en grec moderne Τα χρυσά έπη του Πυθαγόρα). Au nombre de 71, ou 72 avec le titre.

Ces maximes n’ont jamais vraiment cessé de circuler dans les milieux intellectuels grecs.

Au 9ème siècle après J.-C., dans sa « Bibliothèque » (Myriovivlos), le Patriarche orthodoxe grec Photios écrit qu’il a lu les « Extraits, Sentences et Préceptes » regroupés par Stobée / Ιωάννης Στοβαίος quatre siècles plus tôt, qui contiennent les commandements des Sept sages (voir la traduction accessible sur le site remacle.org http://remacle.org/bloodwolf/erudits/photius/stobee.htm). Pythagore a, lui aussi, continué d’alimenter les bibliothèques grecques y compris au Moyen âge. Toujours dans sa « Myriovivlos », Photios écrit qu’il a lu une « Vie de Pythagore » dont il ne précise pas l’auteur (« Ἀνεγνώσθη Πυθαγόρου βίος. »). Plus loin il ajoute :  « les Pythagoriciens proclament que tout est nombre et que le nombre parfait est Dix. On obtient le nombre Dix en ajoutant dans l’ordre les quatre premiers chiffres ; c’est pourquoi Dix est appelé Tetrachtys. » (traduction extraite du site http://remacle.org/bloodwolf/erudits/photius/pythagore.htm – pour en savoir plus sur la Myriovivlos, voir : https://philiki.org/2015/10/14/la-myriovivlos-un-panorama-de-lectures-grecques-9eme-siecle-mise-a-jour/). La Souda, le dictionnaire encyclopédique grec du Moyen âge, l’évoque également (voir l’illustration supra).

On attribue à Manuel Khrysoloras (1355-1415) ou à Ianos Laskaris (1445-1535), le « Gnomologikon », une compilation qui regroupe notamment, les apopthegmes des Sept sages et les vers d’or de Pythagore. En 1760, Spyridon Vlandis, un lettré d’origine grecque né à Venise, le fait publier dans une version qui sera rééditée plusieurs fois ; on en trouve certains exemplaires sur la toile (pour une édition vénitienne de 1830 des « ΓΝΩΜΙΚΑ ΜΟΝΟΣΤΙΧΑ ΤΟΥ ΧΡΥΣΟΛΩΡΑ – Γνωμολογικόν περιέχον τα κατά Αλφάβητον γνωμικά μονόστιχα του Χρυσολωρά », chercher « ΓΝΩΜΙΚΑ ΜΟΝΟΣΤΙΧΑ ΤΟΥ ΧΡΥΣΟΛΩΡΑ » sur AnEmi, la bibliothèque en ligne de l’Université de Crète http://anemi.lib.uoc.gr/search/).

Pythagore de Samos. Extrait de la couverture de

Pythagore de Samos. Extrait de la couverture de « La vie de Pythagore, ses symboles, ses vers dorez (sic) et la vie d’Hiéroclès, » tome premier, par M. Dacier, Paris 1706.

Si Pythagore nous est connu dès l’école primaire pour son théorème, son courant de pensée recouvre tout à la fois un aspect purement rationnel, logique, une sagesse, et une forme de mysticisme, qu’il appartient à chacun d’intégrer, ou pas, dans son approche du pythagorisme. Les Pythagoriciens auraient constitué des cercles réservés à quelques initiés, se dotant de grades et de rites d’intégration. Leur mode de vie aurait été marqué par une certaine éthique, des pratiques philosophiques, spirituelles, et même une forme de régime végétarien.

Les « Vers d’or » ne résument pas toute la pensée pythagoricienne. Et leur véritable auteur n’a pas été déterminé avec certitude.

Mais ils fournissent quelques principes de vie à méditer, et forment une synthèse assez équilibrée qui ne néglige ni le corps, ni la vie en société.

Voici deux traductions des Vers d’or de Pythagore, tirées d’éditions des 18ème et 19ème siècles. Les rappels historiques qui les précèdent dans ces ouvrages peuvent paraître dépassés ou sujets à discussion. Les traductions conservent leur charme :
– une traduction publiée en 1706, avec le texte grec (in « La vie de Pythagore, ses symboles, ses vers dorez et la vie d’Hiéroclès, tome premier, par M. Dacier », Paris 1706), et une typographie d’époque, avec ce que cela implique en terme de difficulté de déchiffrage pour un lecteur contemporain ;
– une seconde en vers publiée en 1813 (in «Les vers dorés de Pythagore, expliqués et traduits pour la première fois en vers eumolpiques français », par Fabre-d’Olivet, Paris et Strasbourg, 1813), dans un français et une typographie plus accessibles, mais sans la numérotation claire de la version de Dacier.

