Erotokritos, du roman à la BD : un chef-d’œuvre crétois, grec, européen Ερωτόκριτος, από το μυθιστόρημα στο κόμικ, ένα κρητικό, ελληνικό, ευρωπαϊκό αριστούργημα

En 2016 paraissait « Erotokritos » : l’adaptation en bande dessinée, de l’œuvre du même nom, un roman en vers du Crétois Vitzentzos Kornaros (Vitzen’tzos Korna’ros/Βιτσέντζος Κορνάρος), que l’on date du début du 17ème siècle.

Avec l’Iliade d’Homère et l’épopée byzantine de Digénis Akritas, celle d’« Erotokritos » (Eroto’kritos/Ερωτόκριτος) est considérée comme un pilier de la littérature grecque.

La BD

La BD Erotokritos. Couverture de l'édition grecque parue en 2016. Avec l'autorisation des éditions Polaris – un clic pour agrandir.

La BD Erotokritos. Couverture de l’édition grecque parue en 2016. Avec l’autorisation des éditions Polaris – un clic pour agrandir.

Au dessin : Giorgos Goussis (Gio’rgos Gou’ssis/Γιώργος Γούσης) ; au scénario : Dimosthénis Papamarkos (Dimosthé’nis Papama’rkos/Δημοσθένης Παπαμάρκος) et Giannis Ragkos (Gia’nnis Ra’gkos/Γιάννης Ράγκος).

Les scénaristes ont fait le choix de conserver des extraits du texte original de Kornaros, en grec dialectal, mais uniquement pour les légendes qui agrémentent les cases de temps à autre. Les bulles de dialogue sont en grec moderne « standard ».

Les sources d’inspiration du dessinateur Giorgos Goussis puisent dans un mélange d’époques et de styles, répondant à l’imagination hybride de l’œuvre originale : les vêtements du roi et de sa cour sont de style gréco-byzantin, l’armement des Athéniens est de style Renaissance ; l’esthétique du Moyen âge occidental est bien présente. Pour le palais du roi d’Athènes, le dessinateur de la BD a pris modèle sur le projet avorté de palais sur l’Acropole, conçu par l’architecte allemand Karl Friedrich Schinkel pour le roi Othon de Grèce en 1834 (source : entrevue de Gio’rgos Gou’sis donnée à CNN Greece https://www.youtube.com/watch?v=kvJsEz3MBDY).

La bd circule également en anglais depuis juillet 2016.

Quelques images tirées du dossier de presse des éditions Polaris :

 

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L’histoire : un roman crétois… et courtois.

Un amour contrarié, un tournoi, des chevaliers, un roi, des combats, des princes, un prétendant et… une princesse : « Erotokritos » a tout du roman de chevalerie, de la chanson de geste, mettant en scène l’amour courtois.

Le héros, Eroto’kritos (Ερωτόκριτος), ou « ‘Roto’kritos », est épris d’Arétou’ssa (Αρετούσα, « la vertueuse »). Il chante  la sérénade à sa fenêtre. La belle est charmée avant même de l’avoir jamais vu. Elle est la fille d’Héraklis (Héraclès), le roi d’un Royaume d’Athènes imaginaire. Sa nourrice tente de raisonner la princesse, mais rien n’y fait. Après diverses péripéties, Erotokritos est contraint de fuir, la mort dans l’âme.

Il se porte volontaire pour le tournoi organisé par Héraklis, et affronte des héros venus de Mytilène, de Nauplie, de Macédoine, de Caramanie (Asie mineure), de Byzance, de Patras, de Chypre… Le roi d’Athènes ne peut concevoir que sa fille convole avec l’élu de son cœur ; il emprisonne la princesse, qui refuse d’épouser le Basileus (le roi) de Byzance, auquel il la destinait.

Mais voici qu’approchent les troupes du roi valaque, qui menace le royaume athénien. Erotokritos défendra vaillamment Athènes en cachant son identité. Suivra le dénouement heureux…

Un roman grec

L’idiome employé dans le roman d’Erotokritos est le dialecte grec de Crète des 16ème et 17ème siècles.

Il rappelle immanquablement le parler des vieux Crétois d’aujourd’hui, ou le grec des habitants du Dodécannèse (du moins de ceux qui ont conservé leur dialecte local), ou des Chypriotes. En bref, ces idiomes que les linguistes classent parmi les « dialectes grecs du sud » ou « dialectes du in’da » (du pronom interrogatif in’da / ίντα, équivalent du pronom ti/τι – cf « Dialectes et idiômes du grec moderne »« Διάλεκτοι και ιδιώματα της νέας ελληνικής » de Nikolaos Kontosopoulos, éditions Γρηγόρη, 2001).

Un exemple, pour les hellénistes, à travers ce dialogue entre Arétou’ssa et sa nourrice Frossi’ni qu’elle appelle également « Néna » (ici volontairement traduit comme un nom propre, « néna » est un nom commun désignant la nourrice)  :
« « Mα ίντα χαράν μπορώ να δω », ήλεγε προς τη Nένα,
« σα βρίσκεται ο Pωτόκριτος πολλά μακρά στα ξένα; »
/ « « Ma in’da Khara’n mboro’ na dho », i’lege pros ti Né’na
‘sa vri’sketai o Roto’kritos polla’ makra’» sta xé’na ? »

C’est à dire en traduction libre mot à mot :
« Mais quelle joie puis-je apercevoir, disait-elle à Nourrice
Alors qu’Erotokritos se trouve très loin en pays étranger ? »

Avec des formulations encore utilisées aujourd’hui en Crète comme « tsi » / τσή au lieu de « tis » / της :
« και το κορμί τση εκρύγιανε, το στόμα τση εβουβάθη. »
« / kai to kormi’ tsi ekri’giané, to sto’ma tsi evouva’thi »
C’est à dire en traduction libre :
« et son corps s’est refroidi, sa bouche s’est faite muette »

Pour qui s’intéresse au texte grec, signalons la publication d’une version très accessible, parue chez JiaHu Books (ainsi que cette version numérisée, d’où sont tirés les extraits sus-visés http://erotokritos.users.uth.gr/erotokritos.htm).

Erotokritos. Couverture d'une édition parue chez JiaHu Books

Erotokritos. Couverture d’une édition parue chez JiaHu Books. Un clic pour agrandir.

Erotokritos a marqué à jamais la littérature grecque, mais aussi la poésie et la chanson populaire : au cours des siècles, les vers d’Erotokritos ont été chantés et adaptés par la muse populaire, dans tout le sud de l’espace culturel grec, de Zakinthos jusqu’ à Chypre en passant pas les « mantinades », ces chants populaires de Crète. Les personnages d’Erotocritos peuplent quantité de chansons traditionnelles. Certains se demandent si l’auteur d’Erotokritos ne s’est pas un peu inspiré du style des « mantinades » ; d’autres affirment que c’est l’inverse.

Comme le poème lui-même, ces chants populaires sont en vers de quinze syllabes, la forme de versification la plus répandue dans l’espace grec depuis le Moyen âge.

Impossible de ne pas évoquer deux traductions intégrales du roman, parues en langue française :

  • celle de Robert Davreu, publiée par José Corti Editions en 2007 ; versifiée, cette traduction s’accompagne d’une préface et de commentaires qu’il serait difficile de ne pas paraphraser, tant ils sont intéressants et synthétiques (et d’un DVD de concert, remarquable bien que moins joyeux que d’autres interprétations populaires – « Erotokritos », avec un « k », ISBN-10: 2714309348, ISBN-13: 978-2714309341) ;
  • celle de Denis Kohler : en prose, parue en 2006 aux éditions ZOE, sous le titre « Erotocritos » ; elle est agrémentée d’un passionnant dossier historique et de la traduction d’une conférence de Séféris, « Le vivant cortège de la tradition », datant de 1946 (« Erotocritos », avec un « c », Editions Zoé, ISBN 978-2-88182-553-2).
Erotokritos. Couverture de la traduction en vers de Robert Davreu.

Erotokritos. Couverture de la traduction en vers de Robert Davreu.

Erotocritos. Couverture de la traduction en prose de Denis Kohler.

Erotocritos. Couverture de la traduction en prose de Denis Kohler.

Un roman européen

Erotokritos n’est pas un texte isolé de son contexte littéraire.

C’est une œuvre fondamentalement européenne, symbole de ce que la rencontre des cultures d’Europe a pu produire de meilleur.

Nombreux sont les chercheurs qui pensent que Kornaros a puisé une partie de son inspiration (mais une partie seulement) dans le roman en prose « Paris et Vienne » de Pierre de La Cépède ; selon une édition du 15ème siècle, le « Paris et Vienne »  serait la traduction en français d’un texte provençal provenant lui-même d’une œuvre catalane. A son tour, la version française a servi de modèle à une version italienne intitulée « Innamoramento di due fedelissimi amanti Paris e Vienna » d’Angelo Albiani.

Une « Europe de la culture » avant l’heure.

Paris et Vienne. Extrait image Gallica. Un clic pour agrandir.

Paris et Vienne. Extrait image Gallica. Un clic pour agrandir.

Il faut rappeler que la Crète fut une possession vénitienne du 13ème jusqu’au 17ème siècle : au 13ème siècle, la quatrième croisade fut détournée contre l’Empire orthodoxe de Byzance (l’Empire romain d’Orient). Celui-ci  fut morcelé par les puissances catholiques, dont Venise, qui s’empara de la Crète. C’est une période de domination étrangère ; de ce point de vue, elle ne doit pas être plus idéalisée que les autres périodes de domination subies par le monde grec au cours des siècles.

Cependant sur le plan culturel, c’est aussi une période d’échanges particulièrement intenses entre les lettrés gréco-byzantins et les lettrés d’Europe occidentale. Nombre d’intellectuels grecs s’installent dans la péninsule italienne et font connaître des œuvres parfois oubliées (cf « Moyen Âge grec. La vie intellectuelle byzantine et son influence sur l’Europe occidentale » https://philiki.org/2015/10/14/une-synthese-dune-heure-sur-le-monde-intellectuel-byzantin/). En Europe occidentale, nombre d’œuvres s’inspiraient des romans grecs ou latins de l’antiquité, mais s’influençaient aussi mutuellement, imitations et créations propres se côtoyant, s’entremêlant, voyageant d’un pays à l’autre, traduites, transformées, ou servant de point de départ à une création originale. Les textes puisent les uns dans les autres, chacun y ajoutant son génie propre. Ces échanges se produisirent dans les deux sens. Plusieurs théories s’affrontent à ce sujet.

En Crète, la rencontre entre les genres littéraires d’Europe occidentale et la langue grecque, produira de remarquables réalisations dans le cadre de ce que l’on appellera « la renaissance crétoise ».

La littérature crétoise de cette époque est un vaste champ d’exploration qui regroupe des tragédies (citons par exemple « Érophile » / « Ερωφίλη » – de Hortatzis, ou « Le Roi Rhodolinos » / « Βασιλεύς ο Ροδολίνος » de Troilos), des comédies légères (« Fortounatos » / Φορτουνάτος de Foscolos), des drames (comme « Zénon », drame anonyme sur l’Empereur byzantin Zénon, ou encore le « Sacrifice d’Abraham » / « Η Θυσία του Αβραάμ » que des chercheurs attribuent aussi à Kornaros), de la poésie (pastorale avec l’anonyme « Voskopoula » les amours d’un berger et de sa bergère, ou la poésie « historique » avec le « Siège de Malte » – « Μάλτας πολιορκία» – d’Antonios Achelis), etc.

Bien que certains ne partagent pas cette analyse, la plupart des spécialistes considèrent que l’auteur d’Erotokritos était issu, au moins en partie, d’une famille latine (a priori vénitienne) installée en Crète depuis plusieurs générations (Kohler). Dans cette Crète sous domination vénitienne, une élite vénitienne et des colons « latins » côtoyaient la population grecque locale. Cependant, comme le rappellent Séféris et Kohler, l’auteur d’Erotokritos a considérablement limité l’emploi de mots d’origine étrangère. Comme si Kornaros s’était amusé à ignorer les mots non-grecs qui étaient pourtant entrés dans le dialecte grec crétois de cette époque. On considère souvent que sur le plan économique, Venise s’est comportée en Crète comme une puissance coloniale. Culturellement, Erotokritos est l’exact contraire d’une soumission, et démontre plutôt la vivacité de la culture locale et de sa langue, sa capacité à s’approprier les modes de son temps, et à les sublimer à son profit. Quelles que furent ses origines, Kornaros a rendu à la langue grecque le plus grand hommage qui soit.

