Les Grecs pontiques, de mai 1919 à mai 2019…

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Monument du génocide pontique à Drama, Grèce. Au centre, on distingue l’aigle des Pontiques. Photographie publiée avec l’aimable autorisation du sculpteur Giorgos Kikotis Γιώργος Κικώτης, auteur du monument. Son site : http://www.kikotis.gr (un clic pour agrandir).

Pour les Grecs pontiques, et pour tous ceux qui respectent leur histoire et leur mémoire, le 19 mai 2019 n’était pas un jour comme les autres.

Dispersés dans le monde entier, leurs descendants ont commémoré, ce jour-là, le centenaire d’un génocide oublié.

On en rencontre beaucoup en Macédoine grecque et dans les grandes villes de Grèce continentale. Ils sont originaires du Nord-Est de la Turquie actuelle, entre mer et montagne. En grec, cette région se nomme « Pon’tos » (Πόντος), le Pont : un des mots grecs anciens pour désigner la mer, et qui a donné le « Pont-Euxin » – le nom de la mer Noire chez les anciens (source : dictionnaire grec / français A. Bailly).

Quand on évoque les Grecs d’Asie mineure, on songe avant tout à ceux des côtes de la mer Egée, de Smyrne, et surtout au sort des réfugiés. Dans la liste des personnes déplacées, on a tendance à oublier les survivants du génocide pontique…

Quelques repères, quelques chiffres, et quelques éclaircissements s’imposent, en commençant par les plus connus : la guerre gréco-turque de 1919-1922, le célèbre accord « d’échange de populations » signé à Lausanne le 20 janvier 1923 entre la Grèce et la Turquie, le traité de Lausanne signé le 24 juillet 1923, par lequel la Grèce renonce à toute revendication sur les territoires peuplés de Grecs. On entend souvent qu’après cet accord, 1,5 millions d’orthodoxes grecs de Turquie furent échangés contre environ 355.000 musulmans de Grèce.

Pour ce qui concerne les Grecs, les travaux spécialisés offrent un autre son de cloche : la plupart des réfugiés Grecs, soit 1,2 millions environ, auraient fui avant l’accord, entre 1913 et 1922, dont 900.000 en 1922 ; et seuls ceux qui étaient restés en Anatolie et en Thrace orientale en 1923 (hors Istanbul), auraient été véritablement échangés « pacifiquement» après l’accord (ce qui représenterait seulement 190.000 personnes environ). C’est en tout cas ce qui résulte de plusieurs études fondées sur les statistiques de la commission mixte qui supervisait le départ des populations après l’accord (Gibney et Hansen, « Immigration and Asylum : from 1900 to the Present vol. 3 », page 377, ABC-CLIO, 2005).

En somme, l’accord de Lausanne n’est pas à l’origine de la disparition de la présence grecque en Asie mineure, plusieurs fois millénaire ; il n’a fait qu’entériner une situation créée par la violence.

Cette violence, quelle est-elle ? Elle ne concerne pas que les Grecs de l’ouest de l’Asie mineure, mais aussi ceux de Thrace, et encore ceux du Pont… Le sort des civils tués ou disparus est moins souvent abordé que celui des réfugiés. Ils furent pourtant nombreux. De la violence contre les civils, il y en eut dans les deux camps, sur le front d’Asie mineure, pendant la guerre gréco-turque. Pas à la même échelle. Pour certaines populations grecques, comme les Pontiques, elle prit la forme d’une extermination de masse. Pas seulement pendant la guerre, mais aussi avant, et loin des zones d’affrontements militaires. Il existe un débat de chiffres, quand on s’efforce de comparer le nombre de Grecs qui ont fui vers la Grèce à celui de ceux qui vivaient en Anatolie et en Thrace avant ces événements. Le débat est compliqué par le fait que les statistiques ottomanes prenaient en compte la religion et non la langue (un grécophone musulman n’était pas considéré comme « grec »).

Chaque année, les commémorations du 19 mai sont une occasion d’en apprendre davantage sur l’histoire méconnue des Grecs pontiques, sur le contexte de cette époque, et sur leur culture, une composante vivace de l’identité grecque.

