Les anciens philosophes de Chypre, de la Méditerranée à l’Afghanistan : où les trouver en livres papier et sur Internet. Οι αρχαίοι Κύπριοι φιλόσοφοι, από την Μεσόγειο ως το Αφγανιστάν

« Étant enfant deviens bien élevé ;
jeune homme, maître de toi-même ;
au milieu de la vie, juste ;
vieillard, de bon conseil ; à ta mort, sans chagrin ».

« Ces sages paroles des hommes d’autrefois sont consacrées,
dits des hommes célèbres, dans la sainte Pythô.
Là les a prises Cléarque, en les copiant soigneusement,
pour les dresser, brillant au loin, dans le téménos de Kinéas ».

Ces mots sont gravés en grec, sur une pierre de Bactriane, dans l’actuel Afghanistan. On les classe parmi les apopthegmes, ou maximes, des sept sages de la Grèce.

L’historien et archéologue français Louis Robert est l’auteur de cette traduction. Il a consacré plus de dix pages à démontrer que c’est un Grec de Chypre qui aurait amené là ce texte depuis Delphes, en Grèce : Cléarque de Soli (Κλέαρχος Σολεύς), un philosophe des 4ème et 3ème siècles avant J.-C. (Louis Robert, « Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres » Année 1968 Volume 112 Numéro 3 pp. 416-457 http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1968_num_112_3_12291).

Pour Louis Robert, « Cléarque les a dressées là pour qu’elles brillent au loin, pour que leur éclat se répande ; c’est, chez ce Grec aux confins, prosélytisme moral en faveur de cette sorte de code de l’antique et toujours vivante sagesse hellénique. »

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Le tome 2 de « l’ancienne littérature chypriote » /΄Αρχαία κυπριακή γραμματεία΄΄ / arkhai’a kypriaki’ grammati’a

Le contexte : la grécité chypriote

Les intellectuels chypriotes les plus connus de l’antiquité ont vécu entre le 4éme siècle avant Jésus-Christ et la période de l’antiquité tardive.

De nos jours, l’île de Chypre ressemble à un petit confetti post-moderne de grécité byzantine et de chrétienté d’Orient. Cerné et balafré, aux confins de la Méditerranée orientale. Une survivance, une exception culturelle, un précieux îlot de langue grecque, au milieu d’un océan linguistique dominé par les langues turque et arabe.

Aux 4ème et 3ème siècles avant J.-C., elle se trouve au contraire au centre de la sphère culturelle hellénique.

Au nord de Chypre, l’Anatolie ou Asie mineure et ses diverses populations, en partie grecques ou, pour certaines d’entre elles, en voie d’absorption et d’assimilation par l’élément grec (Cariens, Phrygiens, etc.)

A l’est de Chypre, le Proche-Orient : après les conquêtes d’Alexandre le Grand, y fleurissent des centres urbains où la culture grecque est bien présente. Notamment sur les territoires des actuels Liban et Syrie, et de la Décapole. La région est alors dominée par la dynastie des Séleucides, du nom de Séleucos (Σέλευκος/« Sé’lefkos »), l’un des généraux grecs qui se sont partagés l’empire d’Alexandre.

L’histoire a oublié nombre de ces cités (voir Maurice Sartre, « Villes éphémères : quelques exemples syriens », Supplément à la Revue archéologique du centre de la France Année 2004 Volume 25 Numéro 1 pp. 311-316, in « Capitales éphémères. Des Capitales de cités perdent leur statut dans l’Antiquité tardive », Actes du colloque Tours 6-8 mars 2003 http://www.persee.fr/issue/sracf_1159-7151_2004_act_25_1).

La Décapole est citée dans les Evangiles (Matthieu 4:25, Marc 5:20, Marc 7:31).

Des populations d’origine crétoise et chypriote se seraient même installées à Antioche (Pierre Jouguet, « L’impérialisme macédonien et l’hellénisation de l’Orient », Editions Albin Michel, 1972, page 369 citant R. Förster).

Au sud de Chypre, c’est l’Egypte, où s’installe la dynastie grecque dite des Ptolémées, ou des « Lagides ». Ils portent le titre de Pharaon, mais aussi celui de « Basileus » / « Βασιλεύς » – « roi » en grec.