On ne trouve rien de comparable à cette ébullition intellectuelle au cours de la période qui suivra, c’est à dire la période ottomane, marquée d’une façon générale, par un repli sur le religieux au détriment de la culture profane.

Erotokritos, interpété par Giannis Kharoulis (Γιάννης Χαρούλης – depuis sa chaîne Youtube https://youtu.be/STxkdx5eyRM?t=140):

Adaptation contemporaine d’Erotikritos, par l’Atelier de théâtre de l’Université de Chypre – Θεατρικό Εργαστήρι του Πανεπιστημίου Κύπρου (Θ.Ε.ΠΑ.Κ.), sous la direction du professeur chypriote Mikhalis Piéris (Μιχάλης Πιερής – https://youtu.be/MQmBLlHhoSI?t=3780) :

Panayiotis Lipsos

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Les Grecs pontiques, de mai 1919 à mai 2019…

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Monument du génocide pontique à Drama, Grèce. Au centre, on distingue l’aigle des Pontiques. Photographie publiée avec l’aimable autorisation du sculpteur Giorgos Kikotis Γιώργος Κικώτης, auteur du monument. Son site : http://www.kikotis.gr (un clic pour agrandir).

Pour les Grecs pontiques, et pour tous ceux qui respectent leur histoire et leur mémoire, le 19 mai 2019 n’était pas un jour comme les autres.

Dispersés dans le monde entier, leurs descendants ont commémoré, ce jour-là, le centenaire d’un génocide oublié.

On en rencontre beaucoup en Macédoine grecque et dans les grandes villes de Grèce continentale. Ils sont originaires du Nord-Est de la Turquie actuelle, entre mer et montagne. En grec, cette région se nomme « Pon’tos » (Πόντος), le Pont : un des mots grecs anciens pour désigner la mer, et qui a donné le « Pont-Euxin » – le nom de la mer Noire chez les anciens (source : dictionnaire grec / français A. Bailly).

Quand on évoque les Grecs d’Asie mineure, on songe avant tout à ceux des côtes de la mer Egée, de Smyrne, et surtout au sort des réfugiés. Dans la liste des personnes déplacées, on a tendance à oublier les survivants du génocide pontique…

Quelques repères, quelques chiffres, et quelques éclaircissements s’imposent, en commençant par les plus connus : la guerre gréco-turque de 1919-1922, le célèbre accord « d’échange de populations » signé à Lausanne le 20 janvier 1923 entre la Grèce et la Turquie, le traité de Lausanne signé le 24 juillet 1923, par lequel la Grèce renonce à toute revendication sur les territoires peuplés de Grecs. On entend souvent qu’après cet accord, 1,5 millions d’orthodoxes grecs de Turquie furent échangés contre environ 355.000 musulmans de Grèce.

Pour ce qui concerne les Grecs, les travaux spécialisés offrent un autre son de cloche : la plupart des réfugiés Grecs, soit 1,2 millions environ, auraient fui avant l’accord, entre 1913 et 1922, dont 900.000 en 1922 ; et seuls ceux qui étaient restés en Anatolie et en Thrace orientale en 1923 (hors Istanbul), auraient été véritablement échangés « pacifiquement» après l’accord (ce qui représenterait seulement 190.000 personnes environ). C’est en tout cas ce qui résulte de plusieurs études fondées sur les statistiques de la commission mixte qui supervisait le départ des populations après l’accord (Gibney et Hansen, « Immigration and Asylum : from 1900 to the Present vol. 3 », page 377, ABC-CLIO, 2005).

En somme, l’accord de Lausanne n’est pas à l’origine de la disparition de la présence grecque en Asie mineure, plusieurs fois millénaire ; il n’a fait qu’entériner une situation créée par la violence.

Cette violence, quelle est-elle ? Elle ne concerne pas que les Grecs de l’ouest de l’Asie mineure, mais aussi ceux de Thrace, et encore ceux du Pont… Le sort des civils tués ou disparus est moins souvent abordé que celui des réfugiés. Ils furent pourtant nombreux. De la violence contre les civils, il y en eut dans les deux camps, sur le front d’Asie mineure, pendant la guerre gréco-turque. Pas à la même échelle. Pour certaines populations grecques, comme les Pontiques, elle prit la forme d’une extermination de masse. Pas seulement pendant la guerre, mais aussi avant, et loin des zones d’affrontements militaires. Il existe un débat de chiffres, quand on s’efforce de comparer le nombre de Grecs qui ont fui vers la Grèce à celui de ceux qui vivaient en Anatolie et en Thrace avant ces événements. Le débat est compliqué par le fait que les statistiques ottomanes prenaient en compte la religion et non la langue (un grécophone musulman n’était pas considéré comme « grec »).

Chaque année, les commémorations du 19 mai sont une occasion d’en apprendre davantage sur l’histoire méconnue des Grecs pontiques, sur le contexte de cette époque, et sur leur culture, une composante vivace de l’identité grecque.

Pourquoi le 19 mai ?

Les associations pontiques ont longtemps milité pour la reconnaissance du génocide pontique, érigeant de nombreux monuments, et se heurtant au début, à la gêne ou à l’indifférence, de la Grèce. Généralement, les chiffres qu’elles avancent font état de 250.000 victimes sur les 500.000 Grecs habitants le Pont en 1919 (1), massacrés parce que grecs et chrétiens (« Les Grecs pontiques – Diaspora, identité, territoires » sous la direction de Michel Bruneau, CNRS Editions, 1998, page 31). Il fallut attendre 1994, pour qu’une loi de l’Etat grec déclare le 19 mai « Jour de Mémoire du Génocide des Grecs du Pont. » Et 2001, pour que paraisse le décret présidentiel d’application, retardé pour ne pas créer de tensions diplomatiques (cf « La mémoire de l’hellénisme réfugié : les monuments commémoratifs en Grèce 1936-2004 », de Michel Bruneau et Kyriakos Papoulidis, éditions Adelfôn Kyriakidi A.E., 2004, pages 73 et 74).

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Le monument à la mémoire du génocide pontique à Elefthério-Kordhélio, Thessalonique, et son sculpteur, Giorgos Kikotis Γιώργος Κικώτης. Avec l’aimable autorisation de Giorgos Kikotis. Son site : http://www.kikotis.gr (un clic pour agrandir)

Le jour choisi, le 19 mai 1919, est symbolique. Il correspond à l’arrivée de Kémal Atatürk dans la ville pontique de Samsun (en grec Sampsoun’ta / Σαμψούντα, l’ancienne Amissos / Αμισός). En Turquie, ce jour est au contraire célébré comme le lancement de la lutte nationale ; c’est le « jour de commémoration d’Atatürk » (et la « fête de la jeunesse et des sports ») : il marque le refus par Mustafa Kémal et les nationalistes turcs, de la défaite ottomane, des conditions acceptées par le Sultan à l’armistice de Moudros en octobre 1918, et le début de leur lutte contre les Grecs et leurs alliés – et contre les Arméniens, qui combattent alors sur les ruines du génocide, pour que leur Etat regroupe autant que faire se peut, une partie de l’Arménie historique.

Les nationalistes turcs s’opposeront ensuite au traité de Sèvres, signé le 10 août 1920 par le Grand vizir Damat Ferid Pacha et les autres mandataires du dernier Sultan ottoman, Mehmed VI. Par ces signatures, le Sultan acceptait de renoncer à certaines possessions ottomanes au profit des Grecs, des Arméniens et des Kurdes. Le traité reconnaissait un Etat arménien indépendant (article 88), une entité kurde autonome et la protection des Assyro-chaldéens (article 62) ; il transférait à la Grèce la Thrace orientale (article 27) et l’exercice de la souveraineté sur la région de Smyrne, dont il préparait l’incorporation à la Grèce (articles 69 et 83 cf le texte du traité – https://wwi.lib.byu.edu/index.php/Peace_Treaty_of_S%C3%A8vres).

Il résulte des cartes issues du traité de Sèvres, qu’une partie du territoire pontique devait rester sous contrôle ottoman (région de Samsun), tandis que l’autre devait se retrouver sous contrôle arménien (région de Trébizonde). Le traité de Sèvres et les projets grec et arménien ne résisteront pas à Mustafa Kémal, aux renversements d’alliances, et aux conséquences des élections grecques de 1920 (luttes intestines entre les monarchistes, vainqueurs des élections, et les partisans de l’ancien premier ministre Vénizélos, purges au sein de l’armée, erreurs de commandement…). Il ne sera jamais appliqué, ni ratifié par la Turquie. Cédant la place au traité de Lausanne.

Une composante de l’identité grecque : d’où viennent les Grecs pontiques ?

En observant la carte de la Grèce et de la Turquie, le profane aura peine à le croire. Mais la langue et la culture grecques, étaient présentes sur les territoires du Nord-Est de l’Anatolie depuis l’antiquité, sous leurs variantes païenne, puis chrétienne, se déclinant comme ailleurs, sous diverses évolutions, influences et formes locales. Ici, à la croisée du Caucase, et des mondes arménien et iranien.

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Localisation de la région du Pont sur une carte ancienne du cartographe français R. Huber, représentant la division administrative de l’Empire ottoman –  1904 (clic pour agrandir).

Comme pour l’Asie mineure ou Chypre, la géographie actuelle nous pousse à commettre nombre d’anachronismes. Et à considérer comme mineures, ou périphériques, d’importants foyers de culture et de langue grecques, qui ne sont qu’une tesselle de la grande mosaïque grecque, de même valeur que les autres.

Le début de la conquête turque de l’Anatolie remonte au 11ème siècle de notre ère (victoire des Turcs seldjoukides à la bataille de Manzikert, 1071). Mais la principale ville pontique n’est livrée au Sultan ottoman qu’en 1461 (Trébizonde, Trapézoun’ta / Τραπεζούντα, actuelle Trabzon). A titre de comparaison, Thessalonique fut prise une première fois par les Ottomans à la fin du 14ème siècle de notre ère, puis à nouveau en 1430 ; Athènes fut prise en 1456. Et Constantinople, en 1453.

A la fin du 19ème siècle, les grandes villes du Pont sont un foyer de culture grecque, qui échange avec le reste du monde ; en 1875, c’est d’ailleurs grâce à l’aide de Savvas Ioannidis, professeur à l’école grecque de Trébizonde, qu’Emile Legrand fait découvrir au public français une des versions de ce texte fondamental de la littérature grecque « byzantine » : « Les exploits de Digénis Akritas : Epopée byzantine du dixième siècle publiée pour la première fois d’après le manuscrit unique de Trébizonde » (C. Sathas et E. Legrand. Paris 1875 – lire sur Philiki « Découvrir la littérature grecque grâce à Emile Legrand » https://philiki.org/2016/08/18/decouvrir-la-litterature-grecque-grace-a-emile-legrand/).

Le contexte. Comment en arrive-t-on à 1919 ? A la disparition d’une population si enracinée ?

Le vent de réformes qui souffle sur l’Empire ottoman à la fin du 19ème siècle, est un espoir pour les Grecs d’Anatolie, de même que certains courants progressistes qui se développent au sein du mouvement Jeune-Turc, à ses débuts. Cet espoir sera trahi dans les faits.

Les massacres commis contre les Grecs pontiques prennent la suite d’une longue série qui conduira non seulement à l’expulsion, mais à l’anéantissement physique de centaines de milliers de chrétiens d’Anatolie.