Pourquoi le 19 mai ?

Les associations pontiques ont longtemps milité pour la reconnaissance du génocide pontique, érigeant de nombreux monuments, et se heurtant au début, à la gêne ou à l’indifférence, de la Grèce. Généralement, les chiffres qu’elles avancent font état de 250.000 victimes sur les 500.000 Grecs habitants le Pont en 1919 (1), massacrés parce que grecs et chrétiens (« Les Grecs pontiques – Diaspora, identité, territoires » sous la direction de Michel Bruneau, CNRS Editions, 1998, page 31). Il fallut attendre 1994, pour qu’une loi de l’Etat grec déclare le 19 mai « Jour de Mémoire du Génocide des Grecs du Pont. » Et 2001, pour que paraisse le décret présidentiel d’application, retardé pour ne pas créer de tensions diplomatiques (cf « La mémoire de l’hellénisme réfugié : les monuments commémoratifs en Grèce 1936-2004 », de Michel Bruneau et Kyriakos Papoulidis, éditions Adelfôn Kyriakidi A.E., 2004, pages 73 et 74).

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Le monument à la mémoire du génocide pontique à Elefthério-Kordhélio, Thessalonique, et son sculpteur, Giorgos Kikotis Γιώργος Κικώτης. Avec l’aimable autorisation de Giorgos Kikotis. Son site : http://www.kikotis.gr (un clic pour agrandir)

Le jour choisi, le 19 mai 1919, est symbolique. Il correspond à l’arrivée de Kémal Atatürk dans la ville pontique de Samsun (en grec Sampsoun’ta / Σαμψούντα, l’ancienne Amissos / Αμισός). En Turquie, ce jour est au contraire célébré comme le lancement de la lutte nationale ; c’est le « jour de commémoration d’Atatürk » (et la « fête de la jeunesse et des sports ») : il marque le refus par Mustafa Kémal et les nationalistes turcs, de la défaite ottomane, des conditions acceptées par le Sultan à l’armistice de Moudros en octobre 1918, et le début de leur lutte contre les Grecs et leurs alliés – et contre les Arméniens, qui combattent alors sur les ruines du génocide, pour que leur Etat regroupe autant que faire se peut, une partie de l’Arménie historique.

Les nationalistes turcs s’opposeront ensuite au traité de Sèvres, signé le 10 août 1920 par le Grand vizir Damat Ferid Pacha et les autres mandataires du dernier Sultan ottoman, Mehmed VI. Par ces signatures, le Sultan acceptait de renoncer à certaines possessions ottomanes au profit des Grecs, des Arméniens et des Kurdes. Le traité reconnaissait un Etat arménien indépendant (article 88), une entité kurde autonome et la protection des Assyro-chaldéens (article 62) ; il transférait à la Grèce la Thrace orientale (article 27) et l’exercice de la souveraineté sur la région de Smyrne, dont il préparait l’incorporation à la Grèce (articles 69 et 83 cf le texte du traité – https://wwi.lib.byu.edu/index.php/Peace_Treaty_of_S%C3%A8vres).

Il résulte des cartes issues du traité de Sèvres, qu’une partie du territoire pontique devait rester sous contrôle ottoman (région de Samsun), tandis que l’autre devait se retrouver sous contrôle arménien (région de Trébizonde). Le traité de Sèvres et les projets grec et arménien ne résisteront pas à Mustafa Kémal, aux renversements d’alliances, et aux conséquences des élections grecques de 1920 (luttes intestines entre les monarchistes, vainqueurs des élections, et les partisans de l’ancien premier ministre Vénizélos, purges au sein de l’armée, erreurs de commandement…). Il ne sera jamais appliqué, ni ratifié par la Turquie. Cédant la place au traité de Lausanne.

Une composante de l’identité grecque : d’où viennent les Grecs pontiques ?

En observant la carte de la Grèce et de la Turquie, le profane aura peine à le croire. Mais la langue et la culture grecques, étaient présentes sur les territoires du Nord-Est de l’Anatolie depuis l’antiquité, sous leurs variantes païenne, puis chrétienne, se déclinant comme ailleurs, sous diverses évolutions, influences et formes locales. Ici, à la croisée du Caucase, et des mondes arménien et iranien.