Ils restent respectueux de la civilisation des Pharaons, tout en régnant sur une société égyptienne nouvelle : différentes ethnies et cultures y cohabitent, parfois difficilement. La langue grecque et la civilisation hellénique y jouent un rôle considérable via, notamment, les bibliothèques et les populations grécophones qui s’y développent. Qu’elles soient d’origine grecque, juive ou autre (lire par exemple Bernard Legras, « l’Egypte grecque et romaine », Armand Colin, 2004, et Stéphanie Wackenier, « Les Grecs à la conquête de l’Égypte. De la fascination pour le lointain à l’appréhension du quotidien », Hypothèses, vol. 11, no. 1, 2008, pp. 27-35).

La langue grecque apparaît à Chypre bien avant cette période, dès la fin du 2ème millénaire avant J.-C., dans des conditions assez mystérieuses (les chercheurs sont divisés à ce sujet, la lecture des publications scientifiques amène plus d’hypothèses, que d’éclaircissements).

Elle fait alors partie d’un dialecte dit « arcado-chypriote ». Celui-ci présente de fortes similitudes avec le dialecte des Arcadiens : une peuplade ancienne originaire d’Arcadie, dans le centre du Péloponnèse, dont la présence, en plus de Chypre, est également attestée en Pamphylie, en Asie mineure (au sujet de l’arcado-chypriote et de l’arrivée des Arcadiens à Chypre, lire par exemple Dubois Laurent « L’arcadien et le chypriote : deux dialectes cousins » in: Cahiers du Centre d’Etudes Chypriotes. Volume 27, 1997. Mélanges Olivier Masson. pp. 83-92 DOI : 10.3406/cchyp.1997.1321 www.persee.fr/doc/cchyp_0761-8271_1997_num_27_1_1321).

Les mythes fondateurs des grandes cités chypriotes font référence aux guerriers de la guerre de Troie (ibid), ou à des personnages mythologiques. Comme Démophon fils de Thésée. Selon Plutarque, il aurait fondé la ville d’Aïpéia, rebaptisée Soli par le roi Philokypros, en l’honneur de Solon, l’un des sept sages de la Grèce (Plutarque, « Les vies des hommes illustres », tome premier, « Vie de Solon », traduction française : D. Ricard, Paris, 1844, XXXVI). Selon Isocrate, Salamine de Chypre eut pour fondateur un autre héros de la guerre de Troie, Teucer (Τεύκρος), fils du roi Télamon de Salamine (en Grèce) et frère du guerrier Ajax. Teucer serait à l’origine de la dynastie royale dont descendrait Evagoras, roi célèbre de l’antiquité chypriote (« Oeuvres complètes d’Isocrate », traduction d’Aimé-Marie Gaspard de Clérmont-Tonnerre, Paris 1868, tome deuxième « IX. Éloge d’Évagoras »).

Le grec fut écrit à Chypre avec un syllabaire spécifique, le « chypro-syllabique », avant même de l’être avec l’alphabet grec que nous connaissons. Cette écriture descendrait du « chypro-minoen » et serait d’origine égéenne  (voir la présentation du chypro-syllabique sur « Mnamon Les écritures anciennes de la Méditerranée – Guide critique des ressources électroniques »  « Chypro-syllabique – (XIe – IIe siècle avant J.–C.) », par Anna Cannavò traduit par Nicole Maroger http://mnamon.sns.it/index.php?page=Scrittura&id=4&lang=fr).

Comme en Crète, où le grec fut écrit à l’aide du « linéaire B » avant de l’être avec l’alphabet grec actuel (voir Mnamon « Linéaire B – XIVe – XIIIe siècle av. J. – C. » par Maurizio Del Freo traduit par Nicole Maroger http://mnamon.sns.it/index.php?page=Scrittura&id=20&lang=fr).

Le grec parlé à Chypre évoluera ensuite sous l’influence de la langue grecque commune de l’antiquité, la κοινή / kini’, dite « koinè » en prononciation érasmienne.

Puis viendra l’Empire romain, décrit comme un  « Empire gréco-romain »  par l’historien Paul Veyne, et qui laisse toute sa place au grec (Paul Veyne, « l’Empire gréco-romain », Seuil, 2005, 878 pages – http://www.seuil.com/ouvrage/l-empire-greco-romain-paul-veyne/9782020577984), puis le christianisme, etc..