Entre 1894 et 1896, ce sont les « massacres hamidiens » (du nom du Sultan Abdülhamid II et des « Hamidiés », régiments de cavalerie légère de l’armée ottomane, recrutés parmi les tribus fidèles au Sultan). Ils sont principalement dirigés contre les Arméniens, à Constantinople et dans plusieurs villes d’Anatolie. En 1895, à Diyarbakir, ils frappent massivement d’autres populations chrétiennes, les Syriaques, en plus des Arméniens. Ils s’accompagnent de ce que le vice-consul de France Gustave Meyrier décrit comme « un régime de terreur » : enlèvements de jeunes filles, spoliations, et autres exactions. Meyrier écrit : « Cet état des choses s’applique à tous chrétiens sans distinction de race, qu’ils soient arméniens, chaldéens, syriens ou grecs. » (lire sa correspondance, publiée en 2000 aux éditions de l’Inventaire sous le titre « Les massacres de Diarbékir » pages 52 et 53).

Il ne s’agit pas ici d’être exhaustif. On signalera toutefois que selon un article du « Times » de Londres du 3 octobre 1911, les Jeunes-Turcs du Parti « Union et progrès » réuni en congrès à Thessalonique, alors possession ottomane, projetaient «l’ottomanisation de tous les sujets» par la force des armes, et de leur imposer la langue turque pour assurer la « prédominance de l’élément musulman » (lire l’article du Times mis en ligne par Athanassios K. Boudalis sur http://moneyingreece.org/library/the-salonika-congress-the-times-3-oct-1911 et le fichier pdf sur http://moneyingreece.org/sites/default/files/flipbook_pdfs/The%20Times%203-10-1911-The%20young%20Turks%20and%20their%20programme%20p.%203_crop.pdf). Les sujets chrétiens sont soupçonnés de ne pas être fidèles à l’Empire (2).

Viendront ensuite les génocides perpétrés contre les Arméniens, et contre les Assyro-chaldéens (de langue néo-araméenne).

En 1919, le Patriarcat de Constantinople publiait un « livre noir » recensant, paroisse par paroisse, les actes commis contre les Grecs de Thrace et d’Anatolie, entre 1913 et 1918 (le titre ne reprend que la période 1914-1918 – « Μαύρη βίβλος διωγμών και μαρτυρίων του εν Τουρκία Ελληνισμού 1914-1918 », Imprimerie du Patriarcat de Constantinople, 1919). Paru après l’armistice de Moudros, et juste avant mai 1919, cet ouvrage avait pour but de servir de base de travail à la « Commission centrale pour les populations helléniques déplacées », mise en place par le Patriarcat pour venir en aide aux populations chassées de leur terre (bien avant, donc, l’échange de populations).

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Le « livre noir » publié par le Patriarcat début 1919, au sujet des actes de violences et d’expulsions perpétrés contre les Grecs de Thrace et d’Anatolie entre 1913 et 1918.
Couverture de la réédition parue en 2004 (Editions Αρσενίδη).

Un autre ouvrage célèbre paru au lendemain de cette période, est celui du diplomate américain Georges Horton « The blight of Asia » (Indianapolis, 1926). Cependant ses écrits concernent surtout la côte égéenne, où il a séjourné ; pas le Pont. Horton assume son point de vue « pro-chrétien ». C’est un recueil de témoignages, dont les siens. Il évoque divers actes commis contre les Bulgares et les Grecs de Thessalonique en 1910, et en Asie mineure, du massacre de Phocée en 1914, jusqu’à la destruction de Smyrne en 1922. Il rapporte également des témoignages sur le génocide arménien. Dans un chapitre, il tente de faire la part des choses sur les accusations mutuelles que se jettent les parties au conflit ; pour lui, les responsabilités ne sont pas les mêmes. Il s’oppose à ce qu’il intitule « la théorie du 50/50 », consistant à renvoyer dos à dos les belligérants.

Les massacres subis en Anatolie par les populations chrétiennes, à savoir arménienne, grecque, et assyro-chaldéenne, faisaient l’objet d’études plutôt cloisonnées.

Des recherches plus récentes tentent de les étudier ensemble, d’en souligner les traits communs et les différences. Citons le travail publié sous la direction de George N. Shirinian, dans «Genocide in the Ottoman Empire: Armenians, Assyrians, and Greeks, 1913-1923», Berghahn Books, 2017. Ou plus récemment encore : «The Thirty-Year Genocide Turkey’s Destruction of Its Christian Minorities, 1894–1924» des chercheurs israéliens Benny Morris et Dror Ze’evi.

Les titres de ces ouvrages et les dates choisies reflètent les différences d’approche.

Que reste-t-il des Pontiques ?

Une diaspora

Après les massacres, des Grecs pontiques se réfugièrent dans le Caucase, ainsi qu’en Ukraine, et en Russie. Nombre d’entre eux seront ensuite déportés par Staline, ce qui explique la présence de leurs descendants dans les pays de l’ex-URSS, jusqu’au Kazakhstan (« Les Grecs pontiques Diaspora, identité, territoire, sous la direction de Michel Bruneau, CNRS Editions, 1998). En Grèce, il serait dépassé de les voir comme une population à part ; il n’est pas rare de croiser des personnes issues d’unions entre Pontiques et Grecs macédoniens, thessaliens, valaques ou autres ; ce qui n’empêche pas de perpétuer et de faire vivre l’identité pontique, à travers la mémoire, la danse, la musique… Dans certains villages, ils constituent toujours une part importante de la population. Des pèlerinages sont organisés depuis la Grèce jusqu’au Monastère de Panayia Souméla, dans le Pont.

Lors des cérémonies, ils arborent le drapeau pontique, l’aigle à une tête.

Couverture de l'ouvrage collectif

 Couverture de l’ouvrage collectif « Les Grecs pontiques Diaspora, identité, territoires » sous la direction de Michel Bruneau, CNRS éditions, 1998.

En outre, des citoyens turcs ont conservé l’usage du grec pontique. En effet, les massacres et les expulsions ont visé les populations pontiques chrétiennes, pas les populations pontiques musulmanes, qui sont demeurées sur place.

Le livre le plus souvent cité à ce sujet est celui de l’écrivain Ömer Asan paru en turc en 1996 – « Pontos Kültürü » (La culture du Pont – ISBN 975-344-220-3). En 2006, sortait le film « En attendant les nuages », de Yeşim Ustaoğlu, cinéaste turque originaire du Pont. L’histoire était celle d’Eléni, une jeune fille grecque pontique rescapée des massacres et recueillie par une famille musulmane, dans laquelle elle vit sous le prénom d’Ayshe, cachant sa véritable identité. Ce type de récits n’est pas proprement pontique ; on ne peut qu’être frappé par les similitudes avec des récits arméniens.

Un idiome grec spécifique

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Georges Drettas, « Aspects pontiques », Association de recherches pluridisciplinaires, Paris 1997 (clic pour agrandir)

Le grec pontique (pontiaka’, ποντιακά) est un parler spécifique. Les Pontiques sont fiers de rappeler les nombreux archaïsmes qui les relient à certains parlers antiques. Une étude détaillée du pontique est d’ailleurs disponible en langue française, bien qu’assez rare à trouver  sous le titre « Aspects pontiques » (Georges Drettas, « Aspects pontiques », Association de recherches pluridisciplinaires, Paris 1997 – pour une comparaison entre les différentes variantes du grec moderne, lire « Dialectes et idiômes du grec moderne »« Διάλεκτοι και ιδιώματα της νέας ελληνικής » de Nikolaos Kontosopoulos, éditions Γρηγόρη, 2001). Un grécophone qui ne parle pas le pontique peut comprendre la racines de mots et des expressions, mais aura en principe du mal à saisir le sens complet d’une conversation pontique sans initiation ni apprentissage.

Les Grecs pontiques désignent également leur langue sous le terme « Romaiïka » («ρωμαίικα »), qui pourrait se traduire par «  romaïque » ; dans le Pont ce parler est encore connu sous le nom de « Rumja ». Comme nombre d’ancêtres des Grecs modernes, les Pontiques se donnaient volontiers le nom de « Romains » (cela correspond au terme « byzantin » dans la terminologie occidentale qui s’est imposée, puisque faisant référence à l’Empire romain d’Orient ou « Empire byzantin »). Contrairement à ce qu’on lit ici ou là, ceci n’est pas propre aux populations grécophones d’Anatolie. En Grèce même, le terme Romai’os / Ρωμαίος et sa forme populaire Romio’s / Ρωμιός étaient utilisés avec d’autres, de façon très répandue, au moins jusqu’au 19ème siècle (pour s’en convaincre, le lecteur français pourra par exemple se reporter aux Mémoires du Général Makriyannis, originaire du Péloponnèse, écrits au début du 19ème siècle – publiés sous le titre « Général Macriyannis, Mémoires », traduction de Denis Kohler avec préface de Pierre Vidal-Naquet, Albin Michel, 1986 – et celui ou celle qui s’intéresse aux Grecs de Cargèse, en Corse, sait que l’adjectif couramment utilisé pour désigner les Grecs et leur langue par les Cargésiens originaires de Grèce était « Roméico » – cf Jean-Christophe Eon, lexique de grec cargésien, L’Harmattan, Paris 2015).

A noter cependant, qu’au fil des siècles, l’Anatolie connaît une progression de la langue turque, et que certaines localités pontiques ont pu devenir turcophones, de sorte qu’il existait aussi des Pontiques turcophones.

Une musique et des traditions

Avec la langue, la musique est au cœur des traditions pontiques. Les Pontiques utilisent la lyre pontique, également connue sous le nom de kementsé / κεμεντσέ mais totalement distincte du Kamancheh persan tant par sa forme que par ses caractéristiques techniques (écouter le titre « Ana’stasis Pro’ti »  / Aνάστασις Πρώτη in La fusion Rap grec / musiques traditionnelles Ελληνικό χιπ χοπ και παραδοσιακή μουσική – https://philiki.org/2017/09/03/la-fusion-rap-grec-musiques-traditionnelles/).

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Méthode de lyre pontique de Pavlos I. Tsakalidis, éditions Do re mi, Thessalonique, 2006. Le musicien de la couverture est en habit traditionnel pontique du début du 20ème siècle (un clic pour agrandir)

Les costumes traditionnels pontiques de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, sont distincts de la fustanelle des bergers de Grèce continentale ou de la vraka crétoise. S’il fallait les positionner sur un nuancier, ils pourraient sembler proches des tenues du Caucase. L’Arménie et la Géorgie ne sont pas loin du Pont…

Ces spécificités ont fait l’objet d’une reconnaissance officielle : lors des cérémonies de la Garde présidentielle qui se déroulent devant le parlement grec, à côté des Evzones en fustanelle, certains portent désormais la tenue crétoise, et d’autres, la tenue pontique.

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Relève de la Garde devant le Parlement grec. Garde en tenue pontique. Extrait de la vidéo « Αλλαγή φρουράς Σύνταγμα » de Livemedia : https://www.youtube.com/watch?v=sxX8hUGu7aY

Un hommage aux Grecs pontiques qui tentèrent de résister dans les montagnes de la mer Noire.

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Le mémorial du combattant pontique. Polikhny, Thessalonique. Photographie publiée avec l’aimable autorisation du sculpteur Giorgos Kikotis Γιώργος Κικώτης, auteur du monument. Son site : http://www.kikotis.gr (un clic pour agrandir).

P. L.

Remerciements

Nos remerciements renouvelés au sculpteur grec Giorgos Kikotis, qui nous a permis d’utiliser les photographies de ses oeuvres sur le génocide pontique.

Pour consulter son site internet :

en grec : http://www.kikotis.gr/

en anglais : http://www.kikotis.gr/en/

Notes :

1. le chiffre de 350.000 est aussi avancé (même source – « Les Grecs pontiques – Diaspora, identité, territoires » sous la direction de Michel Bruneau, CNRS Editions, 1998, page 31).

2. Certains font remonter la dégradation de la situation des populations orthodoxes grecques d’Anatolie à 1909. Cette année-là un boycott commercial fut décidé dans l’Empire ottoman, contre les produits et navires venus de Grèce. Dans les faits, des « comités de boycott » mis en place au niveau local étendirent le boycott à l’activité économique des sujets orthodoxes grecs de l’Empire ottoman, alors qu’il n’était pas supposé les viser à l’origine (à propos de ce boycott et de son impact sur le commerce et la production agricole des orthodoxes grecs d’Asie mineure, voir par exemple « Land disputes and ethno-politics: northwestern Anatolia, 1877-1912″ de Yücel Terzibaşoğlu pages 172-173, in « Land Rights, Ethno-nationality and Sovereignty in History », Stanley Engerman & Jacob Metzer, Routledge Explorations in Economic History, 2004 ISBN-13 9780415321266).