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Localisation de la région du Pont sur une carte ancienne du cartographe français R. Huber, représentant la division administrative de l’Empire ottoman –  1904 (clic pour agrandir).

Comme pour l’Asie mineure ou Chypre, la géographie actuelle nous pousse à commettre nombre d’anachronismes. Et à considérer comme mineures, ou périphériques, d’importants foyers de culture et de langue grecques, qui ne sont qu’une tesselle de la grande mosaïque grecque, de même valeur que les autres.

Le début de la conquête turque de l’Anatolie remonte au 11ème siècle de notre ère (victoire des Turcs seldjoukides à la bataille de Manzikert, 1071). Mais la principale ville pontique n’est livrée au Sultan ottoman qu’en 1461 (Trébizonde, Trapézoun’ta / Τραπεζούντα, actuelle Trabzon). A titre de comparaison, Thessalonique fut prise une première fois par les Ottomans à la fin du 14ème siècle de notre ère, puis à nouveau en 1430 ; Athènes fut prise en 1456. Et Constantinople, en 1453.

A la fin du 19ème siècle, les grandes villes du Pont sont un foyer de culture grecque, qui échange avec le reste du monde ; en 1875, c’est d’ailleurs grâce à l’aide de Savvas Ioannidis, professeur à l’école grecque de Trébizonde, qu’Emile Legrand fait découvrir au public français une des versions de ce texte fondamental de la littérature grecque « byzantine » : « Les exploits de Digénis Akritas : Epopée byzantine du dixième siècle publiée pour la première fois d’après le manuscrit unique de Trébizonde » (C. Sathas et E. Legrand. Paris 1875 – lire sur Philiki « Découvrir la littérature grecque grâce à Emile Legrand » https://philiki.org/2016/08/18/decouvrir-la-litterature-grecque-grace-a-emile-legrand/).

Le contexte. Comment en arrive-t-on à 1919 ? A la disparition d’une population si enracinée ?

Le vent de réformes qui souffle sur l’Empire ottoman à la fin du 19ème siècle, est un espoir pour les Grecs d’Anatolie, de même que certains courants progressistes qui se développent au sein du mouvement Jeune-Turc, à ses débuts. Cet espoir sera trahi dans les faits.

Les massacres commis contre les Grecs pontiques prennent la suite d’une longue série qui conduira non seulement à l’expulsion, mais à l’anéantissement physique de centaines de milliers de chrétiens d’Anatolie.

Entre 1894 et 1896, ce sont les « massacres hamidiens » (du nom du Sultan Abdülhamid II et des « Hamidiés », régiments de cavalerie légère de l’armée ottomane, recrutés parmi les tribus fidèles au Sultan). Ils sont principalement dirigés contre les Arméniens, à Constantinople et dans plusieurs villes d’Anatolie. En 1895, à Diyarbakir, ils frappent massivement d’autres populations chrétiennes, les Syriaques, en plus des Arméniens. Ils s’accompagnent de ce que le vice-consul de France Gustave Meyrier décrit comme « un régime de terreur » : enlèvements de jeunes filles, spoliations, et autres exactions. Meyrier écrit : « Cet état des choses s’applique à tous chrétiens sans distinction de race, qu’ils soient arméniens, chaldéens, syriens ou grecs. » (lire sa correspondance, publiée en 2000 aux éditions de l’Inventaire sous le titre « Les massacres de Diarbékir » pages 52 et 53).

Il ne s’agit pas ici d’être exhaustif. On signalera toutefois que selon un article du « Times » de Londres du 3 octobre 1911, les Jeunes-Turcs du Parti « Union et progrès » réuni en congrès à Thessalonique, alors possession ottomane, projetaient «l’ottomanisation de tous les sujets» par la force des armes, et de leur imposer la langue turque pour assurer la « prédominance de l’élément musulman » (lire l’article du Times mis en ligne par Athanassios K. Boudalis sur http://moneyingreece.org/library/the-salonika-congress-the-times-3-oct-1911 et le fichier pdf sur http://moneyingreece.org/sites/default/files/flipbook_pdfs/The%20Times%203-10-1911-The%20young%20Turks%20and%20their%20programme%20p.%203_crop.pdf). Les sujets chrétiens sont soupçonnés de ne pas être fidèles à l’Empire (2).