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Le tome 6 de « l’ancienne littérature chypriote » /΄Αρχαία κυπριακή γραμματεία΄΄ / arkhai’a kypriaki’ grammati’a présente les philosophes chypriotes (à l’exception de Zénon auquel un autre tome est consacré)

Les 6 tomes de l’Ancienne littérature chypriote, aux éditions Léventis

Il est des publications qui sont des monuments et des événements à elles seules.

Entre 1995 et 2008, la « Fondation Léventis » (ΙΔΡΥΜΑ Α.Γ. ΛΕΒΕΝΤΗ / I’drima A. G. Lévé’nti) a donné corps à une idée lumineuse : publier une anthologie de la littérature ancienne de Chypre, sous le titre « Αρχαία Κυπριακή Γραμματεία » / « Arkhai’a kypriaki » ghrammati’a » – « Ancienne littérature chypriote ». Six tomes qui couvrent une période allant du 7ème siècle avant J.-C. au 6ème siècle après J.-C..

Cette collection existe en version papier, et en version numérique.

Le niveau de culture atteint par la petite île de Chypre dans l’antiquité, la mobilité et la sophistication de ses intellectuels, leur inscription dans les courants de pensée les plus en vogue de leur époque, en étonneront plus d’un.

Au coeur de ce bouillonnement culturel, Chypre a aussi donné des philosophes. Voyageurs, parties prenantes dans les grands débats philosophiques de leur époque.

Revenons à nos six tomes consacrés à la littérature chypriote ancienne : pour ce qui concerne la version papier, chaque tome est plutôt cher et certains sont difficiles à trouver dans le commerce.

Les textes y sont présentés sous leur forme originale (en grec ancien), suivie de leur adaptation en grec moderne.

Ils couvrent les domaines les plus variés et dépassent la seule littérature au sens strict :

– poésie épique, lyrique et dramatique (tome 1, publié pour la première fois en 1995, commentaires et travail d’adaptation d’Andréas Voskos, ISBN13 : 9789963560837),

– épigrammes (tome 2, publié en 1997, commentaires et travail d’adaptation d’Andréas Voskos, Andréas Loukas et Efi Chatziantoniou-Dimosthenous, ISBN13 : 9789963560325),

– prose (tome 3, publié en 2002, commentaires et travail d’adaptation d’Andréas Voskos, Andréas Loukas et Efi Chatziantoniou-Dimosthenous, ISBN13 : 9789963560516),

– médecine (tome 4, publié en 2007, commentaires et travail d’adaptation d’Andréas Voskos, Andréas Loukas et Efi Chatziantoniou-Dimosthenous, ISBN13 : 9789963560790),

– philosophie de Zénon (tome 5, publié en 1999, commentaires et travail d’adaptation de Kostas Mikhailidis, Andréas Voskos, Andréas Loukas et Efi Khatziantoniou-Dimosthenous, ISBN13 : 9789963560004),

– autres philosophes (tome 6, publié en 2008, commentaires et travail d’adaptation de Ioannis Taïfakos, ISBN13 9789963560806).

Ces textes ont également été rassemblés sur le site du « Cyprus Institute », en coopération avec la fondation Leventis , à l’adresse « http://akg.cyi.ac.cy«  sous le titre « Ψηφιακή Αρχαία Κυπριακή Γραμματεία » / « Psifiaki’ arkhai’a kypriaki » ghrammati’a » – « Ancienne littérature chypriote numérisée » ou, en anglais « Digital Ancient Cypriot Literature ».

Il ont servi de base à un trésor numérique en constante amélioration.

On ne peut qu’inviter chacun à le parcourir.

Le site comprend :
– le textes, classés par tomes, en grec ancien avec leur adaptation en grec moderne, comme sur l’édition papier ; avec le sommaire en grec (http://akg.cyi.ac.cy/el/content/%CE%BA%CE%B1%CE%BB%CF%89%CF%83%CE%BF%CF%81%CE%AF%CF%83%CE%B1%CF%84%CE%B5), ou en anglais (http://akg.cyi.ac.cy/en/content/welcome) ;
– une « ligne du temps », représentant la chronologie des différents auteurs, en grec et en anglais : http://akg.cyi.ac.cy/el/content/%CF%87%CF%81%CE%BF%CE%BD%CE%BF%CE%BB%CF%8C%CE%B3%CE%B9%CE%BF

Comme indiqué plus haut, le tome 6 est donc consacré aux philosophes chypriotes les moins connus qui sont aussi, c’est un avis, les plus attachants, et les plus étonnants (les hellénistes pourront le trouver ici : http://akg.cyi.ac.cy/el/content/αλλοι-κυπριοι-φιλοσοφοι).