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(Dernière révision – ajout de note – septembre 2019)

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Rétrospective éclectique: la sélection musicale 2017-2018 de facebook.com/PhilikiCulturegrecqueBDgrecque/

Régulièrement, la page Facebook de Philiki sélectionne des liens vers les chaînes Youtube ou les pages Facebook de différents artistes grecs.

La sélection 2017-2018 (ne sont pas repris les groupes présentés dans la rubrique Musique de philiki.org) :

 

Villagers of Ioannina City (VIC).

Folk rock grec.

villagersioannina

villagerszvara

villagerszvara

Leur chaîne Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCATh57H7KJL20Bd9QD310jw

Le Punk grec.

« Jusqu’à ce que tu deviennes le roi des Imbéciles » – «Μέχρι να Γίνεις ο Βασιλιάς των Ηλιθίων»

Le documentaire de Sergios Vafiadis sur le Punk grec, sous-titré en anglais (activer les sous-titres sur Youtube).

mehrinagineisobasilias

https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=izVxhoDhP7Y

 

Bouzouki à vélo.

velobouzouk

https://www.youtube.com/watch?v=6Ty6b7XqHL4

« Des cochons dans l’espace »

Pour changer un peu du tradi, et parce que les musiciens grecs ont toute leur place dans la musique d’aujourd’hui, voici le groupe de rock grec indépendant « Gourou’nia sto dia’stima » (γουρούνια στο διάστημα, c’est à dire « Des cochons dans l’espace »).

gourounia1moodyaniksh

Leur chaîne Youtube ! https://www.youtube.com/channel/UCmJ2t_eTC9Yv_NunxTDjfqQ

L’orchestre Romana.

La chaîne YouTube de l’orchestre Romana créé par le musicien Manolis Karpathios.

Le système musical byzantin appliqué à la musique instrumentale, par-delà le chant sacré orthodoxe.

orchestraromana

https://m.youtube.com/channel/UCmUELz4laNIKreZ5XIbqYNg

 

Stélios Pétrakis

L’art de la lyra (musique crétoise)

petrakis

https://www.youtube.com/watch?v=Y1P7_va5DAY

 

Nefelopetra

Découvrez Nefelopetra​ (Νεφελόπετρα) : basés à Athènes au El Convento Del Arte​, polymathes mêlant musique, danse, art acrobatique, art video, à l’image de Néféli Markaki, violoniste et danseuse.

Ici : « The World in our Hands » – Nefelopetra (Circus explosiva)

Chorégraphie : Nefelopetra

Paroles (en anglais) de @Yiannis Filias

Mixé par Christos Serenes / Χρίστος Σερενές​ et Petros Politis

Clip : Nefelopetra – Vasilis Politis

(voir sous la video Youtube pour les autres crédits)

nefelopetra

https://www.youtube.com/watch?v=vuFYVxL2Lrw

Leur chaîne Youtube

https://www.youtube.com/user/MrPolitispetros/videos

 

Katerina Polemi

La valse d’Orphée. Το Βαλς του Ορφέα.

Musique : Katerina Polemi​. Paroles : Stratis Pashalis.

Μουσική : Κατερίνα Πολέμη. Στίχοι : Στρατής Πασχάλης

Pour « Eurydice », pièce de Sarah Ruhl traduite en grec et mise en scène par Dimitris Tarlow.

« Tu es en moi silence/

Tu es Eurydice/

Je ne peux venir jusque là/

Mais je te recherche/

Mes deux mains te disent « Je vais venir te prendre. »/

Mais mes yeux ne regardent qu’une ombre »

Chant : Κόρα Καρβούνη – Kora Karvouni [Οfficial Ρage]​, Laertis Malkotsis, Eleni Mpoukli

Violon : @Nefeli Markaki

Guitare : Katerina Polemi & Kostas Gakis

Contrebasse : Petros Varthakouris​

valseorphee

https://www.youtube.com/watch?v=GZYQdsxz4IM

(trad.fr. PL)

 

Penny Baltatzi

Jazz, swing, et accents grecs.

Penny Baltatzi​ « Parizianiko » (« Parisien ») – Πέννυ Μπαλτατζή – Παριζιάνικο

baltazi

https://www.youtube.com/watch?v=E0MbQJR7DYA

 

Gadjo Dilo.

Jazz manouche hellénique.

Gadjo Dilo

gadjo

https://www.youtube.com/watch?v=Bftr2WLsrjQ

Sur Amazon : https://www.amazon.com/Manouche-Grec-Gadjo-Dilo/dp/B00GLSJBW8?fbclid=IwAR1C10jzRb6FIFwHnlUH3t_JYUMOy3HBTXp62od6FgLONX3qmv47THyh3vQ

La Marseillaise dans une oeuvre grecque !

Dans son opéra « Maria Antonietta » écrit en 1873 avec son ami Georgios D. Romas, le compositeur grec Pavlos Carrer (1829-1896) intègre un passage de la Marseillaise.

A écouter ici à 5 mn 33 sur la chaîne YouTube du chef d’orchestre et violoncelliste grec Vyron Fidhetzis, qui a exhumé cette oeuvre tombée dans l’oubli.

mariaantonietta

La chaîne de Byron Fidetzis : https://www.youtube.com/channel/UC4IayYJYvUMR9ZCRIvpcYiw

 

« Maria Antonietta » met en scène Marie-Antoinette, Louis XVI, Danton, Robespierre, Marat et d’autres.*

Pavlos Carrer (ou Carrèris – Παύλος Καρρέρ ή Καρρέρης) était né à Zakynthos (Zante) dans les îles ioniennes.

La famille Carrer serait originaire de Chypre, et se serait établie à Zakynthos au 16ème siècle.

Pavlos Carrer a composé en Grèce et en Italie, des oeuvres instrumentales mais aussi des opéras avec l’aide de librettistes grecs et italiens.

  • source ΑΥΡΑ ΞΕΠΑΠΑΔΑΚΟΥ « Λεπτή κόκκινη γραµµή. Η όπερα Maria Antonietta και η δεύτερη ευρωπαϊκή απόπειρα του Παύλου Καρρέρ. » in ΕΠΤΑΝΗΣΙΑΚΗ ΟΠΕΡΑ ΚΑΙ ΜΟΥΣΙΚΟ ΘΕΑΤΡΟ ΕΩΣ ΤΟ 1953 ΠΡΑΚΤΙΚΑ ΣΥΝΕΔΡΙΟΥ ΕΘΝΙΚΟ ΚΑΙ ΚΑΠΟΔΙΣΤΡΙΑΚΟ ΠΑΝΕΠΙΣΤΗΜΙΟ ΑΘΗΝΩΝ – Ηλεκτρονική έκδοση Τµήµατος Θεατρικών Σπουδών Αθήνα 2011

 

Les « calanda » / κάλαντα (mise à jour)

Les « calanda » / κάλαντα sont les chants traditionnels de Noël et du nouvel an. Ils sont répandus dans tout l’espace culturel hellénique, des villages grécophones d’Italie du sud à Chypre en passant par la Grèce et ses îles avec à chaque fois, des traits communs et des spécificités locales. Ils peuvent être chantés par les adultes, ou par des enfants qui vont de porte en porte demander des friandises en offrant leurs chansons, souvent accompagnés d’instruments comme le triangle (τρίγωνο).

Ici, des calanda de Noël de Chypre, par le groupe « Mou’ssa » / Μούσα (muse) avec Mikha’lis Tterlikka’s.

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https://m.youtube.com/watch?v=_zuctjSUzd8

 

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Gaston IV : quand l’histoire béarnaise croise l’histoire grecque Γκαστόν Δ΄: όταν η ιστορία του Μπεάρν συναντά την Ελληνική ιστορία

 

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L’olifant de Gaston IV. Trésor de la Cathédrale Saint-Sauveur de Saragosse (Espagne). Couverture de « Gaston IV le croisé. Le Béarn et son héros épique » : un livre très documenté sur ce vicomte de Béarn qui participa à la Reconquista, mais aussi à la 1ère croisade (1095-1099).

 

Au cours de la première croisade, Byzantins et Béarnais ont combattu en alliés contre les Turcs seldjoukides.

C’était en 1097, à la bataille de Nicée.

Un épisode méconnu, grâce auquel l’histoire du Béarn se transforme en porte improbable, vers l’histoire du monde grec.

 

En novembre 1095, le Pape Urbain II lance « l’appel de Clermont », à l’issue d’un concile resté célèbre. Parmi les évêques présents, venus du Béarn, on compte ceux de Lescar et d’Oloron. Urbain II exhorte les chrétiens d’Occident à venir en aide à leurs frères d’Orient, face à la nouvelle avancée musulmane. (1)

Cela fait longtemps, déjà, que les Arabes ont pris Jérusalem aux Byzantins (au 7ème siècle). Mais les Turcs seldjoukides commencent à envahir l’Empire byzantin, et plus précisément, pour ce qui nous concerne ici, l’Anatolie. Les premières incursions turques dans cette région ne datent que du milieu du 11ème siècle. La bataille de Mantzikert, souvent considérée comme le début de la conquête turque, s’est déroulée en 1071. Les Turcs seldjoukides s’emparent ensuite de Jérusalem.

C’est dans cette histoire mouvementée que s’inscrit un vicomte de Béarn, Gaston IV, plus connu pour sa participation à la Reconquista espagnole.

Gaston IV est issu de la dynastie des Centulle, celle dont le blason est encore considéré comme l’emblème du Béarn : deux vaches béarnaises rouges aux cornes bleues, l’une au-dessus de l’autre, sur fond d’or.

Il répond à l’appel du Pape.

Avec ses troupes, comme les autres croisés, il traverse l’Europe, atteignant le nord de la Grèce actuelle, puis l’Asie mineure. (1) 

De l’Espagne jusqu’en Terre sainte, en passant par l’Anatolie, les batailles de ce guerrier béarnais ont laissé leur trace dans les chroniques médiévales. Sa bravoure et sa magnanimité y sont vantées. 

En 1097, il participe au siège de Nicée (Νίκαια), que les Turcs avaient transformée en capitale de leur Sultanat (le nom grec de la ville sera transformé en « Iznik » par les Turcs, nom qu’elle porte encore aujourd’hui).

Un détachement byzantin combat aux côtés des croisés. Il est dirigé par le général Manuel Boutoumitès (Μανουὴλ Βουτουμίτης / Manoui’l Voutoumi’tis). 

A Nicée,  Gaston IV aurait vu à l’oeuvre les machines de siège utilisées par ses alliés byzantins. Par la suite, il serait devenu un spécialiste de ce type d’engins.

Il se couvre de gloire à Dorylée, où il sauve les Normands aux côtés du légat du Pape. Dans une manoeuvre d’enveloppement, il s’empare du camp des Turcs avant de rejoindre le champ de bataille, et de prendre leurs troupes à revers.

Gaston IV combat également en Terre sainte. Les chroniques le citent à Antioche, à Jérusalem, à Ascalon… Au cours du siège de Jérusalem, il joue un rôle essentiel aux côtés de Tancrède, le chef des Normands d’Italie méridionale. Les Béarnais de Gaston et les troupes de Tancrède s’emparent du mont du Temple (« l’Esplanade des Mosquées »).

Est-ce à dire que les couleurs ornées des vaches béarnaises furent brandies au-dessus de Jérusalem ?

Pas de certitude. Mais on se prend à l’imaginer, quand on lit que Gaston et Tancrède auraient tenté de sauver du massacre « un grand nombre d’infidèles » venus se réfugier sur ces hauteurs, en les plaçant sous la protection de leurs bannières. Selon une « Histoire anonyme de la première croisade », « Au-dessus du temple de Salomon, s’était réfugié un groupe nombreux de païens des deux sexes, auxquels Tancrède et Gaston avaient donné leurs bannières ». Dans son « Histoire du voyage de Jérusalem » (Historia de Hierosolymitano itinere) Pierre Tudebode rapporte que « Tancrède et Josseran offrirent leur bannière à un grand nombre d’infidèles des deux sexes réfugié au-dessus du Temple ». (2)

Quid des pillages des croisés en terre byzantine ? On lit souvent qu’ils avaient une fâcheuse tendance à « vivre » sur le pays aux dépens des paysans byzantins, créant des dissensions, ou suscitant des accrochages, au sein même du « camp chrétien ». Au grand damne des autorités byzantines, soucieuses de ne pas perdre le contrôle de leurs turbulents alliés.