Viendront ensuite les génocides perpétrés contre les Arméniens, et contre les Assyro-chaldéens (de langue néo-araméenne).

En 1919, le Patriarcat de Constantinople publiait un « livre noir » recensant, paroisse par paroisse, les actes commis contre les Grecs de Thrace et d’Anatolie, entre 1913 et 1918 (le titre ne reprend que la période 1914-1918 – « Μαύρη βίβλος διωγμών και μαρτυρίων του εν Τουρκία Ελληνισμού 1914-1918 », Imprimerie du Patriarcat de Constantinople, 1919). Paru après l’armistice de Moudros, et juste avant mai 1919, cet ouvrage avait pour but de servir de base de travail à la « Commission centrale pour les populations helléniques déplacées », mise en place par le Patriarcat pour venir en aide aux populations chassées de leur terre (bien avant, donc, l’échange de populations).

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Le « livre noir » publié par le Patriarcat début 1919, au sujet des actes de violences et d’expulsions perpétrés contre les Grecs de Thrace et d’Anatolie entre 1913 et 1918.
Couverture de la réédition parue en 2004 (Editions Αρσενίδη).

Un autre ouvrage célèbre paru au lendemain de cette période, est celui du diplomate américain Georges Horton « The blight of Asia » (Indianapolis, 1926). Cependant ses écrits concernent surtout la côte égéenne, où il a séjourné ; pas le Pont. Horton assume son point de vue « pro-chrétien ». C’est un recueil de témoignages, dont les siens. Il évoque divers actes commis contre les Bulgares et les Grecs de Thessalonique en 1910, et en Asie mineure, du massacre de Phocée en 1914, jusqu’à la destruction de Smyrne en 1922. Il rapporte également des témoignages sur le génocide arménien. Dans un chapitre, il tente de faire la part des choses sur les accusations mutuelles que se jettent les parties au conflit ; pour lui, les responsabilités ne sont pas les mêmes. Il s’oppose à ce qu’il intitule « la théorie du 50/50 », consistant à renvoyer dos à dos les belligérants.

Les massacres subis en Anatolie par les populations chrétiennes, à savoir arménienne, grecque, et assyro-chaldéenne, faisaient l’objet d’études plutôt cloisonnées.

Des recherches plus récentes tentent de les étudier ensemble, d’en souligner les traits communs et les différences. Citons le travail publié sous la direction de George N. Shirinian, dans «Genocide in the Ottoman Empire: Armenians, Assyrians, and Greeks, 1913-1923», Berghahn Books, 2017. Ou plus récemment encore : «The Thirty-Year Genocide Turkey’s Destruction of Its Christian Minorities, 1894–1924» des chercheurs israéliens Benny Morris et Dror Ze’evi.

Les titres de ces ouvrages et les dates choisies reflètent les différences d’approche.

Que reste-t-il des Pontiques ?

Une diaspora

Après les massacres, des Grecs pontiques se réfugièrent dans le Caucase, ainsi qu’en Ukraine, et en Russie. Nombre d’entre eux seront ensuite déportés par Staline, ce qui explique la présence de leurs descendants dans les pays de l’ex-URSS, jusqu’au Kazakhstan (« Les Grecs pontiques Diaspora, identité, territoire, sous la direction de Michel Bruneau, CNRS Editions, 1998). En Grèce, il serait dépassé de les voir comme une population à part ; il n’est pas rare de croiser des personnes issues d’unions entre Pontiques et Grecs macédoniens, thessaliens, valaques ou autres ; ce qui n’empêche pas de perpétuer et de faire vivre l’identité pontique, à travers la mémoire, la danse, la musique… Dans certains villages, ils constituent toujours une part importante de la population. Des pèlerinages sont organisés depuis la Grèce jusqu’au Monastère de Panayia Souméla, dans le Pont.

Lors des cérémonies, ils arborent le drapeau pontique, l’aigle à une tête.