Le tome 6 de « l’Ancienne littérature chypriote » aborde dix-sept philosophes (sans compter Zénon, auquel le tome 5 est entièrement consacré).

Il présente soit leurs textes, quand ils ont été sauvés, soit des références à leur pensée ou à leur biographie :

  • Κλέαρχος Σολεύς, ou en prononciation grecque moderne « Klé’arkhos Solé’vs » : Cléarque de Soles (ou de Soli) : de l’école péripapéticienne, né vers le milieu du 4ème siècle avant J.-C., contemporain d’Aristote, sa pensée est antérieure à celle de Zénon ;
  • Περσαῖος Κιτιεύς / « Persai’os Kitié’vs » : Persaios de Kition, de l’école stoïcienne, disciple de Zénon (né à la fin du 4ème siècle avant J.-C.) ;
  • Δημώναξ / « Dhimo’nax » : Démonax (1er et 2ème siècle de notre ère), philosophe « généraliste » de la seconde sophistique, influencé notamment par les doctrines cynique de la seconde sophistique, et stoïcienne ;
  • Εὔδημος Κύπριος / « Ev’dhimos Ky’prios » : Eudème de Chypre, contemporain d’Aristote, mort à Syracuse au 4ème siècle avant J.-C. ;
  • Νικάνωρ / Νικαγόρας Κύπριος / « Nika’nor » / « Nikagho’ras Ky’prios » : Nicanor / Nikagoras de Chypre, considéré par les sources comme « athée » (4ème / 3ème siècle avant J.-C.) ;
  • Διοσκουρίδης Κύπριος / « Dioskouri’dis Ky’prios » : Dioskourides de Chypre, stoïcien (4ème / 3ème siècle avant J.-C.) ;
  • Πύθων Αριστοκράτου / « Py’thon Aristokra’tou » : épicurien (aurait vécu au 3ème siècle avant J.-C.) ;
  • Ἀρισταγόρας Σαλαμίνιος / « Aristago’ras Salami’nios » : Aristagoras de Salamine (fin du 3ème siècle avant J.-C.) ;
  • Ἵππαρχος Πάφιος ou « I’pparkhos Pa’fios » : Hipparque de Paphos,
  • Ἀριστάναξ Σαλαμίνιος ou « Arista’nax Salami’nios » : Aristanax de Salamine,
  • Εὐπείθης Πάφιος ou « Evpi’this Pa’fios » : Eupythe de Paphos
  • Ζηνόδοτος Κύπριος ou  « Zino’dotos Ky’prios »  : Zinodatos de Chypre,
  • Σώτας Πάφιος ou « So’tas Pa’fios » : Sotas de Paphos,
  • Φιλόλαος Κιτιεύς ou « Philo’laos Kitié’vs » : Philolaos de Kition,
  • Ἀριστόδημος Κύπριος  ou « Aristo’dimos Ky’prios » : Aristodème de Chypre,
  • Ῥουφῖνος Κύπριος ou « Roufi’nos Ky’prios » : Roufinos de Chypre,
  • Βάκχιος Τρύφωνος Πάφιος ou « Va’kkhios Try’phonos Pa’fios » : Bacchios. de Paphos, fils de Tryphon, platonicien, professeur de l’Empereur romain Marc Aurèle.

Il faut parler grec pour se plonger dans cette somme.

Pour l’instant seul le sommaire est traduit, mais uniquement en anglais.

Quelques traductions françaises d’auteurs chypriotes, sur Internet

Consolons-nous.

On trouve tout de même, en français,  des traductions de textes antiques relatifs à quelques auteurs chypriotes de l’antiquité.

Le plus truculent pourrait être Démonax. Sa pensée semble caractérisée par la  recherche de la paix intérieure, d’une façon peut-être excessive car au prix d’une forme de renoncement assez peu propice à l’action.

L’humour de Démonax, et certaines paroles de sagesse, le distinguent des auteurs de son temps, si l’on en croit la description qui en est faite dans l’oeuvre de Lucien de Samosate.