A notre connaissance, les chroniques n’évoquent pas la participation de Gaston IV à ce type d’incidents fratricides. Laissons-lui donc le bénéfice du doute.

 

Combattant infatigable, Gaston IV perdra la vie en Espagne, trente ans après la première croisade.

Dans l’histoire du Béarn, les batailles menées dans l’Anatolie du 11ème siècle nous semblent relever de l’anecdote à peine croyable. Si le Béarn était indépendant, Gaston IV en serait sans doute l’un des héros nationaux. Mais aujourd’hui, son existence même est ignorée du plus grand nombre.

Il s’agit pourtant d’une période cruciale de l’histoire grecque : l’avancée turque en Anatolie fut un coup terrible porté à l’Empire byzantin, dont la culture, et l’histoire, imprègnent encore si profondément les Grecs d’aujourd’hui. C’est le début du recul progressif de la langue grecque et de la religion orthodoxe en Anatolie, au profit de la langue turque et de la religion musulmane. (3)

La victoire de Nicée, et celles qui suivirent, ne firent que retarder l’échéance.

L’esprit se perd tout de même, à l’idée que les deux vaches béarnaises aient pu côtoyer, même de loin, le chrisme des boucliers ou des étendards byzantins…

PL

 

Notes

  1. Notre bibliographie pour les batailles livrées par Gaston IV au cours de la première croisade : Pierre Peyrous, « Gaston IV de Béarn, le guerrier : ses premières armes et sa participation à la première croisade » et Benoît Cursente, « Gaston IV au miroir des historiens latins de son temps » in  « Gaston IV le croisé : le Béarn et son héros épique : actes des conférences de Lacommande de 2014 et 2015 », sous la direction de Benoît Cursente, Société des sciences, lettres et arts de Pau et du Béarn, 2016 – pages 40 à 51 et 53 à 57.  Lire aussi : Pierre Tucoo-Chala, « Quand l’Islam était aux portes des Pyrénées. De Gaston IV le Croisé à la croisade des Albigeois (XIe-XIIIe s.) », J. et D. Editions, 1994 (pages 43 à 84). Et Pierre de Marca, « Histoire de Béarn », Paris, 1640 (pages 360 à 369, citant diverses sources).
  2. Cités par Benoît Cursente, ibid pages 54-55.
  3. Pour un point de vue sur cette question, lire Speros Vryonis, « The decline of medieval Hellenism in Asia Minor: and the process of Islamization from the eleventh through the fifteenth century », University of California Press, 1971 – Paperback, 2008. Lorsque les Turcs envahissent l’Anatolie, celle-ci n’est encore que la partie orientale de ce nous appelons aujourd’hui « l’Empire romain d’Orient » ou « l’Empire byzantin ». « Royaume des Romains » ou « Romanie » (« Βασιλεία Ῥωμαίων », « Ῥωμανία ») : tel était le nom que ses gouvernants, et ses habitants, donnaient à ce pays disparu. Sa capitale Constantinople (l’ancienne Byzance) était aussi nommée « la nouvelle Rome », ou « la deuxième Rome ». Les « Byzantins » s’appelaient communément « Romains » (entre autres) ; dans l’Europe occidentale d’alors, ils sont communément appelés « Grecs ». Ils avaient le grec pour langue principale, et le christianisme orthodoxe pour religion dominante… Les Grecs d’aujourd’hui se considèrent volontiers, non sans raison, comme les descendants des populations byzantines de langue grecque ; pendant longtemps les Turcs ont continué d’appeler les Grecs « Roums », c’est à dire « Romains » (dans le sens de « Byzantins »). Et dans le langage courant, les ancêtres des Grecs se sont appelés « Romii » / « Ρωμιοί », parfois à titre exclusif, parfois concurremment avec les mots « Grékos' » / « Γραικός » ou « E’llinas » / « Έλληνας » .  Les Turcs seldjoukides donnèrent à leur sultanat le nom du pays des vaincus : « Sultanat de Roum ». Mais c’est un autre sujet.

 

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Blason du Béarn (Image wikimedia).

 

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Les anciens philosophes de Chypre, de la Méditerranée à l’Afghanistan. Οι αρχαίοι Κύπριοι φιλόσοφοι, από την Μεσόγειο ως το Αφγανιστάν

« Étant enfant deviens bien élevé ;
jeune homme, maître de toi-même ;
au milieu de la vie, juste ;
vieillard, de bon conseil ; à ta mort, sans chagrin ».

« Ces sages paroles des hommes d’autrefois sont consacrées,
dits des hommes célèbres, dans la sainte Pythô.
Là les a prises Cléarque, en les copiant soigneusement,
pour les dresser, brillant au loin, dans le téménos de Kinéas ».

Ces mots sont gravés en grec, sur une pierre de Bactriane, dans l’actuel Afghanistan. On les classe parmi les apopthegmes, ou maximes, des sept sages de la Grèce.

L’historien et archéologue français Louis Robert est l’auteur de cette traduction. Il a consacré plus de dix pages à démontrer que c’est un Grec de Chypre qui aurait amené là ce texte depuis Delphes, en Grèce : Cléarque de Soli (Κλέαρχος Σολεύς), un philosophe des 4ème et 3ème siècles avant J.-C. (Louis Robert, « Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres » Année 1968 Volume 112 Numéro 3 pp. 416-457 http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1968_num_112_3_12291).

Pour Louis Robert, « Cléarque les a dressées là pour qu’elles brillent au loin, pour que leur éclat se répande ; c’est, chez ce Grec aux confins, prosélytisme moral en faveur de cette sorte de code de l’antique et toujours vivante sagesse hellénique. »

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Le tome 2 de « l’ancienne littérature chypriote » /΄Αρχαία κυπριακή γραμματεία΄΄ / arkhai’a kypriaki’ grammati’a

Le contexte : la grécité chypriote

Les intellectuels chypriotes les plus connus de l’antiquité ont vécu entre le 4éme siècle avant Jésus-Christ et la période de l’antiquité tardive.

De nos jours, l’île de Chypre ressemble à un petit confetti post-moderne de grécité byzantine et de chrétienté d’Orient. Cerné et balafré, aux confins de la Méditerranée orientale. Une survivance, une exception culturelle, un précieux îlot de langue grecque, au milieu d’un océan linguistique dominé par les langues turque et arabe.

Aux 4ème et 3ème siècles avant J.-C., elle se trouve au contraire au centre de la sphère culturelle hellénique.

Au nord de Chypre, l’Anatolie ou Asie mineure et ses diverses populations, en partie grecques ou, pour certaines d’entre elles, en voie d’absorption et d’assimilation par l’élément grec (Cariens, Phrygiens, etc.)

A l’est de Chypre, le Proche-Orient : après les conquêtes d’Alexandre le Grand, y fleurissent des centres urbains où la culture grecque est bien présente. Notamment sur les territoires des actuels Liban et Syrie, et de la Décapole. La région est alors dominée par la dynastie des Séleucides, du nom de Séleucos (Σέλευκος/« Sé’lefkos »), l’un des généraux grecs qui se sont partagés l’empire d’Alexandre.

L’histoire a oublié nombre de ces cités (voir Maurice Sartre, « Villes éphémères : quelques exemples syriens », Supplément à la Revue archéologique du centre de la France Année 2004 Volume 25 Numéro 1 pp. 311-316, in « Capitales éphémères. Des Capitales de cités perdent leur statut dans l’Antiquité tardive », Actes du colloque Tours 6-8 mars 2003 http://www.persee.fr/issue/sracf_1159-7151_2004_act_25_1).

La Décapole est citée dans les Evangiles (Matthieu 4:25, Marc 5:20, Marc 7:31).

Des populations d’origine crétoise et chypriote se seraient même installées à Antioche (Pierre Jouguet, « L’impérialisme macédonien et l’hellénisation de l’Orient », Editions Albin Michel, 1972, page 369 citant R. Förster).

Au sud de Chypre, c’est l’Egypte, où s’installe la dynastie grecque dite des Ptolémées, ou des « Lagides ». Ils portent le titre de Pharaon, mais aussi celui de « Basileus » / « Βασιλεύς » – « roi » en grec.

Ils restent respectueux de la civilisation des Pharaons, tout en régnant sur une société égyptienne nouvelle : différentes ethnies et cultures y cohabitent, parfois difficilement. La langue grecque et la civilisation hellénique y jouent un rôle considérable via, notamment, les bibliothèques et les populations grécophones qui s’y développent. Qu’elles soient d’origine grecque, juive ou autre (lire par exemple Bernard Legras, « l’Egypte grecque et romaine », Armand Colin, 2004, et Stéphanie Wackenier, « Les Grecs à la conquête de l’Égypte. De la fascination pour le lointain à l’appréhension du quotidien », Hypothèses, vol. 11, no. 1, 2008, pp. 27-35).

La langue grecque apparaît à Chypre bien avant cette période, dès la fin du 2ème millénaire avant J.-C., dans des conditions assez mystérieuses (les chercheurs sont divisés à ce sujet, la lecture des publications scientifiques amène plus d’hypothèses, que d’éclaircissements).

Elle fait alors partie d’un dialecte dit « arcado-chypriote ». Celui-ci présente de fortes similitudes avec le dialecte des Arcadiens : une peuplade ancienne originaire d’Arcadie, dans le centre du Péloponnèse, dont la présence, en plus de Chypre, est également attestée en Pamphylie, en Asie mineure (au sujet de l’arcado-chypriote et de l’arrivée des Arcadiens à Chypre, lire par exemple Dubois Laurent « L’arcadien et le chypriote : deux dialectes cousins » in: Cahiers du Centre d’Etudes Chypriotes. Volume 27, 1997. Mélanges Olivier Masson. pp. 83-92 DOI : 10.3406/cchyp.1997.1321 www.persee.fr/doc/cchyp_0761-8271_1997_num_27_1_1321).

Les mythes fondateurs des grandes cités chypriotes font référence aux guerriers de la guerre de Troie (ibid), ou à des personnages mythologiques. Comme Démophon fils de Thésée. Selon Plutarque, il aurait fondé la ville d’Aïpéia, rebaptisée Soli par le roi Philokypros, en l’honneur de Solon, l’un des sept sages de la Grèce (Plutarque, « Les vies des hommes illustres », tome premier, « Vie de Solon », traduction française : D. Ricard, Paris, 1844, XXXVI). Selon Isocrate, Salamine de Chypre eut pour fondateur un autre héros de la guerre de Troie, Teucer (Τεύκρος), fils du roi Télamon de Salamine (en Grèce) et frère du guerrier Ajax. Teucer serait à l’origine de la dynastie royale dont descendrait Evagoras, roi célèbre de l’antiquité chypriote (« Oeuvres complètes d’Isocrate », traduction d’Aimé-Marie Gaspard de Clérmont-Tonnerre, Paris 1868, tome deuxième « IX. Éloge d’Évagoras »).

Le grec fut écrit à Chypre avec un syllabaire spécifique, le « chypro-syllabique », avant même de l’être avec l’alphabet grec que nous connaissons. Cette écriture descendrait du « chypro-minoen » et serait d’origine égéenne  (voir la présentation du chypro-syllabique sur « Mnamon Les écritures anciennes de la Méditerranée – Guide critique des ressources électroniques »  « Chypro-syllabique – (XIe – IIe siècle avant J.–C.) », par Anna Cannavò traduit par Nicole Maroger http://mnamon.sns.it/index.php?page=Scrittura&id=4&lang=fr).

Comme en Crète, où le grec fut écrit à l’aide du « linéaire B » avant de l’être avec l’alphabet grec actuel (voir Mnamon « Linéaire B – XIVe – XIIIe siècle av. J. – C. » par Maurizio Del Freo traduit par Nicole Maroger http://mnamon.sns.it/index.php?page=Scrittura&id=20&lang=fr).