On regrettera l’usage du terme « Jupiter » à la place de « Zeus ». L’habitude d’utiliser les noms latins des dieux à la place des noms grecs a longtemps prévalu en Europe occidentale, même quand il s’agissait de traduire des textes grecs.

Les traductions sont ici regroupées sous un seul fichier au format pdf : planches_versdoresphiliki

Ou page par page, en version jpg :

« Les vers d’or de Pythagore ». Traduction de Dacier (cliquer pour agrandir)  :

versdordacier1

vers 1 à 7

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vers 8 à 17

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vers 18 à 27

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vers 28 à 35

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vers 36 à 46

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vers 47 à 55

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vers 56 à 65

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« Les vers d’or des Pythagoriciens ». Traduction de Fabre-d’Olivet (cliquer pour agrandir) :

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La doctrine attribuée aux Pythagoriciens (5ème siècle avant J.-C.) est largement commentée par les philosophes plus tardifs, dont Aristote (4ème siècle avant J.-C.). Elle est évoquée par certains écrivains chrétiens, parmi lesquels des « Pères de l’Eglise » comme le Grec Clément d’Alexandrie (2ème-3ème siècles après J.C.), dans ses « Stromates », où il compare divers systèmes philosophiques. On retrouve des éléments de la biographie de Pythagore et de ses disciples, à prendre avec précaution, dans divers ouvrages antiques qui sont parvenus jusqu’à nous. On cite souvent les « Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres » (« Βίοι και γνώμαι των εν φιλοσοφία ευδοκιμησάντων » ou « Βίοι φιλοσόφων ») de Diogène Laërce / Διογένης Λαέρτιος – ouvrage écrit au 3ème siècle de notre ère, soit sept siècles après la période supposée de la vie de Pythagore, avec tout ce que cela implique d’inexactitudes, de projections, ou d’inventions créées au fil du temps. Ou encore les oeuvres de Jamblique (Iamblicos / Ιάμβλιχος), plus tardivement, aux débuts du 4ème siècle après J.-C.. Après la mort de Pythagore, ses disciples diffusent sa pensée. Parmi eux, les plus célèbres sont Théano, qui selon certaines approches, aurait été sa femme, ou encore Lysis de Tarente et Philolaos de Crotone.

Le Tétraktys. Image Wikimedia Commons

Les vers 47 et 48 des Vers dorés évoquent le « Τετρακτύς », traduit par « Tétraktys » ou « Tétrade », ou parfois par « quaternaire » (« (…) par celui qui a transmis dans notre âme le sacré quaternaire, source de la nature, dont les cours est éternel » – taduction Dacier, voir infra).

Ces quatre lignes (de un, deux, trois et quatre points) forment un triangle – le total des points formant le nombre 10. Il ressort des fragments retrouvés des Pythagoriciens qu’ils donnaient de ces nombres et des rapports entre ces nombres une valeur à la fois arithmétique, symbolique (le 10 symbolisant par exemple la perfection), musicale (ils définissent l’harmonie) et qu’à leurs yeux, ceux-ci fondaient d’une certaine façon, l’ordre du monde.

En 1776, en introduction de sa traduction des Vers d’or, le Français Dacier écrivait  : « Les Pythagoriciens ont donné sur le serment civil des préceptes admirables, qui s’accordent si parfaitement avec ce qu’enseigne la Religion Chrétienne, qu’on ne peut douter que le décalogue ne leur ait été connu.. » On peut douter que Pythagore ait connu le décalogue. Et voir dans cette affirmation de Dacier une tentative de ne pas être accusé de tourner le dos à la religion chrétienne, dominante dans la société de son époque. Cependant quitte à faire l’impasse sur tel ou tel passage, la proposition qui se dégage des Vers d’or des Pythagoriciens s’adapte volontiers à tous les contextes, et apporte encore sa petite pierre à l’édifice.

PL

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