Le site de référence  de feu Philippe Remacle reproduit une édition du début du 20ème siècle, avec sa traduction française :

Une petite sélection :

« 5. Il ne se retrancha pas dans un seul genre philosophique, mais il les réunit presque tous, sans jamais faire connaître à quelle secte il donnait la préférence. Il paraissait cependant adopter la doctrine de Socrate, quoique, par son extérieur et l’indolence de sa vie, il semblât se rapprocher du philosophe de Sinope. Seulement, il n’outra jamais sa façon de vivre pour se faire admirer et attirer sur lui les regards des hommes ; il était vêtu comme tout le monde, uni dans ses manières, ennemi de toute prétention, conversant avec tous, en particulier ou en public. »

« 14. Le sophiste Sidonius qui s’était acquis quelque réputation dans Athènes, prononçait un discours où il se donnait des louanges outrées, et se vantait d’avoir exploré toute la philosophie. Mais il vaut mieux rappeler ses propres paroles : « Si Aristote m’appelle au Lycée, je le suivrai ; si Platon me demande à l’Académie, j’irai ; si Zénon veut que je demeure au Pœcilé, j’y resterai ; si Pythagore m’appelle, je garderai le silence. » Démonax, se levant aussitôt du milieu de l’assemblée : « Hé ! l’ami, dit-il en le désignant par son nom, Pythagore t’appelle. » »

« 15. Un certain Python, beau jeune homme, fils d’un Macédonien de distinction, ayant voulu s’égayer aux dépens de Démonax, en lui proposant un argument sophistique et en lui demandant la solution de son syllogisme : « Je sais bien une chose, mon garçon, dit le philosophe, c’est que tu te prêtes à un autre genre de solution.  » L’autre, irrité de cette raillerie à double sens, le menaça en disant : « Je vais te faire voir un homme. – Tu en as donc un ? » repartit en riant Démonax. »

« 20. On lui demandait un jour en quoi consiste le bonheur : « Il n’y a d’heureux que l’homme libre. – Mais il y a bien des gens libres. – Moi, je ne parle que de celui qui n’a ni crainte, ni espérance. – Est-il possible de trouver un pareil homme ? Nous sommes tous esclaves de ces passions. – Il est vrai ; mais si vous considérez bien les choses humaines, vous voyez qu’elles ne méritent ni l’espoir, ni la crainte : tout finit, la douleur comme le plaisir. » »

« 25. Le même Hérode, pleurant la perte de son fils, s’était renfermé dans les ténèbres. Démonax va le trouver et lui dit qu’il est magicien, qu’il peut évoquer l’ombre du mort, pourvu qu’Hérode lui nomme seulement trois hommes qui n’aient jamais pleuré personne. Hérode hésite embarrassé : il ne pouvait, je pense, nommer qui que ce fût : « Homme plaisant, lui dit Démonax, qui vous croyez seul en proie à des maux intolérables, quand vous voyez qu’il n’est personne exempt de douleur ! » »

« 32. Quelqu’un lui ayant demandé si l’âme est immortelle : « Oui, dit-il, comme tout le reste. » »

« 40. Un certain Polybius, homme ignorant et faiseur de solécismes, lui ayant dit : « L’empereur m’a honoré du droit de cité romaine. – Plût au ciel, dit-il, qu’il t’eût fait plutôt Grec que Romain ! » »

« 45. Quelqu’un apercevant sur ses jambes des marques de vieillesse : « Qu’est-ce-ci, Démonax, lui dit-il. – C’est, répond Démonax avec un sourire, c’est Charon qui m’a mordu ! » »

« 46. Il voyait un Lacédémonien [un spartiate] frapper son esclave à coups de fouet : « Cesse, dit-il, de traiter ton esclave comme ton égal. » »

« 50. Ce qu’il dit à un proconsul est tout à la fois spirituel et mordant. C’était un de ces hommes, qui se font épiler avec de la poix les jambes et le reste du corps. Certain cynique, monté sur une pierre, déclamait Contre lui et lui reprochait son infâme complaisance. Le proconsul se fâche, fait arrêter le cynique, et se met en devoir de le faire expirer sous le bâton ou de le condamner à l’exil. Mais Démonax, se trouvant là par hasard, lui demande la grâce du malheureux, dont la hardiesse, dit-il, est un privilège héréditaire de la secte cynique. « Je veux bien lui pardonner cette fois par égard pour vous, dit le proconsul ; mais s’il a l’insolence de recommencer, quelle peine méritera-t-il ? – Faites-le épiler. » répond Démonax. » »

« 51. Un autre proconsul, à qui l’empereur venait de confier le commandement de plusieurs légions et le gouvernement d’une grande province, lui demandait le meilleur moyen d’administrer : « Ne vous mettez pas en colère, dit-il, parlez peu, écoutez beaucoup. » »