Le grec parlé à Chypre évoluera ensuite sous l’influence de la langue grecque commune de l’antiquité, la κοινή / kini’, dite « koinè » en prononciation érasmienne.

Puis viendra l’Empire romain, décrit comme un  « Empire gréco-romain »  par l’historien Paul Veyne, et qui laisse toute sa place au grec (Paul Veyne, « l’Empire gréco-romain », Seuil, 2005, 878 pages – http://www.seuil.com/ouvrage/l-empire-greco-romain-paul-veyne/9782020577984), puis le christianisme, etc..

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Le tome 6 de « l’ancienne littérature chypriote » /΄Αρχαία κυπριακή γραμματεία΄΄ / arkhai’a kypriaki’ grammati’a présente les philosophes chypriotes (à l’exception de Zénon auquel un autre tome est consacré)

Les 6 tomes de l’Ancienne littérature chypriote, aux éditions Léventis

Il est des publications qui sont des monuments et des événements à elles seules.

Entre 1995 et 2008, la « Fondation Léventis » (ΙΔΡΥΜΑ Α.Γ. ΛΕΒΕΝΤΗ / I’drima A. G. Lévé’nti) a donné corps à une idée lumineuse : publier une anthologie de la littérature ancienne de Chypre, sous le titre « Αρχαία Κυπριακή Γραμματεία » / « Arkhai’a kypriaki » ghrammati’a » – « Ancienne littérature chypriote ». Six tomes qui couvrent une période allant du 7ème siècle avant J.-C. au 6ème siècle après J.-C..

Cette collection existe en version papier, et en version numérique.

Le niveau de culture atteint par la petite île de Chypre dans l’antiquité, la mobilité et la sophistication de ses intellectuels, leur inscription dans les courants de pensée les plus en vogue de leur époque, en étonneront plus d’un.

Au coeur de ce bouillonnement culturel, Chypre a aussi donné des philosophes. Voyageurs, parties prenantes dans les grands débats philosophiques de leur époque.

Revenons à nos six tomes consacrés à la littérature chypriote ancienne : pour ce qui concerne la version papier, chaque tome est plutôt cher et certains sont difficiles à trouver dans le commerce.

Les textes y sont présentés sous leur forme originale (en grec ancien), suivie de leur adaptation en grec moderne.

Ils couvrent les domaines les plus variés et dépassent la seule littérature au sens strict :

– poésie épique, lyrique et dramatique (tome 1, publié pour la première fois en 1995, commentaires et travail d’adaptation d’Andréas Voskos, ISBN13 : 9789963560837),

– épigrammes (tome 2, publié en 1997, commentaires et travail d’adaptation d’Andréas Voskos, Andréas Loukas et Efi Chatziantoniou-Dimosthenous, ISBN13 : 9789963560325),

– prose (tome 3, publié en 2002, commentaires et travail d’adaptation d’Andréas Voskos, Andréas Loukas et Efi Chatziantoniou-Dimosthenous, ISBN13 : 9789963560516),

– médecine (tome 4, publié en 2007, commentaires et travail d’adaptation d’Andréas Voskos, Andréas Loukas et Efi Chatziantoniou-Dimosthenous, ISBN13 : 9789963560790),

– philosophie de Zénon (tome 5, publié en 1999, commentaires et travail d’adaptation de Kostas Mikhailidis, Andréas Voskos, Andréas Loukas et Efi Khatziantoniou-Dimosthenous, ISBN13 : 9789963560004),

– autres philosophes (tome 6, publié en 2008, commentaires et travail d’adaptation de Ioannis Taïfakos, ISBN13 9789963560806).

Ces textes ont également été rassemblés sur le site du « Cyprus Institute », en coopération avec la fondation Leventis , à l’adresse « http://akg.cyi.ac.cy«  sous le titre « Ψηφιακή Αρχαία Κυπριακή Γραμματεία » / « Psifiaki’ arkhai’a kypriaki » ghrammati’a » – « Ancienne littérature chypriote numérisée » ou, en anglais « Digital Ancient Cypriot Literature ».

Il ont servi de base à un trésor numérique en constante amélioration.

On ne peut qu’inviter chacun à le parcourir.

Le site comprend :
– le textes, classés par tomes, en grec ancien avec leur adaptation en grec moderne, comme sur l’édition papier ; avec le sommaire en grec (http://akg.cyi.ac.cy/el/content/%CE%BA%CE%B1%CE%BB%CF%89%CF%83%CE%BF%CF%81%CE%AF%CF%83%CE%B1%CF%84%CE%B5), ou en anglais (http://akg.cyi.ac.cy/en/content/welcome) ;
– une « ligne du temps », représentant la chronologie des différents auteurs, en grec et en anglais : http://akg.cyi.ac.cy/el/content/%CF%87%CF%81%CE%BF%CE%BD%CE%BF%CE%BB%CF%8C%CE%B3%CE%B9%CE%BF

Comme indiqué plus haut, le tome 6 est donc consacré aux philosophes chypriotes les moins connus qui sont aussi, c’est un avis, les plus attachants, et les plus étonnants (les hellénistes pourront le trouver ici : http://akg.cyi.ac.cy/el/content/αλλοι-κυπριοι-φιλοσοφοι).

Le tome 6 de « l’Ancienne littérature chypriote » aborde dix-sept philosophes (sans compter Zénon, auquel le tome 5 est entièrement consacré).

Il présente soit leurs textes, quand ils ont été sauvés, soit des références à leur pensée ou à leur biographie :

  • Κλέαρχος Σολεύς, ou en prononciation grecque moderne « Klé’arkhos Solé’vs » : Cléarque de Soles (ou de Soli) : de l’école péripapéticienne, né vers le milieu du 4ème siècle avant J.-C., contemporain d’Aristote, sa pensée est antérieure à celle de Zénon ;
  • Περσαῖος Κιτιεύς / « Persai’os Kitié’vs » : Persaios de Kition, de l’école stoïcienne, disciple de Zénon (né à la fin du 4ème siècle avant J.-C.) ;
  • Δημώναξ / « Dhimo’nax » : Démonax (1er et 2ème siècle de notre ère), philosophe « généraliste » de la seconde sophistique, influencé notamment par les doctrines cynique de la seconde sophistique, et stoïcienne ;
  • Εὔδημος Κύπριος / « Ev’dhimos Ky’prios » : Eudème de Chypre, contemporain d’Aristote, mort à Syracuse au 4ème siècle avant J.-C. ;
  • Νικάνωρ / Νικαγόρας Κύπριος / « Nika’nor » / « Nikagho’ras Ky’prios » : Nicanor / Nikagoras de Chypre, considéré par les sources comme « athée » (4ème / 3ème siècle avant J.-C.) ;
  • Διοσκουρίδης Κύπριος / « Dioskouri’dis Ky’prios » : Dioskourides de Chypre, stoïcien (4ème / 3ème siècle avant J.-C.) ;
  • Πύθων Αριστοκράτου / « Py’thon Aristokra’tou » : épicurien (aurait vécu au 3ème siècle avant J.-C.) ;
  • Ἀρισταγόρας Σαλαμίνιος / « Aristago’ras Salami’nios » : Aristagoras de Salamine (fin du 3ème siècle avant J.-C.) ;
  • Ἵππαρχος Πάφιος ou « I’pparkhos Pa’fios » : Hipparque de Paphos,
  • Ἀριστάναξ Σαλαμίνιος ou « Arista’nax Salami’nios » : Aristanax de Salamine,
  • Εὐπείθης Πάφιος ou « Evpi’this Pa’fios » : Eupythe de Paphos
  • Ζηνόδοτος Κύπριος ou  « Zino’dotos Ky’prios »  : Zinodatos de Chypre,
  • Σώτας Πάφιος ou « So’tas Pa’fios » : Sotas de Paphos,
  • Φιλόλαος Κιτιεύς ou « Philo’laos Kitié’vs » : Philolaos de Kition,
  • Ἀριστόδημος Κύπριος  ou « Aristo’dimos Ky’prios » : Aristodème de Chypre,
  • Ῥουφῖνος Κύπριος ou « Roufi’nos Ky’prios » : Roufinos de Chypre,
  • Βάκχιος Τρύφωνος Πάφιος ou « Va’kkhios Try’phonos Pa’fios » : Bacchios. de Paphos, fils de Tryphon, platonicien, professeur de l’Empereur romain Marc Aurèle.

Il faut parler grec pour se plonger dans cette somme.

Pour l’instant seul le sommaire est traduit, mais uniquement en anglais.

Quelques traductions françaises d’auteurs chypriotes, sur Internet

Consolons-nous.

On trouve tout de même, en français,  des traductions de textes antiques relatifs à quelques auteurs chypriotes de l’antiquité.

Le plus truculent pourrait être Démonax. Sa pensée semble caractérisée par la  recherche de la paix intérieure, d’une façon peut-être excessive car au prix d’une forme de renoncement assez peu propice à l’action.

L’humour de Démonax, et certaines paroles de sagesse, le distinguent des auteurs de son temps, si l’on en croit la description qui en est faite dans l’oeuvre de Lucien de Samosate.

Le site de référence  de feu Philippe Remacle reproduit une édition du début du 20ème siècle, avec sa traduction française :

Une petite sélection :

« 5. Il ne se retrancha pas dans un seul genre philosophique, mais il les réunit presque tous, sans jamais faire connaître à quelle secte il donnait la préférence. Il paraissait cependant adopter la doctrine de Socrate, quoique, par son extérieur et l’indolence de sa vie, il semblât se rapprocher du philosophe de Sinope. Seulement, il n’outra jamais sa façon de vivre pour se faire admirer et attirer sur lui les regards des hommes ; il était vêtu comme tout le monde, uni dans ses manières, ennemi de toute prétention, conversant avec tous, en particulier ou en public. »

« 14. Le sophiste Sidonius qui s’était acquis quelque réputation dans Athènes, prononçait un discours où il se donnait des louanges outrées, et se vantait d’avoir exploré toute la philosophie. Mais il vaut mieux rappeler ses propres paroles : « Si Aristote m’appelle au Lycée, je le suivrai ; si Platon me demande à l’Académie, j’irai ; si Zénon veut que je demeure au Pœcilé, j’y resterai ; si Pythagore m’appelle, je garderai le silence. » Démonax, se levant aussitôt du milieu de l’assemblée : « Hé ! l’ami, dit-il en le désignant par son nom, Pythagore t’appelle. » »

« 15. Un certain Python, beau jeune homme, fils d’un Macédonien de distinction, ayant voulu s’égayer aux dépens de Démonax, en lui proposant un argument sophistique et en lui demandant la solution de son syllogisme : « Je sais bien une chose, mon garçon, dit le philosophe, c’est que tu te prêtes à un autre genre de solution.  » L’autre, irrité de cette raillerie à double sens, le menaça en disant : « Je vais te faire voir un homme. – Tu en as donc un ? » repartit en riant Démonax. »

« 20. On lui demandait un jour en quoi consiste le bonheur : « Il n’y a d’heureux que l’homme libre. – Mais il y a bien des gens libres. – Moi, je ne parle que de celui qui n’a ni crainte, ni espérance. – Est-il possible de trouver un pareil homme ? Nous sommes tous esclaves de ces passions. – Il est vrai ; mais si vous considérez bien les choses humaines, vous voyez qu’elles ne méritent ni l’espoir, ni la crainte : tout finit, la douleur comme le plaisir. » »

« 25. Le même Hérode, pleurant la perte de son fils, s’était renfermé dans les ténèbres. Démonax va le trouver et lui dit qu’il est magicien, qu’il peut évoquer l’ombre du mort, pourvu qu’Hérode lui nomme seulement trois hommes qui n’aient jamais pleuré personne. Hérode hésite embarrassé : il ne pouvait, je pense, nommer qui que ce fût : « Homme plaisant, lui dit Démonax, qui vous croyez seul en proie à des maux intolérables, quand vous voyez qu’il n’est personne exempt de douleur ! » »

« 32. Quelqu’un lui ayant demandé si l’âme est immortelle : « Oui, dit-il, comme tout le reste. » »