Couverture de l'ouvrage collectif

 Couverture de l’ouvrage collectif « Les Grecs pontiques Diaspora, identité, territoires » sous la direction de Michel Bruneau, CNRS éditions, 1998.

En outre, des citoyens turcs ont conservé l’usage du grec pontique. En effet, les massacres et les expulsions ont visé les populations pontiques chrétiennes, pas les populations pontiques musulmanes, qui sont demeurées sur place.

Le livre le plus souvent cité à ce sujet est celui de l’écrivain Ömer Asan paru en turc en 1996 – « Pontos Kültürü » (La culture du Pont – ISBN 975-344-220-3). En 2006, sortait le film « En attendant les nuages », de Yeşim Ustaoğlu, cinéaste turque originaire du Pont. L’histoire était celle d’Eléni, une jeune fille grecque pontique rescapée des massacres et recueillie par une famille musulmane, dans laquelle elle vit sous le prénom d’Ayshe, cachant sa véritable identité. Ce type de récits n’est pas proprement pontique ; on ne peut qu’être frappé par les similitudes avec des récits arméniens.

Un idiome grec spécifique

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Georges Drettas, « Aspects pontiques », Association de recherches pluridisciplinaires, Paris 1997 (clic pour agrandir)

Le grec pontique (pontiaka’, ποντιακά) est un parler spécifique. Les Pontiques sont fiers de rappeler les nombreux archaïsmes qui les relient à certains parlers antiques. Une étude détaillée du pontique est d’ailleurs disponible en langue française, bien qu’assez rare à trouver  sous le titre « Aspects pontiques » (Georges Drettas, « Aspects pontiques », Association de recherches pluridisciplinaires, Paris 1997 – pour une comparaison entre les différentes variantes du grec moderne, lire « Dialectes et idiômes du grec moderne »« Διάλεκτοι και ιδιώματα της νέας ελληνικής » de Nikolaos Kontosopoulos, éditions Γρηγόρη, 2001). Un grécophone qui ne parle pas le pontique peut comprendre la racines de mots et des expressions, mais aura en principe du mal à saisir le sens complet d’une conversation pontique sans initiation ni apprentissage.

Les Grecs pontiques désignent également leur langue sous le terme « Romaiïka » («ρωμαίικα »), qui pourrait se traduire par «  romaïque » ; dans le Pont ce parler est encore connu sous le nom de « Rumja ». Comme nombre d’ancêtres des Grecs modernes, les Pontiques se donnaient volontiers le nom de « Romains » (cela correspond au terme « byzantin » dans la terminologie occidentale qui s’est imposée, puisque faisant référence à l’Empire romain d’Orient ou « Empire byzantin »). Contrairement à ce qu’on lit ici ou là, ceci n’est pas propre aux populations grécophones d’Anatolie. En Grèce même, le terme Romai’os / Ρωμαίος et sa forme populaire Romio’s / Ρωμιός étaient utilisés avec d’autres, de façon très répandue, au moins jusqu’au 19ème siècle (pour s’en convaincre, le lecteur français pourra par exemple se reporter aux Mémoires du Général Makriyannis, originaire du Péloponnèse, écrits au début du 19ème siècle – publiés sous le titre « Général Macriyannis, Mémoires », traduction de Denis Kohler avec préface de Pierre Vidal-Naquet, Albin Michel, 1986 – et celui ou celle qui s’intéresse aux Grecs de Cargèse, en Corse, sait que l’adjectif couramment utilisé pour désigner les Grecs et leur langue par les Cargésiens originaires de Grèce était « Roméico » – cf Jean-Christophe Eon, lexique de grec cargésien, L’Harmattan, Paris 2015).

A noter cependant, qu’au fil des siècles, l’Anatolie connaît une progression de la langue turque, et que certaines localités pontiques ont pu devenir turcophones, de sorte qu’il existait aussi des Pontiques turcophones.