« 55. Épictète lui conseillait un jour, sous forme de reproche, de se marier et d’avoir des enfants, prétendant qu’il convenait à un philosophe de laisser après lui des successeurs naturels. « Eh bien ! Épictète, répondit-il en lui renvoyant finement le reproche, donnez-moi une de vos filles. » »

« 59. Je lui ai moi-même entendu dire un jour à un jurisconsulte que les lois sont à peu près inutiles aux gens de bien et aux méchants : les premiers n’en ont pas besoin, et les seconds n’en deviennent pas meilleurs. »

« 60. Il aimait à fredonner ce vers d’Homère :
Le lâche et le vaillant sont sujets au trépas. »

« 66. Peu de temps avant sa mort, on lui demanda ce qu’il ordonnait pour sa sépulture : « Ne vous en inquiétez pas, répondit-il ; l’odeur de mon cadavre me fera donner un tombeau. – Hé quoi ! répliqua-t-on ! ne serait-il pas honteux d’abandonner aux chiens et aux oiseaux le corps d’un homme tel que vous ? – Il n’y a rien d’étrange, dit-il, à ce que je veuille encore après ma mort rendre service à des êtres vivants. »

Au 3ème siècle après Jésus-Christ, dans dans ses « Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres », Diogène Laërce (Διογένης Λαέρτιος / Dioghé’nis Laé’rtios)  aborde l’incontournable Zénon ; il est brièvement fait référence à Cléarque de Soles dans la préface : « Cléarque de Soles prétend, dans le traité de l’Éducation, que les gymnosophistes descendent des mages. »

Remacle.org reproduit une édition du 19ème siècle, avec sa traduction française :

Cléarque de Soles est l’auteur « d’Erotica » et de « Péri hypnou » (sur le sommeil).

Ces textes ne sont cependant connus que par des fragments ; concernant « Péri hypnou », lire Tiziano Dorandi, «Le traité Sur le sommeil de Cléarque de Soles : catalepsie et immortalité de l’âme», Exemplaria classica, 10, 2006, pages 31 à 52 : rabida.uhu.es/dspace/bitstream/handle/10272/297/b15146042.pdf.

 

Vers la fin de l’antiquité, l’île de Chypre bascule du monde gréco-romain païen vers le monde gréco-romain chrétien. Autrement dit, vers l’identité byzantine, qui imprègne encore tant les Chypriotes grecs, malgré les vicissitudes de leur histoire.

Puissent l’esprit inventif, éclairé, prudent, et la sagesse de leurs lointains ancêtres   leur donner la force d’affronter les dangers et les défis du présent.

L’héritage dont ils sont porteurs les appelle à maintenir cette spécificité qui est la leur : celle de former encore, au 21ème siècle, non sans difficultés et paradoxes, les dernières cités hellènes de Méditerranée orientale.

 

Texte Panayiotis Lipsos

 

 * Le « Cyprus institute » est une organisation non gouvernementale. L’institut fut créé en 2004 par la « Fondation pour la Recherche et l’Education de Chypre » (la « Cyprus Research and Educational Foundation – CREF » – https://www.cyi.ac.cy/index.php/cyi/governance-and-board-of-trustees/cref-cyprus-research-educational-foundation.html), elle-même financée, à l’origine, par la Banque chypriote de développement (The Cyprus Development Bank – CDB – Κυπριακή Τράπεζα Αναπτύξεως) dont les principaux actionnaires étaient alors la République ce Chypre et la Banque européenne d’investissement.

 

 

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2 comments on “Les anciens philosophes de Chypre, de la Méditerranée à l’Afghanistan : où les trouver en livres papier et sur Internet. Οι αρχαίοι Κύπριοι φιλόσοφοι, από την Μεσόγειο ως το Αφγανιστάν
  1. catherine m dit :

    Bonjour
    Nouvellement inscrite au blog Philiki, je me demandais où avait été prise la photo de la bannière qui figure à l’accueil du site et s’il s’agissait d’un montage ?
    Merci pour votre réponse
    C. M

  2. Bonjour. C’est un montage. En bas, l’île Lipsos / Lipsi près de Patmos. En haut, les montagnes de la vallée d’Aspe. Grécité et béarnitude 🙂 Soyez la bienvenue / καλώς ήρθατε !

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