« 40. Un certain Polybius, homme ignorant et faiseur de solécismes, lui ayant dit : « L’empereur m’a honoré du droit de cité romaine. – Plût au ciel, dit-il, qu’il t’eût fait plutôt Grec que Romain ! » »

« 45. Quelqu’un apercevant sur ses jambes des marques de vieillesse : « Qu’est-ce-ci, Démonax, lui dit-il. – C’est, répond Démonax avec un sourire, c’est Charon qui m’a mordu ! » »

« 46. Il voyait un Lacédémonien [un spartiate] frapper son esclave à coups de fouet : « Cesse, dit-il, de traiter ton esclave comme ton égal. » »

« 50. Ce qu’il dit à un proconsul est tout à la fois spirituel et mordant. C’était un de ces hommes, qui se font épiler avec de la poix les jambes et le reste du corps. Certain cynique, monté sur une pierre, déclamait Contre lui et lui reprochait son infâme complaisance. Le proconsul se fâche, fait arrêter le cynique, et se met en devoir de le faire expirer sous le bâton ou de le condamner à l’exil. Mais Démonax, se trouvant là par hasard, lui demande la grâce du malheureux, dont la hardiesse, dit-il, est un privilège héréditaire de la secte cynique. « Je veux bien lui pardonner cette fois par égard pour vous, dit le proconsul ; mais s’il a l’insolence de recommencer, quelle peine méritera-t-il ? – Faites-le épiler. » répond Démonax. » »

« 51. Un autre proconsul, à qui l’empereur venait de confier le commandement de plusieurs légions et le gouvernement d’une grande province, lui demandait le meilleur moyen d’administrer : « Ne vous mettez pas en colère, dit-il, parlez peu, écoutez beaucoup. » »

« 55. Épictète lui conseillait un jour, sous forme de reproche, de se marier et d’avoir des enfants, prétendant qu’il convenait à un philosophe de laisser après lui des successeurs naturels. « Eh bien ! Épictète, répondit-il en lui renvoyant finement le reproche, donnez-moi une de vos filles. » »

« 59. Je lui ai moi-même entendu dire un jour à un jurisconsulte que les lois sont à peu près inutiles aux gens de bien et aux méchants : les premiers n’en ont pas besoin, et les seconds n’en deviennent pas meilleurs. »

« 60. Il aimait à fredonner ce vers d’Homère :
Le lâche et le vaillant sont sujets au trépas. »

« 66. Peu de temps avant sa mort, on lui demanda ce qu’il ordonnait pour sa sépulture : « Ne vous en inquiétez pas, répondit-il ; l’odeur de mon cadavre me fera donner un tombeau. – Hé quoi ! répliqua-t-on ! ne serait-il pas honteux d’abandonner aux chiens et aux oiseaux le corps d’un homme tel que vous ? – Il n’y a rien d’étrange, dit-il, à ce que je veuille encore après ma mort rendre service à des êtres vivants. »

Au 3ème siècle après Jésus-Christ, dans dans ses « Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres », Diogène Laërce (Διογένης Λαέρτιος / Dioghé’nis Laé’rtios)  aborde l’incontournable Zénon ; il est brièvement fait référence à Cléarque de Soles dans la préface : « Cléarque de Soles prétend, dans le traité de l’Éducation, que les gymnosophistes descendent des mages. »

Remacle.org reproduit une édition du 19ème siècle, avec sa traduction française :

Cléarque de Soles est l’auteur « d’Erotica » et de « Péri hypnou » (sur le sommeil).

Ces textes ne sont cependant connus que par des fragments ; concernant « Péri hypnou », lire Tiziano Dorandi, «Le traité Sur le sommeil de Cléarque de Soles : catalepsie et immortalité de l’âme», Exemplaria classica, 10, 2006, pages 31 à 52 : rabida.uhu.es/dspace/bitstream/handle/10272/297/b15146042.pdf.

 

Vers la fin de l’antiquité, l’île de Chypre bascule du monde gréco-romain païen vers le monde gréco-romain chrétien. Autrement dit, vers l’identité byzantine, qui imprègne encore tant les Chypriotes grecs, malgré les vicissitudes de leur histoire.

Puissent l’esprit inventif, éclairé, prudent, et la sagesse de leurs lointains ancêtres   leur donner la force d’affronter les dangers et les défis du présent.

L’héritage dont ils sont porteurs les appelle à maintenir cette spécificité qui est la leur : celle de former encore, au 21ème siècle, non sans difficultés et paradoxes, les dernières cités hellènes de Méditerranée orientale.

 

Texte Panayiotis Lipsos

 

 * Le « Cyprus institute » est une organisation non gouvernementale. L’institut fut créé en 2004 par la « Fondation pour la Recherche et l’Education de Chypre » (la « Cyprus Research and Educational Foundation – CREF » – https://www.cyi.ac.cy/index.php/cyi/governance-and-board-of-trustees/cref-cyprus-research-educational-foundation.html), elle-même financée, à l’origine, par la Banque chypriote de développement (The Cyprus Development Bank – CDB – Κυπριακή Τράπεζα Αναπτύξεως) dont les principaux actionnaires étaient alors la République ce Chypre et la Banque européenne d’investissement.

 

 

Droits d’auteur :
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La tiropita façon Eléni, la tiropita facile de philiki.org Η τυρόπιτα αλά Ελένη, η εύκολη τυρόπιτα του philiki.org

Voilà que se rappelle à vos bons souvenirs le goût de la tiropita, ce chausson au fromage dont les Grecs raffolent.

Malheur, pas de pâte filo dans votre frigo, ni à la supérette du coin !

Aucun problème, voici la recette facile et très rapide de la tiropita façon Eléni.

A base de pâte feuilletée, sa saveur remémore les tiropitas qui se font, notamment, à Chypre.

Elle sera idéale en apéritif, accompagnée de quelques olives de Kalamata et d’un verre d’Ouzo (à consommer avec modération), ou avec une bonne salade verte – pour 4 personnes.

Ingrédients :

Pâte feuilletée
Un oeuf
De la vraie féta grecque (200 g – appellation d’origine protégée, on en trouve désormais dans la plupart des supermarchés français)
De la menthe en poudre ou des herbes de Provence
Du poivre
Du sel, éventuellement

Temps de préparation : 10 à 15 mn maximum

Temps de cuisson  : 20 à 25 mn

Ustensiles :

Du papier sulfurisé
Une fourchette
Un couteau
Un petit saladier
Un bol
Un plat
Un four…
Un ordinateur pour lire la recette sur philiki.org.

La recette en 7 étapes, dégustation comprise :

1/ Sur du papier sulfurisé, étaler la pâte et la percer doucement de quelques coups de fourchette, en partie centrale ;

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Photos PL http://www.philiki.org

2/ Dans un petit saladier, mettre la féta et l’écraser avec une fourchette ;

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3/ Dans un bol, battre un œuf ;

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4/ Dans le petit saladier, verser l’œuf battu sur la féta écrasée et mélanger, pour bien humidifier la féta ; ajouter un peu de menthe ou d’herbes de Provence, du poivre et éventuellement du sel (goûter la féta pour voir si l’on souhaite ajouter du sel) ;

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5/ Bien étaler ce mélange sur la partie centrale de la pâte, de façon à ce qu’il soit à peu près uniforme ; replier les bords de la pâte qui dépassent, vers l’intérieur ; ou découper l’ensemble de la façon qu’il plaira ;

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Photos PL http://www.philiki.org

6/ Mettre au four à 210°, environ 25 minutes, surveiller entre 20 et 25 minutes car la cuisson peut varier selon les fours ;

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7/ C’est prêt ! Couper l’ensemble de la façon dont il plaira, et présenter sur son plat préféré ; déguster.

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Photos PL http://www.philiki.org

Recette Eléni

Texte PL

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Les CaHIERS de PHILIKI.
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La fusion Rap grec / musiques traditionnelles Ελληνικό χιπ χοπ και παραδοσιακή μουσική

C’est une fusion qui se développe sur la scène hip hop hellénique.

La rencontre du rap grec et des musiques traditionnelles des campagnes de Grèce continentale, des Grecs d’Anatolie, des îles, et de la tradition urbaine du Rébétiko…

Voici une petite sélection via des extraits ou des titres complets sur Napster et Deezer, Itunes,  et les chaînes officielles Youtube des rappeurs grecs. Considérant que leurs albums seraient systématiquement piratés, nombre d’artistes grecs mettent eux-mêmes en ligne leurs morceaux, misant sur les concerts. Achetez quand même les albums si  vous en avez les moyens…

Au menu :
Imam Baildi
Antipina
Antipina & Social Waste
Eisvoléas
Artémis
Komis X
NTP
Le Crétois Constantine Cullen
Les Chypriotes Abnormals, Fotis Tikkos, Rempellos et Pontikas

 

imambaildicookbook

Imam Baildi – Cookbook

Artiste : Imam Baildi (groupe)
Album : The Imam Baildi Cookbook

Un album à l’image de ce groupe, qui fusionne de nombreux styles, du traditionnel au caribéen.

Quelques titres rentrent dans notre sujet :

Arguilé’ mou yiati’ svi’nis / Αργιλέ μου γιατι σβήνεις (mon narguilé pourquoi t’éteins-tu ? ) :

http://us.napster.com/artist/imam-baildi/album/the-imam-baildi-cookbook/track/argile-mou-giati-svinis

« La rumba no miente », des sons qui rappellent la Grèce du nord, mariés à une ambiance latino-américaine et des paroles en anglais et en espagnol :

http://us.napster.com/artist/imam-baildi/album/the-imam-baildi-cookbook/track/la-rumba-no-miente

Ta kha’rtina / Τα χάρτινα :

http://us.napster.com/artist/imam-baildi/album/the-imam-baildi-cookbook/track/ta-hartina

L’album :

http://us.napster.com/artist/imam-baildi/album/the-imam-baildi-cookbook

La page Facebook :

https://www.facebook.com/imambaildi/

 

chaoskaiarmonia

Antipina

Artiste : Antipina / Αντίποινα (« représailles »)
Album : Chàos kai Armonia / Χάος και αρμονία (Chaos et Harmonie)

Dans son album « Chaos et Harmonie », le groupe Anti’pina joue à fond le jeu de la fusion bouzouki ou son tradi / rap et autres. Soit en les faisant se succéder d’un morceau à l’autre, soit au sein des mêmes titres, dont plusieurs ne sont qu’instrumentaux.

Album entièrement mis en ligne par le groupe sur sa chaîne officielle Youtube :
https://www.youtube.com/watch?v=S7i-D94PgUQ

Avec par exemple les titres :

– « Mousiki’ me aiti’a » / Μουσική με αιτία :

https://www.youtube.com/watch?v=7sqwPC16N6o

– « Mo’nos sinehi’zo » / Μόνος συνεχίζω avec un doudouk arménien en fond sonore (instrument traditionnel arménien) : 

https://www.youtube.com/watch?v=Fnd0YHRlOdg

-« Mia peripla’nisi » / Μια περιπλάνηση (idem) :

https://www.youtube.com/watch?v=m-tcHnmNzKA

 

hiphopmesogeiou

Antipina & Social Waste

Album : « To hip hop tis Méssoyi’ou » / Το hip hop της Μεσογείου ft. Dj Magnum

Associé au groupe Social Waste, Antipina sort en 2017 l’album «  Το hip hop της Μεσογείου » (« le hip hop de la Méditerranée »).

Des paroles très engagées (on est d’accord ou pas). Mais surtout, surtout, une fusion musicale des plus intéressantes…

L’album est librement téléchargeable sur le site de Social Waste :
http://socialwaste.org/cd/to-hip-hop-tis-mesogeiou/

Et sur leur page officielle Youtube
https://www.youtube.com/watch?v=I6gJCCoXs04

 

Artiste : Eisvoléas / ΕΙΣΒΟΛΕΑΣ & The Tedd’s

L’Envahisseur (c’est ainsi qu’il faut traduire « Eisvoléas », de son vrai nom Ilias Papanikolos) est ferrailleur dans le civil.

C’est une des têtes de proue du rap grec.