Une musique et des traditions

Avec la langue, la musique est au cœur des traditions pontiques. Les Pontiques utilisent la lyre pontique, également connue sous le nom de kementsé / κεμεντσέ mais totalement distincte du Kamancheh persan tant par sa forme que par ses caractéristiques techniques (écouter le titre « Ana’stasis Pro’ti »  / Aνάστασις Πρώτη in La fusion Rap grec / musiques traditionnelles Ελληνικό χιπ χοπ και παραδοσιακή μουσική – https://philiki.org/2017/09/03/la-fusion-rap-grec-musiques-traditionnelles/).

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Méthode de lyre pontique de Pavlos I. Tsakalidis, éditions Do re mi, Thessalonique, 2006. Le musicien de la couverture est en habit traditionnel pontique du début du 20ème siècle (un clic pour agrandir)

Les costumes traditionnels pontiques de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, sont distincts de la fustanelle des bergers de Grèce continentale ou de la vraka crétoise. S’il fallait les positionner sur un nuancier, ils pourraient sembler proches des tenues du Caucase. L’Arménie et la Géorgie ne sont pas loin du Pont…

Ces spécificités ont fait l’objet d’une reconnaissance officielle : lors des cérémonies de la Garde présidentielle qui se déroulent devant le parlement grec, à côté des Evzones en fustanelle, certains portent désormais la tenue crétoise, et d’autres, la tenue pontique.

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Relève de la Garde devant le Parlement grec. Garde en tenue pontique. Extrait de la vidéo « Αλλαγή φρουράς Σύνταγμα » de Livemedia : https://www.youtube.com/watch?v=sxX8hUGu7aY

Un hommage aux Grecs pontiques qui tentèrent de résister dans les montagnes de la mer Noire.

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Le mémorial du combattant pontique. Polikhny, Thessalonique. Photographie publiée avec l’aimable autorisation du sculpteur Giorgos Kikotis Γιώργος Κικώτης, auteur du monument. Son site : http://www.kikotis.gr (un clic pour agrandir).

P. L.

Remerciements

Nos remerciements renouvelés au sculpteur grec Giorgos Kikotis, qui nous a permis d’utiliser les photographies de ses oeuvres sur le génocide pontique.

Pour consulter son site internet :

en grec : http://www.kikotis.gr/

en anglais : http://www.kikotis.gr/en/

Notes :

1. le chiffre de 350.000 est aussi avancé (même source – « Les Grecs pontiques – Diaspora, identité, territoires » sous la direction de Michel Bruneau, CNRS Editions, 1998, page 31).

2. Certains font remonter la dégradation de la situation des populations orthodoxes grecques d’Anatolie à 1909. Cette année-là un boycott commercial fut décidé dans l’Empire ottoman, contre les produits et navires venus de Grèce. Dans les faits, des « comités de boycott » mis en place au niveau local étendirent le boycott à l’activité économique des sujets orthodoxes grecs de l’Empire ottoman, alors qu’il n’était pas supposé les viser à l’origine (à propos de ce boycott et de son impact sur le commerce et la production agricole des orthodoxes grecs d’Asie mineure, voir par exemple « Land disputes and ethno-politics: northwestern Anatolia, 1877-1912″ de Yücel Terzibaşoğlu pages 172-173, in « Land Rights, Ethno-nationality and Sovereignty in History », Stanley Engerman & Jacob Metzer, Routledge Explorations in Economic History, 2004 ISBN-13 9780415321266).

Droits d’auteur :
Si vous souhaitez citer ce billet paru sur le blog philiki.org (philiki.wordpress.com), ou en reproduire le contenu, merci d’en contacter l’auteur via les commentaires, pour autorisation (ces commentaires ne seront pas vus du public). Merci de respecter le travail des autres.
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Les CaHIERS de PHILIKI.

(Dernière révision – ajout de note – septembre 2019)

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2 comments on “Les Grecs pontiques, de mai 1919 à mai 2019…
  1. B. dit :

    Bonjour,

    Très bel article sur un génocide méconnu des Français et comme toujours avec une grande richesse de documents .

    Puis-je le partager sur deux sites franco-grecs Facebook : « στο καφενειο » et  » ellada  »

    Encore merci .

    Amicalement

    Jean-Pierre

  2. Καλησπέρα
    Vous pouvez bien sûr le partager où vous le souhaitez.
    Ευχαριστώ

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