Avec son groupe The Tedd’s, il mêle rap, chansons populaires grecques et Rébétiko dans un album paru sur sa chaîne Youtube officielle :

« Ou’zo » / ΟΥΖΟ /APTALLICA /ΠΙΤΣΑΝΗΣ/THE TEDD’S / STS / ΛΙΑΚΟΣ :
https://www.youtube.com/watch?v=3nS43yYz7C0

« Sfiriksé’ mou » / ΣΦΥΡΙΞΕ ΜΟΥ / THE TEDDS / ΛΙΑΚΟΣ / ΣΤΙΧΟΙ :
https://www.youtube.com/watch?v=6QoT0wm9UTw

https://www.youtube.com/watch?v=kjgtIWrQHD4

« I’pa x’I’pa » / ΕΙΠΑ Ξ’ΕΙΠΑ / ΛΙΑΚΟΣ & THE TEDD’S / ΣΤΙΧΟΙ :

https://www.youtube.com/watch?v=AiHBieD9qiU

« Mbe’rdhema sto mbérdhéouway » /  « ΜΠΕΡΔΕΜΑ ΣΤΟ ΜΠΕΡΔΕΓΟΥΕΗ » ΛΙΑΚΟΣ(ΕΙΣΒΟ) / THE TEDD’S 2014 :

https://www.youtube.com/watch?v=iij-jaglHqA

« Mbakhalia’zomai » / « ΜΠΑΧΑΛΙΑΖΟΜΑΙ » (THE TEDD’S) ΕΙΣΒΟΛΕΑΣ(στιχοι) 2014 :

https://www.youtube.com/watch?v=p0eZXQpRVeY

TEDDY BOY/THE TEDD’S (ΛΙΑΚΟΣ/ΤΑΚΙΤΣΑΝ) ΣΤΙΧΟΙ 2014

 

zamaniliakos

Eisvoléas & Matoula Zamani – Mpanistirtzou

Artiste : Eisvolé’as / ΕΙΣΒΟΛΕΑΣ et Matoula Zamani.
Album : Muma de Matoula Zamani

Avec la chanson « Mpanistirtzou », Eisvolé’as signe une jolie coopération avec la Soprano Matoula Zamani.

Langue grecque façon rap et sons de la péninsule de l’Aimos. Bouzouki trompettes.

Le titre figure sur l’album Muma de  Matoula Zamani (le reste de l’album n’a rien à voir avec le rap) :

– Mpanistirtzou’ / Μπανιστηρτζού  disponible ici :

http://www.deezer.com/album/12969312

et là  :

https://itunes.apple.com/us/album/mpanistirtzou-feat-isvoleas/id1108429973?i=1108430449

Les pages Facebook :

https://www.facebook.com/eisvoleas/
https://www.facebook.com/Matoula-Zamani-214970361060/

 

eisvoleaskemanes

Eisvolé’as, avec A’kis Pitsa’nis au kémanès et Né’storas à la guitare.

Artiste : Eisvoléas / ΕΙΣΒΟΛΕΑΣ 
Titre : Péfto kai sikônomé / Πέφτω και σηκώνομαι (je tombe et je me relève)

Toujours avec Eisvoléas :

Une version unplugged du titre Pé’fto kai siko’nomé / Πέφτω και σηκώνομαι (je tombe et je me relève), avec guitare et Kémanès (une lyre utilisée par les Grecs originaires de Cappadoce et de Bithynie, relativement proche par sa forme de la lyre des Grecs pontiques) :

Mise en ligne gratuitement sur la chaîne Youtube officielle d’Eisvoléas :

https://www.youtube.com/watch?v=0iwcuH4uDzM

 

eisvoleasgkegke

Eisvoléas – Gkégké

Artiste : Eisvoleas / ΕΙΣΒΟΛΕΑΣ 
Album : ΓΚΕΓΚΕ / GKEGKE

Encore avec Eisvoléas, tout l’album ΓΚΕΓΚΕ / GKEGKE est parsemé de bouzouki et mêle allègrement rap et Rébétiko.

A écouter par exemple les morceaux :

Kou’na to loko’ / Κούνα το Λοκό (« bouge ton luc »)
Et Οπα Λα Λα / O’pa la la

La page Facebook :

https://www.facebook.com/eisvoleas/

L’album n’est pas facile à commander sur les sites de vente en ligne. Des titres circulent sur internet mais sans l’assentiment de l’auteur semble-t-il. Donc, à éviter.

 

likoshimosamnos

Artémis

Artiste : Artémis / Αρτέμης
Album : LYKHOSKHIMOS AMNOS / ΛΥΚΟΣΧΗΜΟΣ ΑΜΝΟΣ

Deux intros traditionnelles dans deux morceaux de cet album, par ailleurs pas très tradi.

Artémis les a mis en ligne sur sa chaîne officielle Youtube  :

– le titre « Ana’stasis Pro’ti »  / Aνάστασις Πρώτη : intro façon lyre pontique (les Pontiques sont une population grecque du nord est de l’Anatolie – aujourd’hui dispersée de par le monde, ils ont conservé leurs traditions musicales sur leurs terres de diaspora) : 

https://www.youtube.com/watch?v=tOOOg-WlBY0

– le titre « O Marmaromé’nos » / Ο Μαρμαρωμένος : quelques notes de santouri (semble-t-il) qui font toute la différence : 

https://www.youtube.com/watch?v=DXtfxDiWq3g

On peut se procurer l’album sur le site marchand de l’artiste (hiphopshop.gr, boutique en ligne pour graffers) : 

http://hiphopshop.gr/%CF%80%CF%81%CE%BF%CF%8A%CF%8C%CE%BD/cd-%CE%B1%CF%81%CF%84%CE%B5%CE%BC%CE%B7%CF%83-%CE%BB%CF%85%CE%BA%CE%BF%CF%83%CF%87%CE%B7%CE%BC%CE%BF%CF%83-%CE%B1%CE%BC%CE%BD%CE%BF%CF%83-lp/

La page Facebook :

https://www.facebook.com/artemios.neorhapsodist

 

artemiseftimisoakrivoyios

Artémis / Efthymis

Artiste : Artémis & Efthymis / Αρτέμης/Ευθύμης
Album : O Dialehtos Tis Arnisis Ki O Akrivogios Tis Pistis / Ο Διαλεχτός Της Άρνησης Κι Ο Ακριβογιός Της Πίστης

Encore avec Artémis, et son camarade Efthymis : Bouzouki, guitare électrique, rap, dans le titre :

– « Ri’mes apo Atsa’li – Rythmi’ Mega’li » / Ρίμες Από Ατσάλι – Ρυθμοί Μεγάλοι (rimes d’acier – grands rythmes), disponible ici :

https://itunes.apple.com/gr/album/o-dialehtos-tis-arnisis-ki/id268260233

 

artemismashupsession1

Artémis

Artiste : Artémis / Αρτέμης
Album : MASHUP SESSIONS 1

Un titre sur fond de chant byzantin :

– « Kath’imas’/ Aimorrooùssa » / ΚΑΘ’ΗΜΑΣ / ΑΙΜΟΡΡΟΟΥΣΑ : 

https://www.youtube.com/watch?v=5ZJhJbzmneA

Un titre au son tradi :
– « O khoro’s ton aspi’don » / « I afti i Egô » / Ο ΧΟΡΟΣ ΤΩΝ ΑΣΠΙΔΩΝ / Η’ ΑΥΤΟΙ Η’ ΕΓΩ (la danse des boucliers, eux ou moi) :

https://www.youtube.com/watch?v=boPveyC1naU

La fiche de l’album sur discogs :

https://www.discogs.com/%CE%91%CF%81%CF%84%CE%AD%CE%BC%CE%B7%CF%82-Mash-Up-Sessions-I-%CE%A3%CF%84%CE%B1%CE%BC%CE%AC%CF%84%CE%B7%CF%82-%CE%A3%CF%80%CE%B1%CE%BD%CE%BF%CF%85%CE%B4%CE%AC%CE%BA%CE%B7%CF%82/release/2870184

Pour en savoir plus sur Artémis & Efthymis : https://philiki.org/2013/06/25/rap-grec/

 

komisxkathegouliakaiprovlima

Komis X

Artiste : Komis X

Un titre de Komis X :

Ka’thé goulia’ kai pro’vlima / Κάθε γουλιά και πρόβλημα (chaque gorgée est aussi un problème) :

Mis en ligne par l’artiste sur sa chaîne Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=ckywQi5jCnc

 

LOUKOUMAKIPARODIE

NTP

Artiste : NTP / ΝΤΠ – « Néa ta’xi pragma’ton » / Νέα τάξη πραγμάτων (« Nouvel Ordre des Choses »)
Album : single Loukoumaki Syriano Λουκουμάκι Συριανό

Sur un rythme plutôt reggae que rap orné de bouzouki, un hymne au loukoum de Syros par le groupe de rap NTP ; le titre est disponible ici : 

https://itunes.apple.com/gr/album/loukoumaki-syriano-single/id1023442990

A ne pas rater : le clip sur la chaîne officielle Youtube de NTP : 

https://www.youtube.com/watch?v=qK0FHfW9UBg

 

TRAGILA2

« Constantine Cullen »

La tradition, ce sont aussi les dialectes grecs, qui tendent à disparaître, sauf dans quelques isolats.

On trouve quelques morceaux de rap en dialecte grec crétois.

Artiste : « Constantine Cullen » 

« Constantine Cullen », Konstanti’nos de son vrai prénom, nous gratifie ainsi d’une parodie façon gangsta rap du morceau « Tranquila » de J Balvin.

Loin de l’ambiance aseptisée de Kolonaki.

Chèvres, armes, barbes, croix, bottes et treillis, dialecte crétois (juste ce qu’il faut pour comprendre), autodérision, ambiance « ne venez pas nous chercher » ; tout le folklore crétois des temps modernes résumé en une chanson :

Tragila :

https://www.youtube.com/watch?v=rXXzH9oo178

 

hip_hop_festival_2017

The Cyprus 2017 Hip Hop Festival

 

Pour finir, quelques titres en dialecte grec chypriote.

Chypre compte un certain nombre de groupes de rap qui font avec « les moyens du bord », pour des réalisations parfois étonnantes.

Artiste : Abnormals

« Made in cy » sur la chaîne YouTube du groupe Abnormals :

https://www.youtube.com/watch?v=bfK_gZVPrvs

Artiste : Φώτης (Fo’tis Tikkos)

« Δον Κιφώτης – Το Ρεμπέτικο / Don Kifotis – To rempetiko » sur la chaîne de Φώτης (Fo’tis Ti’kkos), le jeune rappeur chypriote qui monte 🙂

https://www.youtube.com/watch?v=Xzrq-t94IAw

Artiste : Rempellos

Ala’na Aλάνα du rhapsode Rempellos :

https://www.youtube.com/watch?v=V3XIO-ytI8U

Chaîne Facebook : https://www.facebook.com/rempellosCy/

Artiste : Pontikas / ποντικα|Σ

« ΙΕΡΟΝΗΣΙ » / Ieronissi de Pontikas / ποντικα|Σ :

https://www.youtube.com/watch?v=RBkKrYArE0Q

Pour découvrir la scène rap grecque, http://www.hiphop.gr/ est le site de référence (en grec).

Et pour les hellénistes distingués, un article découvert à l’occasion de nos recherches, signé de Léonidas Ikonomakis, le chanteur de Social Waste, à propos justement des musiques traditionnelles et du rap dans le monde, sur le site toperiodiko.gr (en grec) :

http://www.toperiodiko.gr/%CF%81%CE%B1%CF%80-%CE%B4%CE%B9%CE%AC%CE%BB%CE%B5%CE%BA%CF%84%CE%BF%CE%B9-%CE%BA%CE%B1%CE%B9-%CF%80%CE%B1%CF%81%CE%B1%CE%B4%CE%BF%CF%83%CE%B9%CE%B1%CE%BA%CE%AC-%CF%8C%CF%81%CE%B3%CE%B1%CE%BD%CE%B1/#.WPIl3_nyjIV

En espérant que ce petit aperçu donnera au passant l’envie de planer plus avant dans le monde de la fusion hellène…

Merci de signaler les liens qui ne fonctionnent plus et / ou d’envoyer les liens actualisés en commentaire.

Panayiotis Lipsos

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